‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 28 sur 106 · PUSTULEUSE · texte numérisé non relu

PUSTULEUSE

Si on ouvre les livres classiques, on voit que les auteurs distinguent la conjonctivite pustuleuse ou phlyctênulaire et la kératite de même nom. L'anatomie pathologique de ces affections, tout aussi bien que l'étiologie, laisse encore beaucoup à désirer. En effet, la conjonctivite en question varie comme forme : elle peut être vésiôuleuse, miliaire ou franchement pustuleuse ; elle varie comme siège : on l'observe sur la conjonctive oculaire ou sur le limbe cornéen ou même sur la cornée; parfois, simultanément, aux trois endroits à la fois. Elle varie comme durée et comme gravité; une forme peut guérir en quatre ou cinq jours, tandis que l'autre en exige trente ou quarante ou davantage ; l'une est très bénigne, l'autre peut se compliquer de perforations de la cornée avec toutes leurs conséquences.

D'un autre côté, au chapitre des kératites, on décrit la kératite phlyctênulaire ou vésiculeuse, ou herpès cornéen, comme une maladie très rare, accompagnant souvent le zona de la face et ayant une physionomie et une symptomatologie tout à fait spéciales. Sans vouloir m'élever contre les classifications, je crois néanmoins qu'on peut admettre la kérato-conjonctivite pustuleuse comme une entité morbide résumant les deux précédentes. Le médecin est rarement appelé au début de la maladie, et comme la vésicule n'a qu'une très courte durée, elle passe souvent inaperçue. Je n'ai jamais vu s'opérer sa transformation en pustule, mais j'ai vu souvent sur la conjonctive et sur le limbe cornéen des vésico-pustules, c'est-à-dire de vraies pustules surmontées d'une petite vésicule remplie d'un liquide transparent. La vésicule durait un ou deux jours, puis la pustule suivait sa marche habituelle : tantôt se résorbant sans laisser de trace

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

de son passage et tantôt, au contraire, se terminant par une ulcération profonde suivie ou non de perforation.

Ayant eu à soigner autrefois un de mes amis, sujet à de fréquentes éruptions dlwrpès préputialis, j'eus l'idée, un jour, d'ouvrir les vésicules avec une aiguille et de cautériser ensuite avec la pointe d'un crayon de nitrate- d'argent. Les vésicules, qui auparavant étaient invariablement suivies d'ulcérations plus ou moins larges et profondes et assez longues à guérir, se desséchèrent et guérirent en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Depuis ce jour-là, ce jeune homme emploie le même moyen à chaque éruption nouvelle, et toutes les fois qu'il intervient à temps, l'herpès guérit en quarante-huit ou soixantedouze heures.

Ce même traitement appliqué aux vésicules d'herpès, ou aux pustules de la cornée ou de la conjonctive m'a paru, dans tous les cas, abréger singulièrement la durée de la maladie et s'opposer aux complications dont j'ai parlé plus haut.

C'est un moyen facile à employer chez les enfants, très peu douloureux et exempt de tout danger. J'ai eul'occasion d'y recourir un grand nombre de fois, et s'il ne m'a pas toujours complètement réussi, c'est que j'étais intervenu à une époque trop éloignée du début de la maladie. Je me crois donc autorisé à le recommander concurremment avec les autres moyens connus, poudre de calomel, etc. S'il existe de la photophobie, on instillera quatre ou cinq fois par jour une goutte de solution de chlorhydrate de cocaïne à 3 0/0 qui aura le double avantage de faire disparaître presque subitement la photophobie et de permettre de faire la cautérisation à peu près sans douleur.

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