‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 68 sur 106 · CONTUSION DE L'ŒIL PAR LE CHOC D'UN PÉTARD · texte numérisé non relu

CONTUSION DE L'ŒIL PAR LE CHOC D'UN PÉTARD

J'ai dit que l'iris avait totalement disparu ; malgré l'examen le plus complet et le plus attentif, examen rendu du reste très facile par la transparence de l'humeur aqueuse, il était impossible d'en apercevoir la moindre trace. Qu'était-il devenu? C'était la première fois que j'étais témoin d'un fait semblable, bien que j'en connusse la possibilité, quelques cas analogues ayant été rapportés par les auteurs, et en particulier par Gayet (Archives d'Ophtalmologie, 1881, p. 417), Dujardin (de Lille), Middlemoore, Delacroix, etc.

Aucun cas cependant ne s'était montré peut-être d'une façon aussi complète et dans des conditions d'observation aussi favorables que celui qui était sous mes yeux.

Il ne pouvait être question, en effet, ni de résorption, comme l'admettent Middlemoore et Delacroix, puisque l'accident datait d'une heure à peine; ni d'arrachement, puisque l'examen le plus minutieux de la chambre antérieure ne pouvait en montrer le moindre vestige. Du reste, un mois après, on pouvait apercevoir un petit croissant d'iris en haut et en dedans.

Je crois, plutôt, qu'il s'agissait d'une paralysie complète traumatique du sphincter de l'iris ou même d'un redoublement ou d'une rétroversion de cette membrane en dedans. C'est aussi l'opinion du Dr Girard, qui a publié dans la Revue trimestrielle d'Ophtalmologie pratique (n° d'octobre jl885) un intéressant article sur ce sujet. Il faut savoir, en effet, que l'iris, lorsqu'il est simplement dilaté ad maximum, se réduit, chez certaines personnes, à un anneau d'un millimètre à peine de largeur, et comme l'insertion de cette membrane se fait à une certaine distance de la périphérie de la cornée transparente, il est permis de supposer que, la paralysie et le traumatisme aidant, l'iris puisse devenir complètement invisible derrière le limbe sclérocornéen. Quant à élucider la question de savoir s'il s'agit d'une simple dilatation par paralysie ou bien d'un véritable renversement ou redoublement de l'iris, cela n'est pas encore possible, aucune autopsie n'étant venue, à ma connaissance, confirmer une hypothèse plutôt que l'autre.

Je prescrivis des compresses froides pendant toute la nuit et un collyre d'ésérine dans le but de ramener l'iris à sa position normale s'il était redoublé ou dilaté, et d'éviter ainsi les accidents glaucomateux qui pourraient se produire.

MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE

Le lendemain malin, 15 Juillet, la tuméfaction n'avait pas augmenté et l'œil était absolument dans le môme état que la veille. L'iris était toujours dilaté cl invisible; le fond de l'œil avait le même aspect et la masse blanche qu'on voyait dans le corps vitré était plus distincte et paraissait être évidemment le cristallin sorti de sa capsule. La conjonctive bulbaire était entièrement blanche et ne présentait aucune trace d'inflammation, ou de chémosis, elle était pour ainsi dire comme exsangue. Pendant la nuit, le malade avait beaucoup souffert et avait eu des nausées et même des vomissements. Je conseillai de continuer les compresses froides et le collyre d'ésérine, mais ce jour même le jeune homme, qui était soldat, dut rentrer à l'hôpital militaire et je le perdis de vue pendant un mois. J'appris cependant peu de temps après, par le médecin qui le soignait, que la pupille et l'intérieur de l'œil étaient toujours dans le même état, mais qu'il y avait eu pendant quelques jours du chémosis, de l'œdème et une menace de phlegmon ou de panophtalmite.

Par un traitement approprié, cet accident avait pu être conjuré et, au bout d'un mois, le malade sortait de l'hôpital et se présentait chez moi. La vision n'était pas revenue, mais l'œil était indolore, avait conservé son volume primitif, et, sauf un peu de rougeur de la conjonctive et l'aspect de la pupille qui était démesurément grande, puisqu'elle avait l'étendue de la cornée, cet organe n'était pas trop disgracieux. L'iris était toujours à peu près invisible ; toutefois, en haut et en dedans, on pouvait distinguer à l'éclairage oblique un petit croissant irien d'un demimillimètre de largeur paraissant en voie d'atrophie. En examinant avec soin le champ pupillaire on voyait la capsule du cristallin occupant sa position normale, ayant conservé sa transparence, mais présentant quelques rides et, en bas et en dehors, une déchirure assez large dont les bords étaient déchiquetés et par laquelle s'était échappée la lentille. Celle-ci étail restée enclavée dans le corps vitré depuis le jour de l'accident, et était devenue complètement opaque. Cet organe était blanchâtre, comme du blanc d'œuf cuit, paraissait avoir la forme et le volume d'un petit haricot et être eu voie de résorption aprè avoir subi un gonflement par imbibition. 11 appuyait contre 1 corps ciliaire en bas et en dehors.

Page 1