Mandement de jubilé [microforme]
IGNACE BOURGET, par la miséricorde de Dieu, et la grâce du Saint Siége Apostolique, Evêque de Montréal, etc.,ete., etc.
Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les fidèles de notre Diocèse, SALUT ET BENEDIC- TION EN N.S. J. C.
Nous avons reçu, N. T. C. F., deux Lettres de N. S. P. le Pape ; l’une qui nous annonce un nouveau Jubilé, et l’autre qui nous prescrit ce qu’il nous faut faire pour participer à ses grâces. La première est comme une trompette sacrée qui publie à l’univers catholique une des plus grandes solennités de la terre ; et la seconde est comme une clef précieuse qui lui ouvre les inépuisables trésors du ciel.
Ces Lettres, évidemment écrites sur la Chaire Apostolique, portent le sceau de leur inviolable authenticité. Nous y avons sans peine reconnu la voix pastorale du Chef Suprême de l'Episcopat; et notre cœur, en les lisant, s’est cru sur le sein paternel qui porte et réchauffe le monde entier. Ça été pour nous un de ces moments délicieux, qui font oublier les peines de la vie, et relèvent le :ourage abattu sous le poids de la charge pastorale.
Aussi les avons-nous baisées avec respect, lues et relues, ces Lettres Vénérables, et toujours avec des émotions plus tendres, des impressions plus vives, des jouissances plus douces. Qu'il y a en effet de bonheur pour un Pasteur, désolé de voir périr tout autour de lui ses chères brebis, d’entendre la voix du Vicaire de J. C. proclamer la joyeuse nouvelle d’un Jubilé, temps toujours si riche en grâces! Que de pauvres pécheurs, sourds à notre parole, vont entendre celle du premier des Pasteurs, et se réveilleront de leur funeste léthargie! Que d’âmes égarées vont découvrir les aimables sentiers de la vérité! Que de justes vont se ranimer dans les saintes pratiques de la
iété ! Que de ferventes communautés vont multiplier leurs bonnes œuvres!
t nous, Pasteurs, quel nouveau feu va s’allumer dans nos cœurs, à la vue de la riche moisson que nous allons récolter !
Vous partagerez, N. T. C. F., nus sentiments, quand vous aurez entendu la lecture d’une de ces Lettres, que Nous vous envoyons en langue vulgaire. Car votre foi bien connue Nous fait croire que vous la recevrez, avec le même respect que les premiers chrétiens recevaient les Epitres de St. Pierre. Et en effet PIE JX., notre glorieux Pontife, est à nos yeux tout autant que le Prince des Apôtres. Il est son légitime successeur, et a par conséquent tous les pouvoirs que N. S. J. C. avait laissés à St. Pierre, Aujourd'hui il fait usage de son immense puissance ; et c’est à l’ordinaire pour le salut des na-
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tions qui lui ont été données en héritage. Car pendant que sa voix majestueuse raisonne d’un bout du monde à l’autre, pour annoncer à la terre la miséricorde du ciel, sa main sacrée, tenant une des deux divines clefs qui lui sont confiées, ouvre, avec confiance, les célestes trésors de l'Eglise, figurés par ce fleuve rapide que St. Jean vit couler devant le trône de l’Ancien des Jours. Elevez dévotement vos cœurs vers Dieu, pour demander lintelligence ; et écoutez respectueusement cette Lettre, comme assurément vous écouteriez N.S. PL. le Pape, si aujourd’hui il montait lui même en cette chaire.
LETTRE ENCYCLIiQUE DE N.S$. P. LE PAPE ORDONNANT DES PRIÈRES ET ANNONÇANT UN NOUVEAU JUBILÉ. A tous les Patriarches, Primats, Archevéques et Evêques du monde catholique. VÉNÉRABLES KRÈRES, Salut et bénédiction apostolique,
Notre cœur s’est réjoui dans le Seigneur, Vénérables Frères, et Nous avons rendu de très-humbles et très-grandes actions de grâces au Père très-clément et très-miséricordieux, au Dieu de toute consolution, dès que vos nombreux témoignages sont venus Nous apprendre, au milieu des incessantes et douloureuses sollicitudes dont Nous accable le malheur des temps, les fruits trèsprécieux et très-abondants de salut, que, par l'inspiration de la grâce divine, les peuples commis à vos soins & vaient recueillis de la faveur du Jubilé que Nous leur avons accordé. Vous Nous avez fait connaître,en effet, qu’à cette occasion, les fidèles de vos Diocèses s'étaient empressés à l’envi d’accourir en grand nombre dans les églises avec un esprit humilié et un cœur contrit, pour y entendre la parole de Dieu, se purifier des souillures de leur âme dans le sacrement de la réconciliation, approcher de la sainte Table, et adresser, selon Nos intentions, au Dieu très-bon et très-grand, de ferventes prières. Il en est résulté qu’un grand nombre, par le secours de la grâce divine, sortant de la fange du vice et des ténèbres de l’erreur, où ils languissaient misérablement, sont entrés dans les voies de la vertu et de la vérité, et ont commencé à travailler à leur salut. Nous en avons été grandement consolé et réjoui, Nous qui sommes toujours si gravement inquiet et préoccupé du salut de tous les hommes confiés à nos soins par la divine Providence, et ne désirons rien avec tant d’ardeur, ne demandons rien autre chose dans les vœux et les prières qui jour et nuit montent de Notre cœur humilié vers Dieu, sinon que tous les peuples, toutes les nations et toutes les familles marchent dans les sentiers de la foi, connaissent le Seigneur et l’aiment chaque jour davantage, observent fidèlement sa sainte loi, et suivent avec constance le chemin qui conduit à la vie.
Mais si, d'une part, Vénérables Frères, nous devons éprouver une grande joie en apprenant que les fidèles de vos Divcèses ont recueilli abondamiment les fruits spirituels de la grâce du Jubilé; de l’autre, ce n’est pas pour Nous un médiocre sujet de douleur de voir quel triste et lamentable aspect présentent notre sainte religion,et la société civile dans <es temps malheureux. Nul d’entre “ous n’ignore, Vénérables Frères, les perfides artifices, les mons-
trueuses doctrines, les conspirations de toute espèce que les ennemis de Dieu et du genre humain mettent en œuvre pour pervertir tous les esprits, corrompre les mœurs, faire disparaître, s’il était possible, la Religion de la face de la terre, briser tous les liens de la société civile et la détruire jusqu’en ses fondements. De là les ténèbres déplorables qui aveuglent tant d’esprits, la guerre acharnée faite à toute la Religion catholique et à cette Chaire apostolique, la haine la plus implacable poursuivant la vertu et l’honnêteté ; de là les vices les plus honteux usurpant le nom de la vertu; la licence effrénée de tout penser, de tout faire et de tout oser ; l’impatience absolue de tout commandement, de toute puissance, de toute autorité ; la dérision et le mépris déversés sur les choses les pie sacrées, sur les plus saintes lois, sur les plus excellentes institutions: de là surtout la déplorable corruption d’une Jeunesse imprévoyante, le débordement impoisonné des mauvais livres, des libelles, des brochures, des journaux répandus avec profusion et propageant partout la science du mal; de là le venin de l’indifférentisme et de l’incrédu. lité ; les mouvements séditieux, les conspirations sacriléges, la moquerie et l’outrage de toutes les lois humaines et divines, Vous n’ignorez pas non plus, Vénérables Frères, quelle anxiété, quelle incertitude, quelle pénible hésita. tion, quelle terreur préoccupent et agitent tous les esprits, particulièrement les esprits des gens de bien, qui croient avec raison que les intérêts privés et publics ont à craindre tous les maux lorsque les hommes, s'écartant misérablement des règles de la vérité, de la justice et de la religion, pour se livrer aux entraînements détestables de passions eflrénées, méditent tous les forfaits.
Au milieu de tant de dangers, qui ne voit que toutes nos espérances doivent se reporter uniquement en Dieu, notre salut ; que vers lui doivent s’élever continuellement nos ferventes prières, pour que sa bonté propice répande sur tous les peuples les richesses de sa miséricorde, qu’il éclaire tous les esprits des lumières célestes de sa grâce, qu’il rainène dans la voie de la justice ceux qui s’égarent, qu’il daigne tourner vers lui les volontés rebelles de ses ennemis, insinuer dans tous les cœurs l’amour et la crainte de son saint nom, et leur inspirer de penser toujours et de faire tout ce qui est droit, tout ce qui est vrai, tout ce qui est pur, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, Et ptusque Dieu est plein de suavité, de douceur et de miséricorde, puisqu'il est riche envers tous ceux qui l’invoquent, puisqu'il regarde la prière des humbles et aime surtout à manifester sa puissance par la clémence et le pardon, approchons, Vénérables Frères, avec confiance du trône de grâce, pour obtenir miséricorde et trouver secours dans le temps opportun.
Car celui demande reçoit, celui qui cherche trouve, et on ouvre à celui qui frappe (Matt., 7-8.) Rendons d’abord d’immortelles actions de grâces au Dieu de bonté. Que, dans la joie, nos lèvres louent son saint nom, puisque en de nombreuses contrées de l’univers catholique il daigne opérer les merveilles de sa miséricorde.
Venons donc tous unanimement, animés par la sincérité de 1a même foi, par la fermeté de la même espérance, par l’ardeur de la même charité ; ne cessons un seul moment de prier et de supplier Dieu hnmblement et avec instance, pour qu’il arrache sa sainte Eglise à toutes les calamités, que chaque jour il l’agrandisse, la dilate et l’exalte parmi tous les peuples, dans toutes les contrées de la terre; qu'ainsi elle purifie le monde de toutes les erreurs, conduise avec une tendre bonté tous les hommes à la connaissances de la
vérité et dans la voie du salut ; afin que Dieu, devenu propice, détourne les fléaux de sa colère que nos péchés ont méritée, qu’il commande à la mer et aux vents, crée la tranquillité, donne à tous cette paix tant désirée, sauve son peuple, et, bénissant son héritage, le dirige et le conduise vers la céleste patrie.
Et afin que Dieu, plus accessible, prête l’oreille à nos prières et exauce nos vœux, élevons nos regards et nos mains vers sa très-sainte mère, Marie, Vierge immaculée ; nous ne pourrions trouver de protection plus puissante ni plus assurée auprès de Dieu: elle est pour nous la plus tendre des mères, notre plus ferme confiunce, et même tout le motif de nos espérances, puisqu’elle ne demande rien qu’elle ne l’obtienne et que sa prière ne saurait être repoussée.—Implorons aussi les suffrages d’abord du Prince des apôtres, à qui Jésus-Christ lui-même a donné les clés du royaume des cieux, qu'il a établi comme la pierre fondamentale de son Eglise, sans que les portes de l'enfer puissent jamais prévaloir contre elle, Prions ensuite Paul, le compagnon de son apostolat ; prions le patron de chaque cité, de chaque pays et tous les bienbeureux, pour que le Seigneur très-miséricordieux répande sur nous, avec abondance et largesse, les dons de sa bonté,
Aussi, Vénéiubles Frères, tandis que Nous ordonnons ici des prières publiques duns Notre ville sainte, Nous vous invitons, par ces Lettres, à vous unir à Nous dans une communauté de vœux, vous et les peuples commis à vos soins ; Nous excitons de tout notre zèle votre fervente religion et votre piété, ponr qu’en vos diocèses vous ayez soin de prescrire aussi des prières publiques, destinées à implorer la divine clémence,
Et pour que les fidiles apportent plus d’ardeur et d’instance dans ces prières que vous ordonnerez, Nous avons résolu d'ouvrir de nouveau les trésors célestes de l'Eglise, sous la forme d’un Jubilé, comme il vous sera clairement indiqué par d'autres lettres qui sont jointes à celles-ci.
Nous concevuns dans Votre cœur cette ferme espérance, Vénérables Frères, que ce sont les anges de paix qui, tenant en main les coupes et l’encensoir d'oë, offriront sur l’autel d’or Nos humbles prières et celles de toute l'Eglise, pour que le Seigneur lui-même, les recevant avec un regard de bonté et exauçant Nos vœux, les vôtres et ceux de tous les fidèles, veuille dissiper les ténèbres de toutes les erreurs, chasser la tempête menaçante de tant de maux, tendre une main secourable à la société chrétienne et à la société civile, et faire que tous les hommes aient la même foi dans leurs esprits, la même piété dans leurs œuvres, le même amour pour la religion, pour la vertu, pour la vérité et pour la justice, le même zèle pour la paix, le même attachement aux liens de la charité; et qu’ainsi dans toute l’étendue de l'univers, le règne de son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-Christ, soit chaque jour de plus er plus augmenté, affermi, exalté.
Enfin, comme un gage anticipé de tous les dons célestes, et comme témoignage de Notre ardente charité pour vous, recev ;z la bénédiction apostolique, que, du fond de Notre cœur, Nous vous donnons avec amour à vous, Vénérables Frères, à tunt le clergé, et à tous les fidèles confiés à votre vigilance.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 21e jour de novembre, l’an 1851, de Notre pontificat le sixième.