OPÉRATION DE LA CATARACTE CHEZ LES DIATHESIQUES
extremis et à la dernière période de l'affection générale, comme dans deux cas que je rapporterai bientôt. Il y a eu même dans presque tous les cas une particularité assez singulière, c'est que la guérison a été, en général, au moins aussi rapide que chez les opérés non diathésiques, et s'est accomplie sans réaction inflammatoire, ni complication opératoire d'aucune sorte.
Bien que j'aie publié mes premières observations en 1878 (1), j'ai été précédé dans cette voie, mais de quelques mois seulement, par mon ancien maître, le Dr A. Sichel, qui, de son côté, a publié une observation fort intéressante dans le Bulletin de Thérapeutique (30 Janvier 1878, p. 71); mon ami, le Dr Coursserant, fit paraître, vers la même époque, une brochure intitulée : Réflexions sur l'opération de la cataracte chez les diabétiques, dans laquelle il relatait plusieurs brillants succès obtenus chez des sujets présentant jusqu'à 61 grammes de glycose par litre d'urine.
Les quelques observations qu'on va lire bientôt ont été rapportées surtout au point de vue de la statistique.
Lorsqu'on veut faire valoir un procédé ou une indication, il faut, sans doute, relater les revers et les succès; mais la question de chiffres doit être subordonnée à l'analyse impartiale des cas, et on ne peut mettre en ligne de compte que ceux qui offrent les mêmes conditions comme maladie, manuel opératoire, soins consécutifs, etc. Il faut donc une série assez nombreuse pour pouvoir se prononcer définitivement, et on doit se garder d'incriminer une diathèse ou une autre circonstance, lorsque celles-ci ne paraissent pas avoir une part directe dans l'insuccès. Ce serait faire un abus regrettable du post hoc, eryo propter hoc, et engager la science dans une fausse voie. Les coïncidences sont parfois très étranges, et il faut toujours faire la part du hasard, comme il faut aussi se méfier un peu des séries heureuses ou malheureuses, lorsqu'elles ne portent pas sur un très grand nombre de cas.
Je ne prétends pas nier ici l'influence parfois désastreuse des diathèses; mais accuser une opération de cataracte d'avoir produit la mort chez un goutteux arrivé au dernier degré de l'affection et qui succombe peu de temps après l'opération , celle-ci étant parfaitement guérie, me semble un peu risqué. C'est cepen-
(1) Voir Journal de Médecine de Bordeaux, 23 novembre 1878.
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
dant ce que le D'Cornillon, par l'organe de M . le professeur Verneuil (Bévue mensuelle de Médecine ei de Chirurgie, avril 1877, p. 292), semble vouloir faire croire. Dans un second exemple, ce même auteur cite le cas d'un autre sujet, atteint de lithiase biliaire, qui, opéré de cataracte par le procédé de Daviel, éprouve une attaque de colique hépatique le troisième jour après l'opération, se roule sans bandeau sur le lit et sur le parquet pendant douze heures, et perd la vue par suite d'une iritis survenue immédiatement après; et cependant, ajoute M. Cornillon, l'opération avait été très habilement exécutée et selon toutes les règles de l'art! !
Je n'ai cité ces deux exemples que pour montrer jusqu'à quel point on peut faire entrer dans les statistiques des éléments disparates, et je n'aurais pas besoin de sortir du même article pour trouver un exemple encore plus étonnant et que je ne puis m'empêcher de citer : il s'agit d'une femme atteinte de polyurie phosphatique qui est prise d'accidents inflammatoires le surlendemain d'une opération de cataracte exécutée par !e procédé de Daviel, et à la suite d'un enclavement de l'iris. La plaie cicatrise néanmoins, la pupille redevient noire ; mais la vue ne revient pas. On examine à l'ophtalmoscope, et on trouve. . . un vaste décollement de la rétine. 11 est assez évident que la diathèse n'était pour rien dans l'insuccès et que si avant l'opération on avait cherché avec soin la perception et la projection lumineuse, voire même les phosphènes, on n'aurait pas opéré.
Après ces détails, un peu longs peut-être, je me hâte de revenir au sujet principal de cet article, c'est-à-dire à l'influence des diathèses sur l'opération de la cataracte; et, d'abord, quelques observations.
I. — Cataracte dure, complète, chez un diabétique présentant 154 grammes de glycose par vingt-quatre heures. Guérison normale et rapide.
Mme Seewer, cuisinière, âgée de quarante-huit ans, est affectée de diabète depuis plusieurs années et a suivi déjà un régime conseillé par son médecin. Sa santé générale a toujours été bonne; elle jouit d'un embonpoint raisonnable, qui se maintient