‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 93 sur 106 · DU TABAC ET LES INJECTIONS HYPODERMIQUES DE STRYCHNINE · texte numérisé non relu

DU TABAC ET LES INJECTIONS HYPODERMIQUES DE STRYCHNINE

M. E..., ingénieur, âgé de quarante-trois ans, fume depuis plusieurs années environ vingt-cinq cigarettes par jour et, depuis un an déjà, s'est aperçu que sa vue s'affaiblissait notablement, aussi bien de près que de loin. Depuis trois mois, l'amblyopie s'est accusée encore davantage, et aujourd'hui, 5 mars 1886, 'D = 5/18 de chaque côté. Les yeux sont emmétropes et aucun verre n'améliore la vision ni de loin ni de près. Le malade n'a pas de scotome central, c'est tout le champ visuel qui est comme couvert d'un léger voile. L'amblyopie n'est pas plus prononcée la nuit que le jour, pourvu que l'éclairage artificiel soit suffisant. Chromatopsie et champ visuel normaux. L'examen ophtalmoscopique le plus attentif ne permet pas de découvrir la moindre altération appréciable du fond de l'œil. Le malade a un régime de vie très réglé et ne boit pas d'alcool. Pensant qu'il s'agit d'une simple amblyopie toxique due à l'usage immodéré du tabac, je me contente de faire supprimer ce dernier et de prescrire des injections hypodermiques quotidiennes avec un à deux centigrammes de sulfate de strychnine.

Dès les premiers jours de traitement, la vision s'améliore, et, vingt-cinq jours après la première visite, je revois le malade chez qui la vision est redevenue absolument normale. Depuis cette époque, j'ai eu l'occasion de le revoir encore et de constater que la guérison se maintenait parfaite.

Cette observation, toute courte qu'elle est, m'a paru intéressante à cause de la rapidité de la guérison, bien que l'amblyopie remontât à une époque assez éloignée et fût déjà très prononcée.

II est impossible, toutefois, d'affirmer si la guérison est due à l'emploi de la strychnine ou à la suppression du tabac.

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