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rélaire.
LETTRE PASTORALE
— DE
Mgr. l'Evêque de Bytown,
À l'occasion de son départ pour l Europe.
JOSEPH EUGÈNE GUIGUES
Par la Miséricorde de Dieu et la Grâce du Saint Siége Apostolique, premier Evéque de Bytown.
À tous les Fidèles de N otre Diocèse, Salut et Bénédiction en N otre-Seigneur.
Avant de partir pour l'Europe et d'aller Nous jeter aux pieds du Souverain Pontife, Nous sentons N. T. C. F,, le besoin de vous faire connaître les grands
motifs qui Nous déterminent à entreprendre ce long voyage.
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Les premiers pasteurs de chaque diocèse comme les brebis qui leur sont confiées ont besoin de richauffer de temps en temps leur zèle et leur ardeur pour les intérets sacrés de la religion. Or est-il un soul lieu sur la terre où il leur soit donné de puiser avec plus d'avantage, la force et le courage qui leur sont nécessaires, que dans celni dans lequel ils peuvent vénérer le tombeau des apôtreset les cendres de ces âmes héroïques qui, après dix-huit siécles, redisent encore d’une manière éloquente, leurs travaux, leurs prédications et surtout leur mort glorieuse, Les premiers pasteurs ont aussi à porter aux pieds du Souverain Pontife la connaissance des sentiments
ui animent ies populations qui leur sont confiées et Kous sommes heureux d’avoir à lui porter Nous-méme l'expression de la vénération et de l'amour des catholiques du Canada. Si les enfants qui sont au-
tour de lui lé méconnaissent, ceux qui sont éloignés
compensent par leur amour et leur fidélité, l’injustice de ceux qu'il a comblés de bienfaits. Nous y allons pour dire au Pontife Suprême qu'il est pour nous dans l'exil aussi vénérable que lorsqu'il était sur le trône ; ce qui nous attache à lui ce n’est ni l'éclat ni la gloire extérieure, mais les prérogatives dont Jésus-Christ l’a revêtu. Pierre au fond des prisons et Léon X au faite de la gloire sont également les dépositaires de la puissance de Jésus- Christ, et cette puissance spirituelle et immortelle ne doit jamais périr. His Lorsqu'il n’y a pas encore deux ans le Pontife Pie IX: après avoir été salué du nom de grand, de glorieux, et avoir vu des arcs de triomphe s'élever, des fleurs, des couronnes semées sur tous ses pas, sentit tout-à-coup son trône ébranié et se vit forcer de quitter Rome sous un vêtement emprunté, les ennemis du catholicisme battirent des mains et s’écrièrent : le Pape est tombé, sa puissance temporelle est anéantie ; et portant plus loin encore leurs prévisions, ils diront d’un air de triomphe : le catho-
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licisme est tombé avec lui, et s'ensevelit dans le tombeau d'où il ne se relèvera plus. Lorsque l'hiver arrive et que l'arbre qui domine nos forêts se dépouille de ses fruits, de ses feuilles, l’insensé sé. crie aussi: cet arbre, le roi des forêts, est mort : mais que le printemps arrive, que le soleil le réchauffe et bientôt sa sève vivifiera tout, l’engourdissement lui a rendu sa force et sa première vigueur. La persécution loin d’affaiblir la puissance du Pontife, ne fera que l’épurer comme l'or dans la fournaise et la rendre plus forte, Une secte que l'erreur a enfantée rentre, à la vue seule du glaive qui brille ou de l’échafnud qui se dresse, dans le néant d’où la passion et l'intérêt l'avait fait sortir, mais pour le Chef de l'Eglise une nouvelle épreuve n’est qu’une épreuve de plus ajoutée à dix-huit siècles de combats et de triomphes.
Aussi combien ‘de symptômes de vie et d’es Pérance semblent briller à l'horizon même pour assurer le pouvoir temporel du Souverain Pontife ! Déjà les armées catholiques oubliant cet esprit de rivalité et de jalousie qui sépare les nations, se sont unies pour revendiquer à Rome les droits du Pontife et aussi, puis-je le dire, leurs propres droits, car qu'on ne cherche pas à vous faire illusion, N.T.C.F., ce n’est point comme on l’a répété souvent en mentant à l'évidence des faits, pour opprimer un peuple, ponr le priver de ses droits que les catholiques du monde entier se sont ébranlés, mais c’est plutôt pour soutenir leu:s propres droits inconnus et outragés, Qui a fait cette Rome où les Monuments catholiques le disputent à ceux de l’ancienne Rome ? Qui est-ce qui a élevé les temples, chefs-d'œuvre religieux qui couvrent son enceinte ? Qui soutenait le Pontife et même donnait au souverain temporel le moyen de soutenir sa puissance et sa dignité ?— N’était:ce pas
les catholiques du monde entier, n’était-ce pas leurs dons, leurs offrandes qui découlaient sur Rome de toutes les parties du globe ? N'était-ce pas la main
triomphante et glorieuse d'un des héros du catholicisme qui avait, il y a plus de dix siècles, fixé la royauté entre les mains du Chef de l'Eglise et donné par là à Rome la puissance, la loire et la durée, au moment où cette ville s’effaçait de la carte des nations ; n’ont-ils donc pas le droit de vouloir leur chef suprême maitre de ce qu'ils lui ont donné et dans une position indépendante ? Le peuple de Rome, Nous le disons avec confiance, a droit comme tous les peuples à une sage liberté et peut aussi à Vi titre réclamer de son souverain le bien-être, ‘aisance et une sorte de félicité temporelle dont Dieu a mis le désir et l'espérance dans le cœur de ceux qu'il a placés sur 1a terre, mais les catholiques ont droit aussi à ce que leur Chef soit respecté et ne soit point à la merci d’une faction qui croit défendre les intérêts de la liberté par la persécution et qui se croit intelligente et forte parcequ'elle peut chasser des religieuses, piller des églises et emprisonner des prêtres.
Tout semble présager que le Souverain Pontife reprendra son siége à Rome, mais je le répète, lors même que l’ingratitude et l'injustice le lui arracheraient encore, n'oublions pas que notre foi et notre attachement au Chef suprême de l'Eglise doit s'élever au-dessus des trônes et des couronnes temporelles. Pierre dans les fers, les Pontifes des trois premiers siècles errant dans les catacombes, Pie VII traîné en exil et en prison pour ne pas correspondre aux volontés d'un monarque tout puissant, n’en sont pas moins les Chefs de l’Église, les représentants de Jésus-Christ, ni moins glorieux aux yeux des catholiques. On pourra encore chasser le Pontife de Kome, jeter sur ses épaules un manteau de pourpre et placer une couronne d’épines à la place de la tiare, il n’en sera que plus semblable à Jésus-Christ, plus digne de notre yénération et son autorité n'en sera pas moins puissante sur les cœurs, car le prin-
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cipe de lobéissance est toujours le même, la sous mission reste dès lors inébranlable.
Car, N.T, CC. F, la puissance spirituelle dont le Saint Pontife est revêtu, ne vient-elle pas de Dieu ? N'est-ce pas lui qui l’a donnée, non pa: à l’homme, à son génie, à sa science, mais à sa qualité de Chef des catholiques ? L'Eglise est un corps, il faut donc une tête, au navire le gouvernail est nécessaire, un troupeau réclame un pasteur pour le conduire, au royaume, un roi doit présider à ses destinées, un édifice comment subsisterait-il sans fondement ? Jésus-Christ, il est vrai, est la pierre angulaire, le pasteur, souverain, le roi immortel, à lui seul gloire, honneur dans tous les siècles, mais l'Eglise est une société visible, puisque c’est à elle que Jésus-Christ dit d’avoir recours pour juger les différends. Quod si non audierit eos, dic Ecclesie, si autem Ecclesiam non audierit sit tibi sicut ethnicus et publicanus (Matth. 18, 17). Pour & conduire il faut donc un chef qui, sous la direction du Chef invisible, préside à ses destinées, Aussi Jésus-Christ lui-même a-til choisi Pierre et ses successeurs pour ce glorieux ministère, En vérité, en vérilé, je vous le dis, vous êtes pierre et sur cette pierre je bütirai mon église et les portes de l'enfer ne
Prévaudront point contre elle. Dix-huit siècles ont passés, les puissances de la terre, les ennemis du catholicisme ont essayé d’ébranler cette pierre, mais leurs ârmes se sont brisées, celles de ceux qui viendront après s'useront de même, car jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contre elle (Matth. 16. 18). Les jugements, les décrets qui émanent de la puissance de Pierre, ces décrets, ceux de ses successeurs doivent toujours être ratifiés dans le ciel. À {oi je donnerai les clefs du rOYaume du ciel, ce que tu lieras sur la terre sera hé dans le ciel, ce que tu délieras sur la lerre sera délié dans le ciel. Que les hommes cherchent à diminuer, à abaisser ga puissance, la promesse de Jésus-Christ restera toujours et désespérera leur malice ..…....Ce ne sera pas seulement les simples
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fidèles que Pierre sera chargé de conduire, ce sera les pasteurs eux-mêmes. Pierre trois fois a dit à Jésus-Christ qu'il l’aimait et Fésus-Christ lui a dit : Pasce oves meas (Jean 21.15). Il a pour mission de gouverner les pasteurs eux-mêmes, les prêtres, les évêques, les agneaux et les mères: pasteurs à l'égard des fidèles et brebis à l'égard du premier pasteur. Quel sera le motif de cette sommission et de cette dépendance, Jésus-Christ nous le dit encore : Pierre voilà que Satan a tenté de te passer au crible comme le froment, mais j'ai prié pour que ta foi ne défaille point et lorsque tu seras relevé de ta chute, va confirmer les frères. Quand Jésus-Christ parle à Pierre, il lui parle comme au chef de cette Eglise qui toujours doit durer, qui toujours doit être présente, qui doit toujours voir sa doctrine inconnue, calomniée, mais contre laquelle les puissances de l'enfer ne prévaudront pas, le pouvoir dont Jésus-Christ a revêtu Pierre doit donc passer à ses successeux et durer comme l'Eglise jusqu’à la fin des temps.
Voilà, N. T. C.F, le prineipe de votre soumission et de la Nôtre au Chef suprême, la prière de Jésus- Christ, ses promesses, sa puissance qui ne vient point de l’homme mais de Dieu et que les temps loin d’é- ‘branler raffirment toujours.
Dès les premiers siècles, on en appelle au successeur de Pierre pour terminer les différends et calmer les orages qui s'élevaient autour de l’Eglise, les génies les plus élevés, les eonciles formés des Evêques de toutes les parties du globe dont ils viennent attester la croyance, une multitude d’âmes généreuses qui ont versé leur sang pour la foi, s’accordent tous pour répéter : Pierre vit dans ses successeurs. Le siége de Rome, ne peut être jugé par personne. (Celui qui n’amasse pas avee le successeur de St. Pierre disperse, c’est le disciple de l’antéchrist (S. Jer. ep. 14). C’est Pierre et ses successeurs que Jésus-Christ a placés au sommet de l'arche (St.
Athanase), Toujours le même cri d'amour et de
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vénération s'est fnit entendre, et ceux qui ont contesté cette puissance ont été de suite retranchés de l'Eglise selon le conseil de Jésus-Christ : s'il n’écoute pas l'Eglise qu’il soit pour toi comme un paien et un publicain. C'est ainsi que dans tous les temps cette autorité du Chef de l'Eglise a été bénie, salnée, vénérée, mais ce qui doit frapper surtout tout esprit réfléchi c'est que loin de s’affaiblir le temps lui donne une nouvelle force, Füût-il jamais une époque où elle ait été si universellement reconnue que dans le siècle présent ? Dans d’autres temps chaque nation semblait revendiquer quelque droit, quelque privilége, et en ce moment il n'y a pour tous les catholiques de toutes les nations qu'un seul droit, qu'un seul privilége de reconnu, c’est celni du Pon. tife Suprême. Je vous en parle en ce moment et tous les Evêques du Canada: redisent la même chose à leurs peuples, les Evèêques des Etats-Unis terminent leurs glorieuses assemblées en soumettant leurs décrets et lé fruit. de leurs veilles à son examen. . L'Eglise de France libre des chaines qu'on avait couvertes d’or pour dissimuler par cet éclat la servitude qu’elles imposaient ne veut d'autre liberté que celle qui lui vient du Pontife. L’Irlande dont les blessures profondes semblent rendre la foi plus vive et plus éclatante en appelle sans cesse à ses décisions. L'Angleterre compte dans son sein déjà plusieurs Pontifes qui ne tiennent que de lui leur mission, L'Espagne, l'Italie, la Po ogne, les églises d'Allemagne, d'Asie, celles qui s'élèvent dans
les nouvelles iles épurées par les persécutions en
essuyant leurs larmes et pansant leurs blessures
portent leurs regards vers Rome et attendent de
son Pontife le secours et la lumière, Ah! qu'elle
est forte, quelle est puissante cette voix qui s’est
élevée depuis dix-huit siècles de toutes les parties
du globe et de toutes les poitrines catholiques !
Quelques voix faibles, isolées et discordantes peuvent-elles en affaiblir la force et l'éclat ?— Qu'il est
brillant ce soleil dont le temps n'affaiblit point l’éclat et dont les flots de lumières inondent sans cesse ceux qui croient l’obseurcir en lançant la ‘boue pour en affaiblir la clarté. Pour nous, N,T. C. F,, soyons toujours fiers de marcher à sa lumière et de tenir fortement à cette mère de toutes les églises que les tempêtes pourront bien un moment ébranler, mais jamais ne renverseront, car elle a la parole de Jésus-Christ : poriæ inferi non prævalebunt adversus eam.
Nous Nous estimorïs done heureux, N. 4. C. F. Nous le répétons avec confiance, en Nous rendant aux pieds du Pontife de pouvoir ajouter l'expression de votre amour à celui du monde entier, et de lui dire votre attachement et le mien au centre de l’unité catholique que la distance des lieux loin d’affaiblir semble rendre plus vif et plus ferme.
Pendant que durera Notre voyage Nous vous en conjurons, N. T. C. F.,, ne perdez pas de vue que c'est pour vous et pour les intérêts du diocèse que Nous l’avons entrepris. Grardez fidèlement les engagements que vous avez contractés dans les diverses associations où vous êtes entrés et qui sont l’âme de la piété. Maintenez la tempérance qui fait la force de l’homme et la consolation du chrétien. Que dans toutes les familles on adresse quelque prière pour Nous chaque jour, ainsi qu'aux réunions des diverses confrèries. Pour Nous, N. T. C. F, Nous vous aurons présents partout, aux autels de l’Archiconfrérie de N. D. des Victoires, an sanctuaire de Lorette, aux tombeaux des apôtres et des martyrs, dans les églises où l’on garde précisément les cendres de ces vierges, de ces confesseurs qui sont les patrons des diverses églises du diocèse. Nous demanderons pour vous la foi, le zèle et les vertus qui font les vrais chrétiens. Nous solliciterons même pour vous les grâces temporelles qu'il entre dans les desseins de Dieu de vous accorder, afin que ces années de souffrances et de misères qui pèsent
Fa
lit point ent sans nçant la us, N.T.
: lumière outes les moment elle a la ævalebunt
T.C.F, s rendant pression et de lui re de l’uloin d’af-
vous en vue que cèse que les enga- , diverses l'âme de t la force Que dans ère pour s des di- F., Nous de l’Artuaire de martyrs, s cendres it les pa- Nous deertus qui 18 même dans les que ces i pèsent
depuis si longtemps sur ce pays disparaissent et que des jours plus heureux se lèvent sur le Canada.
Les prêtres diront chaque jour à la messe l’oraison pro quatumque necessilale à la place de celle de Deus omnium. On réunira aussi dans la récitation des cinq paler qui se disent déjà après l'office du Dimanche la double intention de prier et pour le Souverain Pontife et pour l’heureux succès de Notre voyage,
Nous vous informons que Nous laissons l’administration du diocèse aux Révérends Pa res Jean François Allard, Damase Dandurand, et Jérémie Ryan, avec des pouvoirs très-étendus, afin que Notre absence ne vous prive pas des biens spirituels que vous devez attendre de vos pasteurs.
Sera la présente lettre pastorale lue et publiée en chapitre dans les communautés religieuses et au prône dans toutes les églises le premier dimanche
après sa réception.
Donné à Bytown, le premier juin, mil huit cent cinquante, sous Notre seing et sceau le contre-seing de Notre secrétaire.
T Jos. EUGÈNE, Ev. de BYTOWN,.
Par Monseioneur, D. DANDURAND, PRÈTRE 0. M. 1,
: Secrétaire.
So soi dE RS RES :