‹ Mandement de Monseigneur E.-A. Taschereau, archevêque de Québec [microforme] (volume 5)Chapitre 1 sur 3 · DECEMBRE · texte numérisé non relu

DECEMBRE

ELZEAR-ALEXANDRE TASCHEREAU,

Par la grâce de Dieu et du Siège Apostolique, Archevêque de Québes, Assistant au Trône Pontifical,

du Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Relig'euses et à tous les Fidèles de l'Archidiocèse de Québec, Salut et Bénédiction en Notre Seigneur.

L (a). De tout temps, Nos Très CrERS FRÈRES, les Souverains Pontifes, fidèles aux devoirs et à la grâce de leur mission divine, ont donné aux enfants de l'Eglise les enseignements que requéraient les circonstances. Du haut de la chaire de Saint Pierre ils n’ont cessé de faire entendre leur voix rendue infaillible par la puissance

(a) Ces chiffres

romains ont rapport aux titres mis dans le texte de l’ clique pour en fai

encyre mieux distinguer et comprendre les principales idé

et la sagesse divine, pour définir la doctrine que tous doivent croire et mettre en pratique. C’est ce que vient de faire Notre Saint Père le Pape Léon XIII, dans son admirable encyclique : lumorrare Der MISERENTS OPUS sur la constitution chrétienne des Etats et sur les devoirs privés des sujets, comme il le dit lui-même à la fin de ce document dont l'importance et l’opportunité sont évidentes,

Il. L'erreur capitale de notre siècle, si Justement appelé le siècle des révolutions, est de confondre toutes les notions du véritable pouvoir, afin de substituer à l'autorité divine, ce qu’on appelle l'autorité suprême du peuple, et ainsi justifier toutes les révolutions, tous les désordres, toutes les injustices.

Pour détruire dans sa racine cette erreur désastreuse, Léon XTIT part de ce principe fondamental que Dieu, créateur de l’homme, a sur son ouvrage un domaine souverain et absolu et qu’en constituant l’homme avec des penchants et des besoins qui le forcent à vivre en société, la sagesse infinie a du vouloir et a voulu en effet tout ce qui est nécessaire pour que cette société puisse atteindre sa fin, qui est la conservation de la vie et la perfection de l'esprit et du cœur de l’homme. Or, dans toute société il faut ane autorité qui imprime à toutes les volontés individuelles une même impulsion vers un but commun ; Dieu, qui ne veut pas les choses à moitié, a donc voulu l’autorité ; c’est ce que nous apprend $. Paul (Rom. VIII. 1.) quand il dit: non est potestas nisi a Deo ; iln’y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu. Les formes de la souveraineté peuvent varier, mais toutes doivent remonter à Dieu comme à leur source.

IT. De là découlent les droits et les devoirs réciproques de respect et d’obéissance d’un côté, de justice, de bonté paternelle et de protection de l’autre. Protection non seulement pour les individus et la société en

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IV. L'Eglise catholique, à qui Jésus-Christ a donné mission de précher l'évangile à toute créature (Mare, prophéties, les miracles, sa propagation merveilleuse, le témoignage des martyrs, l'Eglise catholique est une société parfaite et complète en elle-même, distincte de l'Etat civil. Elle a son chef, à qui ont été confiées /es clefs du royaume des aeux (Mat, XVI. 19.) ; elle est Surnaturelle par sa fin et par ses moyens : elle est indépendante en vertu de la volonté de son divin fondateur et de la grâce de sa misgnité et en autorité parceque la fin dernière de l’homme est la plus nécessaire et la plus noble qui se puisse concevoir. C’est à l'Eglise, et non à l'Etat, qu'il appartient de guider les

ommander, de juger et d’adapporte au salut des âmes.

“Aussi, dit l’Encyclique, ce n’est Pas sans une disposi- “tion particulière de la providence que le chef de “ l'Eglise à été muni d’un principat civil, comme de la “meilleure garde de son indépendance.”

V. “ Dieu, dit encore Léon XIII, a donc divisé le gouvernement du genre humai

“ses humaines. Chacune d’elle ‘ laine : chacune est renfermée dans des limites parfai- “tement déterminées et tracées en conformité de sa na-

“ture et de son but spécial. Toutefois leur autorité Sexerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu’une

$ en son genre est souve-

“seule et même chose, bien qu'à un titre différent, mais ” Pourtant une seule et même chose, ress

“ridiction et au Jugement de l’ ‘6 sance.”

ortisse À la juune et de l’autre puis-

Au témoignage de S. Paul (Rom. XIII. I.), les puis-

sances Ont été non seulement créées par Dieu, mais aussi ordonnées par lui, c’est-à-dire, que la sagesse divine les a si admirablement tempérées qu'aucune d'elles, si elle demeure fidèle à la règle qui lui a été imposée, ne gêne les autres et que toutes dans un parfait ensemble conspient au but que s’est proposé le créateur, En peu de mots, l’Encyclique trace nettement la limite des deux pouvoirs : “ Tout ce qui touche à un titre quelconque ‘au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa na- ‘“ ture, soit par sa destination, est du ressort de l'auto: ‘“ rité de l'Eglise. Les autres choses sont soumises à “ l'autorité civile.”

VI. Cette distinction si claire, si précise, n’ôte rien à la majesté de la puissance civile; au contraire, elle la revêt d’un caractère sacré et l’snpuie sur le fr-dement le plus solide qu’on puisse concevoir. L'iadividu et la famille sont mis sous la sauvegarde divine. L'homme voyageur sur la terre a un guide infaillible vers la patrie céleste et trouve dans sa patrie terrestre la sécurité et les avantages de la société ; ies deux puissances provenant de la même source divine, qui les a ordonnées, se prêtent un mutuel appui pour rendre l’homme heureux dans le temps et dans l’éternité. “ Ceux, dit $. ‘* Augustin, qui prétendent que la doctrine du Christ “est contraire au bien de l’État, qu’il nous donnent ure ‘“ armée de soldats tels que les fait la doctrine du Christ: “ qu'ils nous donnent de tels gouverneurs de provinces, ‘“ de tels maris, de telles épouses, de tels parents, de tels ‘“ serviteurs, de tels rois, de tels juges, de tels tributai ‘“ res enfin et des percepteurs du fisc tels que les veut la ‘“ doctrine chrétienne! Et qu’ils osent encore dire “ qu’elle est contraire à l’Etat ! Mais que bien plutôt “ils n'hésitent pas d’avouer qu’elle est une sauvegarde “ pour l'Etat quand on la suit.”

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