‹ Mandement de Monseigneur E.-A. Taschereau, archevêque de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 6 · EE A RL DS AE SE PS ARE CA ES · texte numérisé non relu

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RL malheureuse et méprisée, et leur puissance ne servait le

qi plus souvent qu’à l’opprimer ; ceux même qui par leur {ll charge auraient dû servir d'exemple et de guide aux au- È * tres n’étaient pas exempts de ce genre de fautes. À mesure que la charité allait diminuant, les passions perverses prenaient journellement le dessus, les envies, les rivalités, les haines, dominaient avec une telle véhémence qu’au moindre prétexte les cités limitrophes luttaient l’une contre l’autre dans des guerres désastreuses, et que les citoyens d’un même pays s’entre-déchiraient cruelle. ment.

Tel fut le siècle où parut Saint François. On le vit avec une simplicité admirable, égale à sa constance, en- Pl treprendre d'offrir aux regards du monde corrompu, Fa | avec la parole et:l’exemplie, l’image accomplie de la per-

fection.—De même que Saint Dominique défendait courageusement dans ces temps l'intégrité de la doctrine catholique, et avec la lumière de la révélation, chassait les , dogmes pervers de l’hérésie, ainsi Saint François, secondant l’impulsion de la grâce ai le conduisait aux grandes entreprises, parvint à réveiller dans les cœurs chrétiens | l’amour de la vertu, et à ramener à l’imitation de Jésus- Û Christ les hommes égarés depuis longtemps loin de cethL. te voie. Certes ce ne fut point un hasard qui apporta aux oreilles du jeune homme ces paroles de l'Evangile: “ N'ayez ni or ni argent dans vos bourses, ni Desuces pour le voyage, ni deux tuniques, ni des chaussures, ni même un bâton (1),” et “ Si vous voulez étre parfaits, allez et vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres.… Venez et suivez moi ” (2). Acceuillant ces paroles comme si elles avaient été dites spécialement pour

| | lui, il va, se dépouille de tout, jusqu’à ses habits, prend |

la pauvreté comme compagne et amie pour le reste de sa

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(1) Math. X, 9—10.

(2) Math, XIX, 21.

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vie, et de ses grandes maximes de la perfection évangéhque qu’il avait embrassées déjà avec une si grande générosité de cœur, il forme le fondement de la règle qu’il donnera à son Ordre.

Dès lors, au milieu des mœurs voluptueuses ct de la mollesse efféminée de son siècle, il marche avec un extérieur négligé et repoussant ; il va mendiant son pain de porte en porte, et ce que l'on regarde comme le plus révoltant, non seulement il supporte sans murmurer les railleries de la populace, mais il semble les savourer avec une joie merveilleuse. C’est que la folie de La Croix de Jésus-Christ était devenue pour lui la sagesse la plus élevée, et lui, qui en avait pénétré le profond et auguste mystère, il vit et comprit qu’il ne pourrait nulle part mieux placer sa gloire.—Avec l’amour de la Croix, son cœur s'enflamma de la plus vive et la plus ardente charité qui le poussa à vouloir propager courageusement sur la terre le règne de Jésus-Christ et à se dévouer à cette cause au péril même de sa vie. Cetté charité, il l'étendait à tous les hommes, mais les plus misérables et

les plus repoussants étaient l’objet de sa prédilection, de :

sorte qu'il semblait mettre ses complaisances particulières précisément dans ces. malheureux que le monde orgueilleux a coutume de fuir ou de regarder avec dégout. Il fut ainsi l’un des plus méritants apôtres de cette fraternité entre les hommes rétablie et perfectionnée par Jésus-Christ, qui fait du genre humain comme une seule famille soumise au souverain pouvoir de Dieu, le père commun de tous.

Orné de tant de vertus et appuyé sur une vie si austère, cet homme avide de sainteté s’efforça, autant qu'il était en lui, de se modeler sur Jésus-Christ, Il semble que la Providence divine ait voulu se manifester clairement dans les ressemblances extérieures que la vie de Saint-François présente avec celle du divin Bédemp-

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teur.—Et de fait, comme à Jésus-Christ, il arriva à Saint François de naître dans une étable et d’être placé à terre petit enfant, comme autrefois J'sus, gisant sur un peu de paille. Pour achever cette ressemblance, il ne lui manqua, selon la tradition, ni les chœurs des esprits angéliques, ni les concerts harmonieux dans les airs. De plus, comme Jésus choisit ses apôtres, ainsi François réunit autour de lui quelques disciples pour les envoyer ensuite sur la terre prêcher la paix chrétienne et le salut éternel des âmes. Dénué de tout, livré aux plus dures railleries, répudié par les siens, il voulut ressembler à Jésus-Christ en cela même qu’il n’avait pas plus que lui où reposer sa tête Enfin, comme dernier trait de ressemblance, sur le mont Alvernia comme sur son Calvaire, il reçut, par un prodige inouïi jusqu'alors, l’impression des sacrés stigmates et fut pour ainsi dire crucifié dans sa chair.—Nous rappelons ici un fait célèbre non moins par la grandeur du miracle que par le témoignage éloquent des siècles. Comme un jour sa pensée était absorbée dan: la contemplation des douleurs de

. Jésus, qu’il cherchait à s’indentifier avec le Rédemp-

teur souffrant et qu’il était comme altéré de *es ineffables amertumes, un ange descendu du ciel apparut subitement à ses regards ; aussitôt une vertu secrète émana de l’envoyé celeste, ci François sentit ses pieds et ses mains comme percés de clous et son côté comme ouvert par le fer aigu d’une lance. Ce prodige accompli, il conçut dans son âme une ardeur indicible d’amour et il porta désormais sur son corps l’image vivante et matérielle des blessures de Jésus-Christ.

Ces miracles dignes d’être célébrés dans le langage des anges plutôt que par des lêvres humaines, démontrent assez la grandeur de cet homme et combien il était digne d’être choisi par Dieu pour ramener ses contemporains à la pratique des vertus chrétiennes. Sans doute ce fut plus qu’une voix humaine que Saint François

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ns le langage aines, démonombien il était er ses contemes. Sans doute saint François

entendit près de l’église Saint Damien: Vu, soutiens ma maison qui s'écroule. La vision divine qui s’offrit aux regards d’Innocent III ne fut pas moins merveilleuse, quand il lui sembla voir Saint François souteuant les murs inclinés de la basilique de Saint Jean-de-Latran. La raison de tous ces prodiges est manifeste : ils signifiaient que Saint François serait dans ces temps un ferme appui et l’une des colonnes de la chrétienté. Et de fait il mit aussitôt la main à l'œuvre.

Les douze compagnons qui s'étaient mis sous sa discipline furent comme un humble grain de sénevé qui, avec l'influence divine et sous les auspices du Souverain Pontife, germa et produisit rapidement une abondante moisson. À ces disciples qu’il avait formés à j’Ecole de Jéus-Christ, François assigna, pour y prêcher la cause de l'Evangile, les diverses contrées de l'Italie et de l'Europe ; et à quelques uns d’entre eux il donna la mission d'aller jusqu’en Afrique. Ils partent sans retard, pauvres, ignorants et grossiers, ils se présentent

‘à la foule ; dans les carrefours et sur les places publiques,

sans l’apparat du lieu ni la pompe du langage, ils commencent à exhorter les hommes au mépris des choses humaines et à la pensée du monde à venir. Il est ad-

mirable de voir quels fruits merveilleux produisit l’œu- ;

vre de ces apôtres si insuffisants en apparence : une multitude immense accourait à eux avide de les entendre; on la voyait pleurer amèrement ses fautes, oublier les injures, et ses quereiles apaiséees, écouter la voix de la réconciliation. On ne saurait dire avec quel attrait, avec quel entrainement la foule se portait vers Saint François. Un immense concours de population le suiveit partout où il se présentait ; et il n’était pas rare de voir sortir pêle-mêle des bourgs et des cités les plus populeuses des hommes de toutes conditions qui venaient le supplier de les admettre sous sa direction.—Cest ce concours qui donna au Saint l’idée d’instituer l’associa-

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tion du Tiers-Ordre qui s’ouvrirait à toutes les conditions de la société sans distinction d'âge ou de sexe, et n’obligerait point à rompre les liens de la famille et des affaires domestiques. I] sut donner à cette iustitution de sages tempéraments moins encore par des règles spé. ciales que par le concours même des préceptes évangéliques qu'aucun chrétien ne peut trouver trop difficiles : elle se résume à obéir aux préceptes de Dieu et de l'E. glise, s'abstenir des querelles et des rixes, respecter le bien d'autrui, ne prendre les armes que pour la religion et la patrie, garder la tempérance dans la nourriture et la modestie dans les vêtements, fuir je luxe, éviter les attraits dangereux et corruptenrs de la danse et des spectacles,

Il est facile de comprendre quels grands avantages découlèrent de ‘cette institution aussi salutaire en ellemême qu’admirablement opportune pour cette époque, — De cette opportunité font foi les associations similaires qui germèrent de la famille dominicaine et des autres ordres religieux et aussi le témoignage irrécusa-. ble des faits. Des. plus petits jusqu'aux plus grands, on arrivait en foule, enflammé de zèle et d’ardeur, s’enrôler dans le Tiers-Ordre de Saint François. Le saint roi de France Louis IX et Elisabeth de la famille royale de Hongrie furent des premiers à solliciter cette faveur: après eux vinrent dans la suite des siècles plusieurs Souverains Pontifes, des cardinaux, des évêques, des rois, des princes, qui ne dédaignèrent pas de revêtir les livrées franciscaines. Les membres du Tiers-Ordre firent preuve de piété et de courage dans la défense de la religion catholijue, et si par leurs vertus ils s’attirè rent la haine des méchants, ils obtinrent toujours aussi la plus désirable et la plus glorieuse des consolations: l'approbation des hommes honnêtes et vertueux. Grégoire IX lui-même, Notre Prédécesseur, louant publiquement leur foi et leur courage, n’hésite pas à leur

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faire un bouclier de sa propre autorité et à les appeler de ces noms honorables: Milice du Christ, Nouveaux Machabées—Cet éloge était mérité. C'était en effet un puissant secours pour la société, que cet ordre dont les membres, prenant pour modèle les vertus et les lois de leur fondateur, s’efforçaient, autant qu’il était en eux, de faire refleurir dans les villes les gloires et les mérites de la vie chrétienne. Grâce à l’œuvre et à l'exemple des Tertiaires on vit plus d’une fois les discordes éteintes ou apaisées ; les armes tomber des mains des factieux ; les causes de querelle ou de dispute écartées ; des soulagements procurés aux indigents et aux délaissés ; le luxe, ce gouffre des fortunes et cet instrument de corruption, refréné. Aussi la paix domestique et la tranquillité publique, l’honnêteté et la douceur, le bon usage et la sauvegarde de la propriété, qui sont les meilleurs éléments de la civilisation et du bien-être, sont comme autant de rameaux qui s’élancent de l'arbre du Tiers- Ordre ; si ces biens n’ont pas été perdus, l’Europe le doit en grande partie à Saint François.

Mais l'Italie, plus que toute autre nation, est redevable à Saint François ; de même qu’elle a été le principal théâtre de ses vertus, de même aussi elle en a retiré les plus grands bienfaits.—Dans ce temps où la pluparts’adonnait à l'injustice et à la v'olence, on vit François tendre toujours une main secourable aux affligés et aux malheureux. Riche dans son extrême indigence, il n’omit jamais de soulager la misère d'autrui, oublieux de la sienne propre. La langue naissante de sa patrie balbutiait pleine de. douceur sur ses lèvres ; il fit passer la double inspiration de la charité et de la poésie par des cantiques populaires qui depuis n’ont pas semblé démériter l’admiration de la postérité savante. A la seule pensée de Saint François, on a vu comme ur soufile, comme une inspiration plus qu'humaine animer le génie italien, à tel point que les plus grands artistes

ont rivalisé de talent pour reproduire ses œuvres par la peinture, la sculpture et la ciselure. Dante Alighieri a trouvé dans la vie de François un héros digne d’être chanté sur sa lyre non moins sublime que mélodieuse. Cimabue et Giotto y ont puisé un sujet de compositions immortelles qui rivalisent avec celles de l'art grec. Les plus habiles architectes en ont reçu l'inspiration pour les œuvres les plus admirables, en décorant le tombeau de l’homme de la pauvreté, et cette église de Sainte. Marie-des- Anges, témoin de si nombreux et de si grands prodiges. De toutes parts, les foules accourent vers ces temples, pour vénérer à Assise le patriarche des pauvres dans lequel ont afflué les dons de la bonté divine en FORRTOR de son détachement complet des choses d'ici. (6

Il est donc manifeste qu’une source féconde de bienfaits est dérivée de ce seul homme pour le salut de la société religieuse et civile. Mais puisque son esprit absolument et excellemment chrétien s'adapte à merveille à tous les temps et à tous les lieux, on ne peut duuter que les institutions franciscaines ne doivent assurer aussi à notre époque de grands avantages, d'autant plus que la condition des temps présents semble offrir plus d’une analogie avec celle de ce temps là.—Comme au douzième siècle, la divine charité ne s’est pas peu affaiblie parmi nous, et nous voyons de graves manquements dans l’accomplissement des devoirs chrétiens, tantôt par ignorance, tantôt par négligence. Avec le même courant d'idées et des tendances égales, le plus grand nombre consument aujourd'hui leur vie à rechercher les avantages matériels et à poursuivre avidement les plaisirs. Livrés à un luxe effrené, ils sont prodigues de leurs biens et convoitent ceux d'autrui; abusant du mot de fraternité, ils la prêchent beaucoup plus en paroles qu’en exemples: car ils ne s’inspirent que de leur égoïsme, et l’on voit diminuer de jour en jour le véritable esprit de charité

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envers les pauvres et les petits.— En ce temps-là l'erreur si tristement féconde à Albigeois, par cela même qu'elle soulevait les multitudes contre le pouvoir de l'Eglise, jetait le trouble dans la société civile et frayait la voie à une sorte de socialisme. Aujourd’hui de même se sont multipliés les partisans et les propagateurs du Naturalisme, qui contestent opiniâtrement le devoir de la soumission à l'Eglise et qui, engagés chaque jour davantage dans cette voie, en arrivent par la force de la logique à ne pas épargner l'autorité civile clle-même. Ils fomentent dans le peuple l’esprit de violence et de sédition ; ils attaquent le droit de propriété; ils flattent les convoitises des prolétaires et ébranlent ainsi les fondements de l’ordre publie et privé.

Au milieu de si grands maux, vous comprenez parfaitement, Vénérables Frères, que l’on peut à bon droit espérer des institutions franciscaines un soulagement notable, si on leur end aujourd’hui leur éclat primitif, —En redevenant florissantes, elles feraient refleurir aussi la foi, la piété et toutes les vertus chrétiennes : l'appétit désordonné des choses terrestres en serait refré. né, et l’on ne se rebuterait pas de dompter les passions par la vertu, ce qui est réputé maintenant par un trop grand nombre comme une lourde et insupportable charge. Unis par les liens d’une charité vraiment fraternelle, les hommes sauraient s’entr'aimer et ils entoureraient du respect qui convient, les pauvres et les malheureux,

parcequ'ils offrent l’image du Christ.— En outre, imbus

de l'esprit du christianisme, ils sauraient, à n’en pas douter, qu’il faut obéir par devoir de conscience à l’autorité légitime, et qu’il n’est permis en quoi que ce soit de violer les droits d'autrui. Rien n’est plus efficace que rite disposition de l'esprit pour extirper tout vice contraire, savoir : la violence, les outrages, la soif des innovatious, la haine parmi les diverses classes de citoyens, tn un mot tout ce qui constitue les principes et ler «rmes

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problème qui préoccupe si vivement l'esprit de ceux qui gouvernent, les rapports entre les riches et les pauvres, le jour où l'on sera bien perauadé que la pauvreté ne manque pas de sa dignité propre, que le riche doit être miséricordieux, bienfuisart, et le étre content de son sort et de son travail, et que d’ailleurs, ni l’un ni l’autre n'étant né pour ies biens périssablns d’ici-bas, ils doi. vent, celui-ci par la patience, celui-là par la libéralité, parvenir au ciel,

Pour ces motifs, Nous désirons ardemment et depuis longteinps Sie chacun s'applique de tout son pouvoir à l'imitation de Saint François d’Assiso — Aussi, de même que par le passé, Nous avons toujours consacré une sollicitude particulière à répandre le Tiers: Ordre de Saint François, de même maintenant que, par la bonté de Dieu, Nous sommes appelé à exercer le Pontificat su. prême, Nous exhortons les chrétiens, lorsqu'ils en auront l'occasion opportune, à ne pas refuser de donner leur nom à cette sainte milice de Jésus-Christ, Déjà dans beaucoup de contrées, on compte en grand nombre les chrétiens qui marchent avec joie sur les traces de ce Père séraphique. Nous louons et nous approuvons gran dement se zèle, mais nous voudrions encore le voir g’accroître et se propager davantage, surtout par vos soins, Vénérables Frères.—Mais ce que Nons recommandons par dessus tout, c'est que ceux qui revêtent les insignes sacrés de la Pénitence tiennent les regards fixés sur le modèle de leur Fondateur et s'efforcent de lui ressembler ; sans cet effort on ne pourrait rien espérer de bien. Efforcez-vous donc de faire connaître et apprécier comme il mérite le Tiers- Ordre ; ayez soin que les Pasteurs des âmes en développent soigneusement l'esprit, montrent sa pratique facile, la source de faveurs spirituelles qui en découle, les avantages qui en reviennent pour les individus et la société en général.

du socialisme.—ÆEnfin, on aura résolu admirablement le

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