MEMOIRES I)'0PHTALM0L0GIE PRATIQUE
ment après la sortie du cristallin, mais en achevant le nettoyage de l'œil, je m'aperçus que le petit lambeau se soulevait d'un léger mouvement isochrone avec les contractions du cœur. Au bout de deux à trois minutes, la plaie ayant de plus en plus tendance à s'entrebâiller, j'appliquai le bandeau compressif.
Il venait évidemment de se l'aire une hémorragie iutra oculaire, qui n'était cependant pas encore visible à l'œil nu.
Le bandeau fut maintenu en place pendant vingt-quatre heures. La chambre antérieure était en partie reformée au bout de ce temps, mais elle contenait un peu de sang à la partie inférieure. Néanmoins, la plaie se cicatrisa rapidement, et il ne survint aucune réaction inflammatoire. La malade se leva au troisième jour. L'hyphéma restait stationnaire, ne dépassant pas la partie inférieure de la pupille.
Au quatrième jour, l'hyphéma remplit toute la chambre antérieure, sans provoquer de douleurs ni de rougeur inflammatoire.
La malade partit au treizième jour avec un hyphéma considérable, mais toujours sans réaction inflammatoire.
Il y eut encore, vers le vingt-cinquième jour, une nouvelle augmentation de l'hémorragie, mais je ne revis la malade qu'au bout de deux mois. Elle aVait alors une acuité visuelle suffisante, égale à 1/4. La pupille présentait quelques stries fîbrineuses et quelques flocons apparaissaient dans les couches antérieures du corps vitré. Depuis cette époque la vue s'est parfaitement maintenue.
Observation II. (J.-M. Prouflf.)
Hémorragie du corps vitré aussitôt après l'extraction de la cataracte. Epanchement sanguin consécutif dans la chambre antérieure et entre les lèvres de la plaie. Résorption spontanée et retour de la vision.
L'observation suivante offre un plus grand intérêt.
En 1875, Laurent Abgrall, cinquante-deux ans, cultivateur à Lampaut-Guinviliau (Finistère), vint me consulter pour une cataracte à l'œil droit. Bien que n'ayant pas encore mon diplôme de docteur, j'en fis l'extraction sous la surveillance de mon frère le DrM. Prouff. Lambeau supérieur de 3 millimètres avec iridectomie.
Tout s'était régulièrement passé, lorsque j'aperçus à la partie supérieure du corps vitré s'avancer une masse gris-noirâtre qui
de l'hémorragie intra-oculaire.
vint s'accoler presque à la partie postérieure de la cristalloïde, remplissant, pour ainsi dire, toul le fond du champ pupillaire. La plaie restait légèrement béante, mais sans battements des lèvres. J'appliquai immédiatement le bandeau compressif.
Au bout de deux heures, j'allai revoir le malade; le bandeau était taché de sang; il souffrait. J'enlôvai le bandeau et je trouvai un caillot de sang volumineux entre les lèvres de la plaie; toute la chambre antérieure était remplie de sang. Je me contentai d'appliquer un bandeau compressif qui fut maintenu pendant cinq jours.
Il n'y eut pas de douleurs après le quatrième jour; la rougeur de l'œil ne fut jamais intense; au quinzième jour, le malade partit avec sa plaie encore mal fermée, à cause du caillot auquel je n'avais pas osé toucher.
Je croyais l'œil perdu pour la vision et me trouvais très heureux que l'œil restât à peu près indolore. Quel ne fut pas mon étonnement, au bout d'un an, de revoir mon malade ayant à son œil droit une vision suffisante pour se livrer aux travaux de la campagne ! Il y avait néanmoins de nombreux flocons dans le corps vitré, mais la pupille était assez nette; il n'existait qu'un léger enclavement de l'iris à l'extrémité externe de la cicatrice cornéenne.
Cette fois le malade venait me consulter pour son œil gauche qui était atteint d'irido-choroïdite séreuse, laquelle ne me semblait pas sympathique, mais due aux mêmes influences organiques qui avaient déterminé l'hémorragie intra-oculaire du côté opposé. Depuis je n'ai plus eu de nouvelles de ce malade.
Voici maintenant le cas de Magni, rapporté par M. le professeur Vicenzo Gotti dans le fascicule de juin 1884, de la Rivista Clinica de Bologne.
Observation III.
Au mois de décembre dernier, j'ai eu l'occasion de voir un monsieur d'Ancona, âgé de soixante-dix ans, atteint primitivement à l'œil droit de cataracte dure, complète, commençante ? à l'œil gauche, et qui venait d'être opéré par le professeur Magni, equel avait employé sa méthode ordinaire, c'est-à-dire l'incision linéaire inférieure, sans iridectomie.
L'opération avait bien marché, la lentille était sortie sans diffi-
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
culte, on avait expulsé les quelques débris de substance corticale qui étaient restés dans l'œil ut l'opéré distinguait assez bien tous les objets qu'on lui présentait. Le professeur Magni allait appliquer le bandeau lorsqu'il aperçut un peu de sang dans la chambre antérieure. Il le fit sortir avec la petite curette de Daviel, mais l'hémorragie ne tarda pas à se reproduire plus abondante; l'opérateur crut prudent de ne pas continuer ces manœuvres d'expulsion, et il se contenta de faire appliquer sur l'œil des compresses froides.
L'opéré passa une assez bonne nuit, mais le lendemain le bandeau était tellement imprégné de sang qu'il fallut l'enlever. L'aspect de l'œil était loin d'être rassurant: la chambre antérieure était pleine de sang, la plaie cornéenne béante el l'iris pousse au dehors par un gros caillot de sang qui le distendait. La vision était nulle. On pensa que cette hémorragie s'était produite ex vacuo, à la suite de la rupture d'un vaisseau rétinien probablement athéromateux.
On remit un bandeau légèrement compressif, on continua l'emploi des compresses froides et on prescrivit au malade le repos absolu.
Matin et soir, on changeait le pansement et on mettait chaque fois dans l'œil un disque gélatineux d'atropine. On appliqua également à la tempe une sangsue artificielle.
Au bout de peu de temps le sang commença à se résorber et bientôt on put voir l'iris à travers le segment supérieur de la cornée. Huit jours après l'opération, il n'y avait presque plus de sang dans la chambre antérieure et on apercevait la moitié supérieure de la pupille. La plaie commençait à se cicatriser aux extrémités mais la partie médiane était occupée par l'iris qui faisait hernie. Le malade pouvait distinguer les doigts, bien que confusément. On fit l'excision de l'iris hernié et on maintint sur l'œil le bandeau compressif pendant huit ou dix jours encore après lesquels l'opéré commença à distinguer les gros objets. L'amélioration continua peu à peu et quarante jours après l'opération le malade put s'en retourner chez lui complètement guéri et lisant avec un verre de 15 dioptries, le n° 1 des échelles typographiques.
L'auteur conclut de ce fait que dans des «cas semblables il ne faut pas désespérer trop tôt d'obtenir une restitution plus ou
DE l'hÉMORUAGIE INTRA-OCULA I U li.
moins complète de la fonction visuelle mais attendre patiemment la résolution de la maladie qui peut se terminer, comme dans le cas présent, par un heureux résultat.
Ces trois observations démontrent, comme je l'ai dit en commençant, que les hémorragies intra-oculaires consécutives à l'extraction du cristallin ne sont pas incompatibles avec un résultat définitif satisfaisant. Je serais heureux si ces observations, un peu incomplètes il est vrai, pouvaient attirer sur ce sujet l'attention de mes confrères, et ceux qui auraient observé des cas semblables rendraient un grand service à la science en les publiant, car cela permettrait de connaître définitivement la gravité de ces hémorragies autrement que par les cas malheureux suivis ou non d'énucléation immédiate, qui ont été publiés jusqu'ici. De cette façon on pourrait faire un travail d'ensemble sérieux basé sur un plus grand nombre d'observations.
Observation IV. (Personnelle.)
Hémorragie opératoire à répétition, chez une opérée de cataracte par extraction. Paracentèse tardive. Guérison.
MmeL..., âgée de cinquante-trois ans, un peu alcoolique et d'un tempérament extrêmement nerveux, fut opérée de cataracte le 8 janvier 1884. Je taillai un petit lambeau supérieur et je fis l'iridectomie sans aucune difficulté, mais il se produisit aussitôt un écoulement sanguin très abondant et, à plusieurs reprises, je dus vider la chambre antérieure remplie de sang et de caillots. Après l'extraction de la cataracte, qui était très volumineuse et dépourvue de masses corticales molles, l'hémorragie continua encore pendant plus de 20 minutes, puis s'arrêta. J'instillai quelques gouttes d'ésérine et j'appliquai le# bandeau ordinaire.
Pendant quatre jours tout alla bien, mais la malade, qui était atteinte de bronchite chronique et d'un peu d'asthme, avait de violentes quintes de toux, et son œil devenait très sensible dès qu'on ôtait le bandeau. L'hémorragie ne s'était pas reproduite, la chambre antérieure était bien claire et la plaie cicatrisée. Le cinquième jour, à la suite de violentes quintes de toux et d'efforts pour aller à la garde-robe, l'œil devint le siège d'une douleur assez vive et un chémosis séreux envahit la conjonctive bulbaire. Pendant dix jours, l'œil resta dans le même état. L'humeur
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aqueuse ue cessa pas uu seul instant d'être transparente, mais l'iris ne se dilatait pas avec l'atropine et, à l'éclairage oblique, on voyait qu'il existait quelques adhérences entre cette membrane et la capsule du cristallin qui était restée dans l'œil et que je n'avais pas osé enlever à cause de la prédisposition de la malade à l'hémorragie. C'était donc une iritis légère.
Dix-sept jours après l'opération, toute inflammation avait disparu, ainsi que le chémosis, et la malade rentrait chez elle à la campagne, avec une vision très satisfaisante.
Pendant un mois, j'étais resté sans avoir de ses nouvelles, lorsque, le 29 février suivant, elle revint me voir et me raconta que depuis quinze jours son œil s'était enflammé de nouveau, et cela à la suite de quelques efforts qu'elle avait faits en portant un seau d'eau. En même temps, la chambre antérieure s'était remplie de sang et la vision avait complètement disparu. Au moment où je la vis, il existait une conjonctivite assez intense, une poussée d'iritis et un peu de sang dans la chambre antérieure. Le liquide occupait environ le tiers de cette cavité.
En raison du peu d'abondance de sang et du commencement de résorption qui s'était opérée, je ne crus pas utile de faire une paracentèse et je me contentai de prescrire des lotions émollientes chaudes, l'atropine, le repos absolu et le bandeau compressif.
Le 18 mars, la malade revint me voir; l'épanchement sanguin avait augmenté et occupait la moitié de la chambre antérieure. L'œil avait sa tension normale, était peu sensible et, bien qu'on ne pût pas voir d'où venait le sang, il était facile de se convaincre qu'il ne venait pas du corps vitré, car à l'ophlalmoscope on éclairait un peu la rétine et la vision était suffisante pour compter les doigts à 50 centimètres. Le sang ne pouvait donc provenir que de l'iris; et peut-être l'emploi de l'atropine n'était-il pas étranger à l'hémorragie, si on peut appeler ainsi la transsudation de quelques gouttelettes de sang.
Je ne voulais pas opérer encore, mais je fis suspendre l'atropine et conseillai à la malade de revenir dans huit jours si l'épanchement sanguin n'avait pas diminué et si l'inflammation s'était suffisamment calmée.
Le 26 mars la. malade revint. L'œil n'était plus rouge, mais l'épanchement sanguin n'avait pas diminué. Toutefois, à la con-