‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 54 sur 106 · LUXATION SOUS-CONJONCTIVALE TRAUMATIQUE DU CRISTALLIN · texte numérisé non relu

LUXATION SOUS-CONJONCTIVALE TRAUMATIQUE DU CRISTALLIN

fcaine, et le D' Ferdinand Massie (1) a donné, à lui tout seul, l'observation détaillée de 30 cas. Follin, Gosselin, Fano, Tillaux et autres ont eu l'occasion d'observer cette affection qui n'est pas absolument rare dans les grands centres de population, surtout dans les centres industriels. Le seul point sur lequel j'insisterai, c'est que dans le cas que j'ai observé la rupture de la sclérotique s'est faite en haut et en dedans et exactement du côté opposé à la partie qui a reçu le choc. Ce siège assez fréquent des luxations du cristallin a été expliqué de diverses façons par les auteurs. Il est bien évident que la sclérotique, doublée et soutenue par les muscles droits et leurs insertions ou leurs expansions tendineuses en arrière et dans la zone prééquatoriale, en même temps qu'elle a dans cette partie une épaisseur plus considérable, a beaucoup moins de tendance à se déchirer que dans la partie qui avoisine la circonférence de la cornée où cette membrane est mince et sans soutien. La cornée elle-même ne se déchire pas parce qu'elle offre une résistance bien plus considérable que la sclérotique. C'est donc en avant des insertions des muscles droits que se trouve le siège presque exclusif des ruptures de la sclérotique par contre-coup. Il est remarquable, en effet, que dans presque tous les cas publiés dont l'observation est assez complète, la rupture s'est faite dans un point diamétralement opposé à celui qui avait été frappé. J'ai observé la même loi dans trois ou quatre cas de rupture de la rétine compliquée ou non de rupture de la choroïde sous-jacente. Peut-être dans ces cas la sclérotique elle-même était lésée, mais je n'ai pu constater le fait. Du reste, la choroïde a une résistance assez faible et il suffit pour la rompre d'un choc sans influence sur la sclérotique saine.

Maintenant, pourquoi les déplacements du cristallin se font-ils souvent ou presque toujours en dedans? La raison la plus simple, et en même temps la plus plausible, à mon avis, c'est que l'œil étant plus protégé en dedans qu'en dehors, c'est aussi de ce côté-ci qu'il reçoit le plus de chocs: les ruptures ont lieu en haut parce que c'est la partie inférieure du globe oculaire qui est la moins protégée et, par suite, la plus exposée à l'action des corps vulnérants qui viennent rarement d'en haut. Dans plusieurs

(1) Thèse, Paris, 187ÎI.

' MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.

observations l'accident s'est produit à la suite d'une chute sur un corps dur et pointu, l'angle d'une table, une clef, etc., dans d'autres, à la suite d'un coup de corne de vache. Or, il est évident que dans un cas comme dans l'autre la contusion devait avoir lieu de bas en haut. D'un autre côté, le globe oculaire, reposant sur le plancher de l'orbite, se trouve un peu soutenu en bas, et les contusions atteignant la partie supérieure, et suffisantes pour produire une rupture de la sclérotique si elles avaient lieu en bas, sont, au contraire, insuffisantes pour déchirer celte membrane dans sa partie inférieure.

Dans le cas que je viens de citer, comme dans tous les autres, du reste, les suites du traumatisme ont été insignifiantes, et si le malade avait consenti à se laisser enlever le cristallin et régulariser la pupille, je ne doute pas qu'il n'eût conservé une bonne vue et eût pu se servir de lunettes à cataracte. Je crois aussi que, dans la plupart des cas, le cristallin sort enveloppé dans sa capsule, ce qui explique la rareté des cataractes secondaires produites par la présence de cette membrane devenue opaque.

En dépouillant les observations publiées par les auteurs, on est frappé de la rareté des complications qui accompagaent la luxation sous-conjonctivale du cristallin, bien que le traumatisme nécessaire pour produire cet accident soit, la plupart du temps, considérable. Cette sorte d'immunité, commune, du reste, à toutes les plaies sous-cutanées, ne pourrait-elle pas exceptionnellement être mise à profit pour l'opération de la cataracte chez les malades dont le premier œil, opéré dans les meilleures conditions et avec toutes les précautions antiseptiques, a donné un mauvais résultat, soit qu'il se soit développé une suppuration de la cornée, soit que l'œil ait été atteint d'irido-cyclite grave ou de panophtalmie ? Cette méthode opératoire, à laquelle on pourrait donner le nom d'extraction sous-conjonctivale, n'est peutêtre qu'une hardie conception de l'esprit, cependant quelques expériences que j'avais faites sur les animaux, il y a sept ou huit ans, et que je n'ai pas eu malheureusement le loisir de continuer, m'avaient donné des résultats assez encourageants pour m'autoriser à persévérer dans cette voie. Je livre donc mon idée aux chercheurs et aux expérimentateurs dépourvus d'idées préconçues et qui ne croient pas que la science ait dit son dernier mot relativement à l'opération de la cataracte. Toutes les objec-

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