‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 53 sur 106 · LUXATION SOUS-CONJONCTIVALE TRAUMATIQUE DU CRISTALLIN · texte numérisé non relu

LUXATION SOUS-CONJONCTIVALE TRAUMATIQUE DU CRISTALLIN

nous consulter et, voici ce que l'on pouvait constater à ce moment :

Une petite plaie linéaire, dont j'ai parlé, et qui était déjà réunie par première intention ; une petite ecchymose au même niveau que la plaie et à 1 centimètre plus en dedans. La paupière supérieure ne présentait rien de particulier, si ce n'est une ecchymose occupant tout le bord libre. Les mouvements des paupières étaient parfaitement conservés, mais leur rapprochement ne pouvait pas se faire complètement, à cause d'une saillie arrondie, de la grosseur d'un haricot, placée sous la conjonctive, à la partie supérieure et interne de la cornée. Sur le globe oculaire, toute la conjonctive était rouge et, à la partie inféro-interne, existaient une petite ecchymose violette et de nombreux vaisseaux dilatés et gorgés de sang. A la partie interne du diamètre transversal de la cornée, et à 2 millimètres de celle-ci, on voyait une petite rupture verticale de la sclérotique, longue de 5 millimètres, et, immédiatement au-dessus, c'est-à-dire dans l'intervalle qui sépare l'insertion du droit interne de celle du droit supérieur, on apercevait une tumeur jaunâtre, transparente, dure au toucher, insensible, et ayant exactement la forme d'un cristallin normal. La conjonctive qui la recouvrait était mobile sur cette dernière et très amincie, presque sans vaissaux appréciables. La tumeur, évidemment formée par le cristallin qui avait passé par une éraillure de la sclérotique, était mobile sous la muqueuse et son bord inférieur et externe était presque en contact avec le bord cornéen correspondant.

La cornée était ovalaire, à grand diamètre dirigé de haut en bas et de dedans en dehors; la pupille affectait la même forme et une direction analogue; l'iris avait sa couleur normale et se contractait sous l'influence de la lumière. A la partie supérieure et interne de la circonférence de la cornée on voyait une petite dépression transparente, mais, comme je l'ai déjà dit, la conjonctive ne présentait aucune solution de continuité. M. Sichel proposa au malade de lui extraire son cristallin par une simple incision pratiquée à la conjonctive, mais celui-ci ne voulut pas y consentir et dit qu'il reviendrait le lendemain.

Quelques jours s'étant passés sans le voir revenir, j'eus la curiosité d'aller le voir chez lui et il me répondit que, n'étant nullement gêné par sa tumeur et ne souffrant pas, il aimait mieux

MÉMOIRES n'oPIITAI.MOLOGIR PRATIQUE.

rester dans cet état que supporter une opération. Tous mes discours ne purent le convaincre et je me bornai à constater que la rougeur avait considérablement diminué, mais que l'œil contenait encore une quantité notable de sang qu'on voyait très bien à l'éclairage latéral et qui cachait complètement le fond de cet organe; la perception lumineuse était restée la même, la vue n'avait pas augmenté.

Au mois de février suivant, je retournai voir le malade et je pus m'assurer que la tumeur avait toujours gardé la même situation et le même volume et que la conjonctive était revenue à son état normal : l'œil présentait alors assez exactement l'aspect de celui qui est dessiné dans Y Iconographie de Siebel (Pl. xix, fuj. 4). L'examen à l'éclairage latéral et à l'ophtalmoscope me permit de constater que le cristallin était toujours transparent et que le sang avait disparu de la chambre antérieure et des parties profondes de l'œil, mais la pupille, considérablement rétrécie et déformée, à cause d'un enclavement de l'iris dans la plaie scléroticale, était encore obstruée par des filaments blanchâtres assez opaques, de sorte que le malade ne voyait rien de cet œil, malgré la transparence des parties profondes qui permettait d'apercevoir assez facilement la rétine ; celle-ci paraissait normale, autant qu'on pouvait en juger par un examen pratiqué à travers des ouvertures si étroites. L'iris était très sensible à la lumière, le globe oculaire n'avait rien perdu de son volume ni de sa dureté, et le malade n'avait jamais ressenti la moindre douleur depuis l'accident.

Je voulus lui proposer la discission des fausses membranes qui obstruaient la pupille ou une petite iridectomie optique, mais mes propositions furent repoussées, le malade ayant assez d'un œil, disait-il, pour continuer son métier.

J'ai revu cet homme plus d'un an après l'accident; aucun changement ne s'était opéré dans cet œil, de sorte qu'il était permis de supposer qu'il resterait indéfiniment dans le même état. Toutefois, la vue avait augmenté un peu et était encore facilitée par un verre convexe de 13 dioptries.

Je n'ai pas l'intention de présenter sur ce cas des considérations étendues. Les observations de luxation sous-conjonctivalo du cristallin publiées jusqu'à ce jour s'élèvent à plus d'une oinquan-

Page 1