Mandement d'entrée de Mgr. Paul Bruchési, archevêque de Montréal [microforme]
PAUL BRUCHESI, PAR LA GRACE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE, ARCHEVÊQUE DE MONTRÉAL.
Au clergé séculier el régulier, aux communautés religieuses et à tous les fidèles de notre diocèse, salut, paix et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Nos très chers frères,
C'est de tout notre cœur que nous vous adressons ce salut et ce souhait, comme le faisait saint Paul écrivant aux fidèles de Philippes ou d'Ephèse.
Jésus-Christ est notre espérance, en Lui sont tous les biens, c'est gäni que nous vous confions et par Lui que nous ne à voir heureux et bénis.
L'auguste cérémonie de dimanche dernier, à la cathédrale, a été pour nous l’occasion d'exprimer publiquement nes sentiments, nos espérances et nos vœux, mais nous n’appartenons pas seulement aux quelques milliers de fidèles qui avaient pu trouver place auprès du trône archiépiscopal, nous appartenons au diocèse tout entier. Il convient donc de lui ouvrir notre âme, et nous venons le faire aujourd'hui, avec la plus grande confiance et la plus tendre affection.
Le 30 décembre 1896, l'Eglise de Montréal était plongée
Pr un deuil profond : : elle perdait en la personne de l'illustrissime et révérendissime Edouard- Charles Fabre, le troisième de ses évêques et son premier archevêque.
: Depuis vingt et un ans elle était gouvernée par lui.: elle avait pu admirer én lui un zèle sans bornes, une charité qui ne comptait j jamais avec les plus rudes labeurs, une . bonté d'âme qui le rendait sensible à toutes les misères, urie douceur que les contrariétés ne pouvaient altérer, un amour du culte devenu presque une éainte passion, et servi par une science de la liturgie qui ne rencontrait peut-être pas d’ égale en Amérique, une piété qui en faisait le modèle des prêtres. C'était encore l’homme aimable, accueillant toujours avec bienveillance ceux qui le visitaient ou sollicitaient quelques faveurs, l’apôtre aimant et aimé de la jeunesse, en un mot le père et le pasteur s oubliant lui-même pour ne songer qu’à son troupeau, l'i image fidèle de Celui qui a dit: Apprenez ‘de moï que je suis doux et humble de cœur.
I] avait &éfendu expressément tout éloge sur sa tombe, mais les larmes, les regrets de tout son peuple, les hommages rendus à ses restes vénérés par l'épiscopat, le clergé, les citoyens, et nos frères séparés eux- mêmes, constituèrent un éloge mille fois plus éloquent que n'aurait pu l'être le plus éloquent discours.
11 descendit dans la tombe, aimé, regretté de tous ceux qui l'avaient connu, et prit sa place à côté de ses deux prédécesseurs, grands pontifes eux aussi, gloire immortelle de notre race, créateurs d'œuvres si fécondes, défenseurs intrépides de la vérité, et dont la mémoire
! Matth., x1, 29,
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restera: parmi nous en bénédiction, comme celle des Plessis etdes Montmorency-Laval. . \ à
Le deuil du diocèse fut long, il dura six mois. Ce fukent | six mois de prières, de supplications ardentes à l'Esprit- Saint pour celui “ qui devait venir, ”. que personne ne A connaissait, mais qui, cependant, de toute éternité, avait Été marqué comme le quatrième pasteur de l'Eglise de Ville-Marie. oo | à
Le Saint-Siège fit son œuvre : il écouta les avis et les recommandations de l’épiscopat, et pesa tout en présence de Dieu. Les considérations purement: humaines ne Ù sauraient compter pour quelque chose d ns une élection. qui intéresse avant tout le salut des âmes et le bien de ; la société divine fondée par Jésus-Christ. |
Comine autrefois Pierre avant de donner un nouveau frère aux apôtres, le Souverain-Pontifo ‘prie, et avec ses | conseillers augustes il demande à ‘ Dieu qui connaît tous les cœurs d'indiquer l’homme de son choix. ” #— Dieu pourrait-il manquer de prêter l'oreille aux vœux de son représentant sur la terre ? Inspiré par lui, le pape, en vertu du pouvoir suprême qui lui a été communiqué, donne un chef à l'Église et au diocèse qui le réclament. Lui seul 4 ce droit, toute élection faite-par un autre que lui serait nulle et sacrilège. 11 est la source de toute juri- °
diction ; ceux qu'il constitue pasteurs sont par fnpport
à lui des brebis dociles, et quand il a parlé, son choix est
ratifié dans les cieux. 3 | Or, nos très chers frères, c'est sur nous que ce choix è
de notre glorieux Pontife Léon XIII s'est arrêté. C'est ——
* Act. Apoat., 1, 24.
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a nous qu'il a pris, dans notre Pauvreté et notre misère, NS Pour nous assigner une place parmi les chefs d’fsraël ; . Dieu nous est témoin que nous n’avons ni désiré ni recherché cet insigne honneur. Comment l'aurions-nous pu faire, nous qui Comprenons si bien les responsabilités qu'une telle dignité entraine, le lourd fardeau qu'elle impose, les sollicitudes constantes et les épreuves nombreuses qui en sont nécessairement la conséquence ? Désirer l'honneur serait un crime ; mais redonter le-fardeau serait de la Acheté. Le Seigneur nous a appelé et nous sommes venu, il a commañdé et nous avons obéi.
La glorieuse couronne dont il a ceint notre tête deviendra peut-être une couronne d'épines comme celle qu'il
* voulut porter lui-même. Nous acceptons et adorons
d'avance sa volonté très sainte, nous rappelant que la
———couronne d’épines fut son diadème à l'heure où il racheta le monde sur la croix.
Quand Dieu apparut à Moise dans le buisson ardent,
ï Pour lui dire qu’il voulait en faire le libérateur et le chef
de son peuple, Moise eut peur, et sentant sa faiblesse,
il répondit : ‘“ Qui suis-je, moi, pour aller à Pharaon et
faire sortir de l'Egypte les fils d'Israël ? ” Le Seigneur
le rassura, en lui disant ce mot qu'on retrouve sur ses
lèvres divines chaque fois qu'il confie à l’un de ses
serviteurs une mission dont la grandeur a lieu d’effrayer
“mais dont il veut lui-même garantir le succès : ‘ Je serai
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avec toi Ego ero tecum.* C'est, qu'en effet, il est la
toute-puissance et que rien ne saurait lui résister. C'est
* Exord., chap. 111.
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lui qui agitavec force et douceur, qui tient dans sa main
, de maître et de père les -volontés des mortels, qui les
dirigë, dans le mystérieux respect de leur libre arbitre, ur atteindre ses fins ; c'est lui, enfin, qui triomphe foujaurs et l'homme n'est que son instrument. Mai Loise reprend : “ Si l'on me demande au nom de qui je viens, que dirai-je ? ” — « Je suis Celui qui suis,
7 répond le Seigneur, et tu Parleras ainsi aux enfants
d'Israël : Celui qui est m'a enVOyÉ vers vous ” ; Qui est missil me ad vos. !
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Nous aussi, nos très chers frères, pénétré de notre impuissance, nous avons tenu à Dieu le langage de Moïse et Dieu nous a répondu comme à son serviteur. C'est
done en son nom que nous venons vous dire : “ Celui
qui est nous a envoyé vers vous. ”
C'est presque le même langage que tenait l'Apôtre en se présentant à ses disciples, et vous nous permettrez de vous répéter les paroles d’un si glorieux patron : “ Paul apôtre de Jésus-Christ par ordre de Dieu notre Sauveur ; ”
Paulus apostolus Jesu Christi Secundum imperium Dei Salw
Loris nostri. ° & , Vous;
avez déjà appris, nos très chers frères, mais .
NOUS aimons à vous redire les Circonétances mémorables
dans lesquelles cet ordre du ciel nous a été manifesté. C’est pendant le mois dédié au Sacré-Cœur de Jésus que le Souverain Pontife a arrêté son choix: les Lettres À postoliques portent la date de la fête du Sacré-Cœur et la nouvelle nous en est arrivée le même jour, 25 juin,
dans la vieille cité de Québec, chère à notre âme à plus
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‘d'un titre, au moment où nous célébrions l'auguste sacrifice, dans le pieux sanctuaire des filles de Marie de l'Incarnation, à un autel privilégié, le premier érigé dans notre pays en l'honneur du Sacré-Cœur.
Pouvions-nous ne pas voir là un gage particulier de la n bonté de Notre-Seigneur à notre égard, une promesse de’ sa protection spéciale et une invitation à mettre toute notre confiance en son divin cœur ? Aussi, nous sommesnous immédiatement consacré à lui avec tout le peuple dont nous allions devenir le pasteur et le père. Nous Ini aVOns promis de travailler à le faire connaître, aimer et glorifier davantage, à donner plus de splendeur au culte auquel il a droit et qu’il réclame de notre piété. Lorsque le vénérable doyen de l’épiscopat dans notre province
. ecclésiastique, Mgr l’évêque de Saint-Hyacinthe, nous a | envoyé, par son digne chancelier, le bref pontifical que Rome Jui avait adressé, nous avons voulu recevoir à genoux et au pied de l'autel du Sacré-Cœur, dans notre cathédrale, ce document précieux qui nous semblait un mandat venu de Dieu même. Nous avons tenu à donner dans nos armoiries la première place au Sacré-Cœur et afin de vous montrer que nous mettons en lui tout notre « espoir, nous avons pris, pour notre devise, cètte parole de David : In Domino confido ; “ En Dieu Je me confie. "
Oui, c’est sur lui, sur son cœur adorable, que notre faiblesse veut s'appuyer, c'est de lui qu'elle attend lumière, force, Courage et consolation. Il a dat que sans lui nous ne pouvons rien faire, mais saint Paul répond
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“en criant à l'univers : ‘ Je peux tout en celui qui me
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Grands et multiples, nos très chers frères, sont les devoirs de l'évêque, haute la sainteté que l'on est en droit
- d'attendre de lui. L'À tre a exprimé d'un seul mot tout
ce qu'il doit être, lorsqu'il a dit dans son immortelle épître à. Timothée : * Il faut donc que l’évêque soit irrépréhensible : ” Oportet ergo episcopum irreprehensibilem esse. * Irrépréhensible devant les hommes et devant Dieu ; irrépréhensiblie quand il enseigne, quand il com-
mande, quand il conseille, quand il pardonne, et quand .
il doit punir ; irrépréhensible avec les petits comme avec
- les grands, avec les Pauvres comme avec les riches, avde w ,
les prêtres et les fidèles, dans sa vie privée et dans sa vie publique, dans le travail et le repos, partout et toujours.
Oh ! qui’ nous donnera de réaliser le précepte de saint Paul ! Aidez-nous, nos très chers frères, de vos prièr: 8 ferventes. Jésus-Christ est notre modèle en même temps
que notre maître ; puissions-nous toujours au milieu de : /
vous nous rappeler ses divins exemples et imiter ses vertus. Il est passé en faisant le bien, il a prêché aux hommes la vérité entière, il s'ests tendri sur leurs misères, il a été l'ami des pauvres et ds Pa figée, : il est allé au-
‘devant. des pécheurs, il a rendu le bjen pour le mal, et
sôn bonheur a été-de pardonner. - Or, il y a dans la tradition catholique un mot célèbre connu de tous : Sacerdos alter Christus ; “ le prêtre est un autre Christ,” mot vrai surtout de celui qui a reçu la plénitude du sacerdoce. Oui, c’est l'évêque qui hérite
"Philip. 1v, 13. ® 1 Tim., I 9.