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DU DÉLIRE SURVENANT PENDANT L'OCCLUSION DES YEUX SOI

sistance du sang et à sa couleur noirâtre, on pouvait affirmer que l'hémorragie ne s'était pas reproduite depuis quelque temps, et que ce qui remplissait la partie inférieure de la chambre antérieure n'était autre chose que le résidu des hémorragies antérieures, dont la partie fluide avait seule été résorbée. Comme il n'y avait aucun espoir de le voir disparaître spontanément et que la paracentèse ne présentait aucun danger, je me décidai à faire cette petite opération.

Ainsi que je l'avais prévu, il s'écoula de la plaie cornéenne un liquide noirâtre et épais. Deux ou trois fois, à cinq minutes d'intervalle, et après que l'humeur aqueuse s'était reproduite, j'entr'ouvris la plaie et je parvins ainsi à faire un nettoyage complet de la chambre antérieure, l'humeur aqueuse entraînant avec elle, en s'écoulant, le résidu sanguin dont j'ai parlé. Je ne prolongeai pas davantage ces manœuvres parce que l'hémorragie se reproduisait après chaque évacuation, et j'appliquai un bandeau légèrement compr.essif.

Le lendemain, le sang s'était en grande partie résorbé; deux jours après il n'en restait plus de traces et la malade s'en retournait chez elle. Depuis, l'hémorragie ne s'est pas reproduite.

§ X. — DU DÉLIRE SURVENANT PENDANT L'OCCLUSION DES YEUX ET DANS L'OBSCURITÉ.

En 1863, Sichel père mentionnait des états délirants survenant chez des sujets opérés de la cataracte lors de leur séjour dans la chambre obscure, Il y a sept ans la Revue des sciences médicales rapportait, d'après les Archiv fur Psychiatrie, des faits de délire survenant dans les mêmes conditions. A la même époque Schmidt-Rimpler en observait aussi deux cas : le premier chez une femme de cinquante-sept ans, affectée d'une iritis syphilitique, et le second chez un jeune homme de dix-neuf ans, affecté d'une irido-choroïdite; les deux malades n'avaient subi aucune opération du côté des yeux et avaient été simplement placés dans l'obscurité. Chez tous deux, les accès de délire étaient, comme d'ailleurs dans les cas publiés par Sichel et d'autres ophtalmologistes, accompagnés d'une angoisse extrême

H. Aksuicjuc, Mémoires d'ophtalmologie.

MÉMOIRES D'OPHTÀI(MOLO0ÏB TRATIQUK.

avec hallucination sensorialc, en particulier hallucination de la vue.

Aux cas que je viens de mentionner, j'en ajouterai un autre que j'ai observé en 1880, avec M. le professeur Démons, chez un malade de soixante-seize ans, que nous avions opéré de cataracte et qui jouissait avant l'opération de l'intégrité absolue de ses facultés mentales.

Pendant la nuit qui suivit l'opération, le malade eut des hallucinations et du délire. Le surlendemain, à son lever, bien que la vision fût très satisfaisante dans l'œil opéré, il se figura qu'il ne voyait pas et nous accusa même de lui avoir enlevé la vision qui lui restait (il ne voyait pas pour se conduire avant l'opération). Sa conversation était calme, ses idées paraissaient lucides et rien ne nous faisait supposer que cet homme' pût nous tromper. Voyant cependant que l'œil était en très bon état et que le malade allait et venait seul dans sa chambre, sans se heurter aux objets qui l'entouraient, je conçus^ quelques doutes et je cherchai par les moyens persuasifs à lui donner un peu d'espoir. Mais ce fut en vain, ses réponses devinrent presque injurieuses et je dus m'éloigner d'assez mauvaise humeur. Le jour suivant ce malade m'envoya chercher. 11 se mit à fondre en larmes en me voyant et à me faire mille excuses pour les propos qu'il m'avait tenus la veille, et dont il avait gardé parfaitement le souvenir. Il me déclara qu'il avait eu un moment de folie et que sa vue était excellente.

La guérison fut très rapide et, un mois après, je recevais, en même temps qu'une longue lettre écrite de la main même du malade, une grande pièce de vers faits à mon intention et attestant que son état moral était aussi bon que sa vue.

Enfin, je trouve mentionnée dans le Centralblatt f. Praktische Auyenheilk. de juin 1885, une relation de Hirschberg sur le même sujet. Un malade âgé de soixante-sept ans, opéré avec succès d'iridectomie douze jours après le début d'un glaucome de l'œil droit, revint, le 9 janvier 1885, demander à être soigné pour l'œil gauche atteint de glaucome aigu depuis 15 jours. On pratiqua l'iridectomie en haut après anesthésie générale préalable. Le lendemain, la cornée s'était éclaircie et tout allait bien lorsque, dans la soirée, le malade fut pris d'un délire violent. 11 ne s'agissait pas de délire alcoolique, car le malade était très

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sobre; on n'avait pas, non plus, instillé d'atropine. L'opéré se leva, éteignit la veilleuse et se réfugia dans le vestibule.

Hirschberg lui enleva le bandeau, lui prescrivit un verre de vin et une dose de chloral, et, comme le sommeil tardait à venir, il lui fit une injection d'un centigramme de rçorphine.

Malgré cela, la nuit fut très agitée et, le lendemain, le délire continua, quoique moins violent. Dans la nuit du 11 au 12 janvier, Je malade dormit sept heures sans avoir pris aucun remède. A son réveil il avait toute sa raison et ne se rappelait pas son délire de la veille. Dans la nuit du 12 au 13, le délire revint : le malade se croyait insulté par un individu qui se tenait près de lui et cherchait à le provoquer. Le lendemain délire tranquille.

Pendant tout ce temps, la plaie cornéenne était guérie et la vision revenue. Durant quinze jours encore, le malade éprouva des vertiges.

Hirschberg a observé aussi un autre cas de délire survenu chez un octogénaire à qui il avait pratiqué une iridectomie préparatoire mais qui, avant l'opération, présentait des troubles de l'intelligence.

Cette variété de délire a les caractères du délirium tremens, à la durée et à l'intensité près, et la cause doit être recherchée dans la brusque suppression de l'excitation qu'exerce la lumière sur la rétine. Schmidt-Rimpler invoque à l'appui (?) de son hypothèse les expériences physiologiques de Langendorff. Cet expérimentateur a constaté que des grenouilles, rendues aveugles par la section des deux nerfs optiques ou l'extirpation des globes oculaires, se mettent à coasser aussitôt qu'on leur passe le doigt humide sur le dos, ce que ne fait pas l'animal quand il jouit de sa vue ; dans ce dernier cas, il est à même de comprimer le coassement en mettant en jeu des centres d'arrêt. De même, chez l'homme rendu aveugle, des idées peuvent surgir qui, n'étant pas atténuées ou corrigées par les sens de la vue, provoqueront, par voie réflexe, une excitation démesurée aboutissant à des hallucinations et du délire. Ce résultat ne s'observe que dans le cas où la suppression des excitations lumineuses s'effectue brusquement et chez des personnes prédisposées aux manifestations délirantes.

MEMOIRES n'Or'IITAT.MOLOGIK PRATIQUE.

§ XI. - DE L'EXTRACTION D'UN LAMBEAU DE CRISTALLOIDE ANTÉRIEURE DANS L'OPÉRATION DE LA CATARACTE.

On sait qu'un des temps les plus délicats de l'opération de la cataracte par extraction, avec ou sans iridectomie, est la discission de la capsule antérieure du cristallin. En effet, de la perfection de cette discission dépend souvent non seulement la facilité d'effectuer la sortie de la lentille sans rompre la zonule, mais encore le résultat plus ou moins heureux de l'opération au point de vue de la vision. Si la capsule postérieure est presque toujours transparente dans le plus grand nombre des cataractes, il n'en est pas de même de la capsule antérieure, laquelle est parfois non seulement opaque mais encore très dure et très épaisse. On comprend donc que si on se contente de fendre cette membrane avec le kystitome, une fois la lentille sortie, les deux lèvres de l'incision tendent à se rapprocher l'une de l'autre et parfois même à se superposer, cette membrane n'ayant aucune élasticité qui la fasse rétracter et n'étant plus maintenue, à l'état de tension par la lentille qu'elle enveloppait étroitement.

Dans les kystitomies mal exécutées, les cataractes secondaires (capsulaires) sont très fréquentes et peuvent compromettre le résultat définitif d'une opération parfaitement exécutée d'ailleurs. Sans doute, on fait tous les jours la discission de la cataracte secondaire et presque toujours on obtient un résultat excellent et instantané qui fait soudain pousser au malade un cri de joie, parce qu'on vient de lui enlever le voile qui couvrait sa vue. Cette petite opération, que j'ai pratiquée un grand nombre de fois sans qu'il survînt la moindre trace de complications postopératoires, n'est cependant pas toujours inoffensive, et j'ai vu, une fois, survenir trois jours après une discission qui avait été faite de la façon la plus correcte, sur une membrane très mince, sans le moindre tiraillement de l'iris, et qui avait donné une acuité visuelle égale à 1/1, j'ai vu survenir, dis-je, une irido-choroïditc qui, après quatre mois de souffrances, s'est terminée par la perte presque complète de la vision de l'œil opéré. Ce fait m'a rendu très circonspect, et, depuis, non seulement je n'ai plus fait de discission sans une absolue nécessité, mais encore j'ai cherché par tous les moyens possibles à m'en passer, c'est-à-dire à éviter la cataracte secondaire.

de l'extraction d'un lambeau de cristalloide.

Quelle que soit la manière de procéder avec la pointe du kystitorae, qu'on fasse une incision cruciale ou plusieurs incisions convergentes vers le centre de la capsule, comme on ne voit pas ce que l'on fait, on peut dire, sans exagération, que la discission de la capsule se fait le plus souvent au hasard.

Beaucoup de chirurgiens ont cherché depuis longtemps soit à dilacérer la capsule, soit à l'enlever en partie : les divers kystitomes à double branche, celui de Meyer en particulier, et les diverses pinces capsulaires anciennes ou récentes ont été construits dans ce but. Mais, jusqu'à ce jour, dans l'extraction simple, aucun instrument n'a permis d'enlever facilement à coup sùr et sans danger de pincer l'iris un lambeau de cristalloide antérieure quelque peu étendu.

Comme M. de Wecker qui déjà, en 1871, avait fait construire des pinces-kystitome, dans ces dernières années, j'ai fait faire par divers fabricants au moins une dizaine de modèles de pinces. Mais, jusqu'à ce jour, toutes ces pinces, aussi bien les miennes que celles des autres chirurgiens, présentaient l'inconvénient de pincer souvent l'iris, en même temps que la cristalloide, lorsqu'on n'avait pas fait au préalable une large iridectomie.

4 jf? Ii C'est en étudiant le mécanisme du pince- /O^ ment de l'iris, que j'ai eu l'idée de modifier il f mon ancienne pince d'une façon très simple : Il il m'a suffi de donner à l'extrémité des mors

m une double courbure en bayonnette, la pre-

H mière se dirigeant à l'angle droit d'une

Il branche vers l'autre, la seconde d'avant en

I] arrière, la pince courbe étant supposée placée

If verticalement, la concavité des branches

H regardant en avant.

I La figure 8 donne une idée approximative

de cette double courbure qu'on voit beau- 1 coup mieux cependant sur l'instrument lui-

pi même. La figure A représente les mors vus

de face, mais en exagérant l'intervalle qui / les sépare; la figure B représente toute la

;- 8- pince en trois quarts pour montrer la cour-

bure des branches et celle des mors. II est aisé de comprendre que lorsque la pince est placée tangentiellement au cristallin,

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pendant que les mors touchent la cristalloïde et que les griffes s'enfoncent dans cette membrane, les branches de la pince se trouvent placées dans un plan antérieur à celui de l'iris et ne peuvent, par conséquent, le pincer lorsque les mors se rapprochent. Ces derniers étant en contact, si l'iris se projetait en avant entre les branches, il ne serait pas encore pincé parce qu'il reste un intervalle d'un millimètre et demi entre ces branches lorsque les mors se touchent.

Depuis quelques mois que j'emploie cette nouvelle pince, je n'ai eu qu'à m'en louer et je crois qu'elle réunit tous les désiderata formulés jusqu'à ce jour par les chirurgiens qui se sont occupés de l'extraction d'un lambeau capsulaire dans l'opération de la cataracte.

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