CONTUSION DE L'ŒIL PAR LE CHOC B'UN PCTARD
Le corps vitré était un peu trouble, mais permettait néanmoins de voir, comme à travers un nuage, la papille qui paraissait être complètement blanche et atrophiée. On ue distinguait pas de vaisseaux rétiniens ni d'altérations de la choroïde; Quels que fussent les mouvements imprimés à l'œil ou à la tête, le cristallin restait immobile et l'humeur vitrée paraissait avoir conservé sa consistance normale. La tension intra-oculaire était normale aussi et tous les mouvements de l'œil parfaitement conservés. La vision restait réduite à la perception lumineuse.
En présence de l'état satisfaisant de l'œil je ne crus pas devoir prescrire de traitement spécial et j'engageai le malade, qui partait pour la campagne, à éviter tout ce qui pourrait lui fatiguer la vue ou amener une inflammation de l'organe blessé.
Le 22 septembre suivant, M. C. étant de retour à Bordeaux vint me trouver. Depuis son départ les choses avaient bien changé. Après quelques jours de calme, l'œil blessé était devenu rouge, sensible au toucher, puis, bientôt, avait donné lieu à des crises douloureuses qui retentissaient dans toute la région périorbitaire et revenaient tous les quatre ou cinq jours. L'examen de l'œil ne m'apprit rien de nouveau ; le cristallin, toujours luxé dans l'humeur vitrée, occupait la même place et reposait sur le corps ciliaire en bas et en dehors; son volume ne paraissait pas avoir diminué. L'humeur vitrée était un peu plus trouble que lors du dernier examen et ne permettait plus de voir la papille ni les vaisseaux rétiniens.
En présence de cet état de choses, je jugeai qu'une intervention active et immédiate était nécessaire ; mais, comme M. C. tenait beaucoup à conserver son œil, quoique inutile pour la vision, je me décidai à différer l'énucléation et à procéder d'abord à l'extraction du cristallin dont la présence dans une région éminemment sensible, le corps ciliaire, me paraissait être une des causes principales de la douleur et de l'inflammation du globe, qu'on observait en ce moment et qui paraissaient caractériser le début d'une cyclite.
M. G., ayant accepté ma proposition, le 1er octobre, je procédai à l'opération de la manière suivante :
Je fis à la partie externe de la cornée une ponction avec l'aiguille à discission et par cette étroite ouverture j'introduisis un petit crochet avec lequel je cherchai à ramener le cristallin en
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
avant pour que l'extraction fût plus facile et suivie d'une perte moindre d'humeur vitrée. En cffet,en faisant tout d'abord une large ouverture on avait à craindre une issue considérable ou peut-être totale de l'humeur vitrée pendant les manœuvres d'extraction dont on ne pouvait prévoir ni les difficultés ni la durée.
Mais ce fut en vain que j'essayai de déplacer le cristallin : celui-ci paraissait complètement adhérent au corps ciliaire et d'une consistance glutineuse; le crochet s'enfonçait dans cet organe, mais n'en ramenait aucune parcelle. Voyant que je n'obtenais rien par ce moyen, j'agrandis un peu l'ouverture cornéenneavec le couteau lancéolaire enfoncé obliquement pour éviter que l'incision restât béante, et j'essayai de saisir le cristallin avec des pinces à iris. Après plusieurs tentatives infructueuses pendant lesquelles il s'écoula une assez grande quantité d'humeur vitrée ramollie, je parvins à retirer de l'œil une partie du cristallin. Cette substance avait à peu près la consistance de la glu et sortait comme d'une filière à mesure que je tirais avec la pince. Malgré tous mes efforts je ne pus extraire que la moitié environ de la lentille; ainsi que je pus m'en assurer au moyen de l'éclairage oblique; le reste était dispersé dans la partie antérieure de l'œil et fragmenté en divers morceaux. Ayant à. plusieurs reprises, et involontairement, touché la région des procès ciliaires avec les pinces ou le crochet, le malade en avait ressenti une vive douleur; de plus, les manœuvres d'extraction s'étant prolongées pendant près d'une demi-heure et ayant affaibli son courage et sa docilité, je me vis obligé d'arrêter là l'opération.
L'œil avait passablement diminué de volume et la cornée était complètement flasque et affaissée. En promenant les pinces ou le crochet en avant de la région ciliaire pour ramener le cristallin, j'avais, à deux ou trois reprises* retiré un peu de pigment qui semblait provenir des derniers vestiges de l'iris atrophié.
Un phénomène digne de remarque et fort important au point de vue de l'origine encore si controversée de l'humeur aqueuse, c'est que, pendant toute la durée de l'opération, il me suffisait de laisser l'œil en repos pendant quatre ou cinq minutes pour voir se reproduire l'humeur aqueuse en quantité très notable. Il faudra donc désormais, en présence de ce fait de physiologie réalisé par la pathologie, chercher ailleurs que dans l'iris seul la source de l'humeur aqueuse.