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gile gouvernait les Etats, pénétrait les lois, les institutions, les mœurs des peuples, tous les rangs et tous les rapports de la société civile. Alors en Europe le sacerdoce et l’empire étaient liés entre eux par une heureuse concorde et un échange amical de bons offices. Les nations barbares ont été civilisées ; les musulmans repoussés ; la civilisation a fait des progrès continus ; la vraie liberté sous ses diverses formes régnait ; de grandes institutions pour le soulagement des misèree et l’avancement des sciences ont été fondées. “ Quand l'empire “et le sacerdoce vivent en bonne harmonie, disait un ‘ écrivain du douzième siècle, le monde est bien gou- “verné, l’Eglise est florissante et féconde, Mais quand “ la discorde se met entre eux, non seulement les petites “choses ne grandissent pas, mais les grandes elles- “mêmes dépérissent misérablement.”
VIli: .r malheur, au 16e siècle, le goût des nouveautés, après avoir bouleversé la religion chrétienne, passa bientôt à bouleverser aussi la philosophie et tous les degrés de la société civile. Un droit nouveau ou plutôt une liberté effrénée, vint prendre la place du droit chrétien ou plutôt du droit naturel. On proclama une prétendue égalité, une fausse indépendance, une dangereuse liberté de penser et d’agir selon ses caprices. À souveraineté de Dieu fut mise de cûté et remplacée par celle du peuple, comme si Dieu n'existait point ou ne soccupait point du genre humain. L'Etat, devenu la muiutude se gouvernant elle-même, ne se croit lié à aucune obligation, ne se croit pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie, mais confond toutes les religions dans une égalité de droit, à cette seule fin de les empêcher de troubler l’ordre public. Liberté sans frein de toute conscience, liberté absolue d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, licence sans bornes de peuser et de parler !
. En conséquence de ces faux principes, l'Eglise catholique, la seule vraie, a été mise sur un pied d'égalité et
même d’infériorité avec des sociétés qui lui sont étran. gères. Ses lois sont violées, sa mission divine entravée, on lui a interdit toute ingérence dans l'éducation, Dans les matières mixtes, l’Etar porte des décrets arbitraires, souvent contraires aux saintes lois de l’Eglise et à l’unité et à la stabilité du lien conjugal. On la dépouille de ses biens, on lui nie le droit de posséder sans la permission de l'Etat. Les lois, l'administration, l’éGucation sans re. ligion, là suppression du pouvoir temporel du Pape, tout tend à frapper au cœur les institutions chrétiennes, à anéantir ta liberté et tous les droits de Eglise catholique.
IX. Mais aussi l'autorité civile est-elle punie par où elle pèche, car elle devient impuissante à gouverner ses sujets et à se protéger elle-même contre la révolution. La hberté de penser et de publier ce que l'on veut, même pour nier l'existence de Dieu, ne diffère en rien de l’athéisme. L'intelligence qui adhère à des opinions fausses, la volonté qui choisit le mal, déchoient de leur dignité et se corrompent. La parole qui dit le mensonge ou favorise le désordre, ne devrait jamais avoir la protection des lois. La prétendue morale civile n’est appuyée sur rien. Vouloir assujettir l’Eglise au pouvoir civil dans l’exercice de son ministère, c’est une grande injustice et une grande témérité ; c’est troubler l’ordre établi de Dieu, donner le pas aux choses naturelles sur les choses surnaturelles, tarir la source des biens que l'Eglise était destinée à produire ; c’est préparer la voie à des bouleversements funestes comme le prouve l’histoire de notre temps.
X. Les souverains pontifes Grégoire XVI et Pie IX ont condamné justement les erreur qui tendent à séparer l’Eglise de l'Etat et à priver ainsi les hommes des grands bienfaits que leur alliance ne manque pas de produire. L'Eglise a des droits qu’elle tient de son tondateur ; elle est une société parfaite, complète et indépendante en elle-même ; l'Etat doit la protéger loin de
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chercher à en diminuer la liberté d'action dans sa sphère, L'Etat a sans doute des droits qu'il tient de Dieu comme l'Église, mais il ne peut pas se considérer comme étant la source de tous les droits, ni comme jouissant d’un droit illimité ; les lois éternelles de la justice et de la morale sont une barrière qu'il ne doit Jamais franchir, Dans les questions mixtes, i! est pleinement conforme à
la nature et aux desseins de Dieu que les deux autorités se mettent d'accord,
XI. Tout en réprouvant les erreurs concernant les apports entre l’Eglise et l'Etat, l'Eglise ne condamne aucune forme de gouvernement, ne s'oppose point à ce que le peuple prenne une part plus ou moins large à l'administration ; elle n’est pas l’ennemie d’une juste tolérance, ni d’une saine et légitime liberté. A ses yeux l'indifférence en matière de religion est un erime : néanmoins elle ne blime point les chefs d'Etat qui, en vue d’un bien à atteindre où d’un mal à empêcher, tolèrent dans la pratique que les divers cultes aient leur place dans l’État. Elle demande avec raison que l'Etat n'empiète point eur ses droits, ne fasse rien de contraire à sa doctrine, à la justice et au bien public.
AIL La vraie liberté trouvera toujours dans l’Eglise un appui solide, une protectrice incorruptible. L'Eglise accueillera toujours avec joie le vrai progrès ; elle encouragera toutes les recherches qui ont un but honnête et salutaire ; mais aussi elle veillera à empêcher que les sciences et l’industrie ne fassent oublier Dieu et la vie éternelle, fin dernière de l'homme.
XII. Elle fait à ses enfants un devoir de prendre part aux affaires publiques ; car leur abstention laisse le champ libre aux ennemis de la vraie liberté et de la religion, au lieu que leur intervention peut infuser dans les veines de l'Etat, comme un sang réparateur, la vertu et l'influence salutaire de l'évangile,
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XIV. Dans la politique, comme dans la vie privée, la doctrine de Jésus-Christ doit être notre règle ; aimons l'Eglise enmme notre mère ; gardons ses commande. ments ; protégeons ses droits : faisons en sorte que l'Etat pou. voie à l'éducation religieuse et morale de la jeunesse, C'est ainsi que les premiers chrétiens, en dépit de persécutions sanglantes, réussirent à faire pénétrer peu à peu dans j'immense empire romain les maximes et la morale du christiauisme.
XV. Pour atteindre cette noble fin les moyens peuvent varier selon les circonstances, mais le bon accord des volontés et l’uniformité d'action, fondés sur la direction du Saint Siège et des Evêques, soi : toujours nécessaires. Toute connivence avec l’erreur doit être évitée . mais aussi dans les questions libres et en particulier dans celles qui sont purement politiques, les journalistes doivent observer la modération; se proposer uniquement la vérité pour but ; éviter les soupçons injustes, surtout à l'égard d.: ceux dont la piété et le dévouement au Saint Siège sont bien connus ; s'abstenir de fomenter des divisions par esprit de parti: ensevelir dans un sincère oubli les dissentiments et les torts passés. L’autorité de l'Eglise doit être respectée dans la vie publique comme dans la vie privée, car chacun doit être conséquent avec lui-même. Par ces moyens les catholiques aideront l'Eglise à conserver et à propager sa doctrine et à sauver la société dont le sort est aujourd’hui si compromis par le naturalisme et le rationalisme qui veulent remplacer l'autorité de Dieu par celle de l’homme.
XVI. Tels sont, N. T. C. F., en peu de mots les enseignements si clairement donnés dens cette admirable encyclique à toutes les nations catholiques sur la conslitution chrétienne des Etats et les devoirs 27 ivés des sujets.
Toute autorité venant de Dieu dans l'Etat quelle qu’en soit la forme, a droit à notre respect et à notre
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L'Eglise, autre puissance parfaite en elle-même et indépendante, également établie de Dieu, mais dans une sphère pis relevée, puisqu'elle a pour mission de conduire l’homme à sa fin dernière qui € la vie éternelle, l'Eglise a droit au respect et à la protection de l'Etat.
Tout sujet de l’Etat étant aussi enfant
doit rendre à Césa. ve e est à César et à est à Dieu (Mat. X XII.
de l'Eglise, Dieu ce qui 21.). Et quand l'Etat, oubliant son origine et son devoir, veut abuser de sa force pour empiéter sur les droits de l'Eglise ou de la conscience, tout chrétien doit répondre comme les Apôtres : 17 faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (Act. V. 29,).
Dans lenr conduite publique comme dans leur conduite privée tous doivent observer en toutes choses les préceptes de l'évangile, la justice, la Charité, la modération, l’obéissance aux autorités légitimes et ne jamais perdre de vue que cette fragile et courte existence sur la terre est la préparation à une vie éternelle, comme nous le dit l’Apôtre : Nous n'avons pas ici de demeure Permanente, mais nous en attendons une autre : non habemus hie manentem civilatem, sed futuram inquirimus
(Héb. XIII. 14.)
Rendons grâces à Dieu, N. T. C. F. qui au milieu des ténèbres amoncelées par les erreurs de notre siècle, fait brilier à nos yeux une si vive lumière Pour reppeler à tous, sujets at souverains, leurs devoirs respectifs et rétablir sur ses véritables bases la notion de l'autorité et de l'obéissance. Nul doute que ces paroles si claires, si précises, appuyées d'arguments invincibles, rétabli. ront l'ordre troublé par de fausses doctrines, réuniront tous les esprits divisés par l'erreur et prouveront une
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fois de plus que “ I église, bien qu’en soi et de sa na- “ ture, elle ait pour but le salut des âmes et la félicité ‘ éternelle, est cependant, même dans la sphère des “ choses humaines, la source de tant et de tels avantages “ qu'elle n’en pourrait procurer de plus nombreux et de ‘plus grands, lors mêrne qu'elle eût été fondée surtout “et directement en vue d’assurer la félicité de cette 66 vie.”
Sera le présent mandement lu et publié au prône de toutes les églises et chapelles paroïissiales et autres où se fait l'office public et en chapitre dans les communautés religieuses, le premier dimanche après sa réception.
L'encyclique Zmmortale Dei miserentis opus sera aussi promulgyée intégralement en une ou plusieurs fois à Québec dans ja Basilique de Notre Dame, à Saint Roch, à S. Jean, à S. Sauveur et à Saint Patrice. (a)
Dorné à Québec, sous notre seing, le sceau de l’archidiocèse et le contre-seing de notre Secrétaire, l'an mil huit cent quatre-vingt-cinq, en la fête de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, rot immortel des siècles, à qui toute adoration et obéissance sont dues dans le ciel et sur la terre.