DE JÉSUS-CHRIST RÉDEMPTEUR
A uo Vénérables Frères les Patriarches, Primats, A rehevéques, Evéques et autres ordinaires
en pair et COEUR ion rec le Siège A postol ique. LEON XIII, PAPE.
Vénérables Fréres, Salut et bénédietion apostolique.
sien qu'on ne puisse envisager l'avenir sans appréhensions, et qu'on n'ait, au contraire, que trop et de trop graves motifs de s'alarmer, tant il règne de germes invétérés de calamités au sein des choses nrivées et publiques, il semble que ce déclin de siècle ne laisse pas d'of- Irir, par la bonté divine, quelque sujet de consolation et d'espérance, Nul, en effet, ne jugera sans intérêt pour le salut commun, qu'il se produise dans les Ames, avec un retour au souci des biens spirituels, un réveil de foi et de piété chrétienne, Et, qu'il en soit ainsi à l'heure présente, qu'en beaucoup d'hommes ces choses salutaires ou se raniment ou se ravivent, nous en avons pour garants, non de vagues indices, mais des signes manifestes, Voici qu'au milieu des séduetions du siècle, et parmi tant dobtacles extérieurs dont la piété se trouve environnée, sur un signe du Pontife Supréme, on voit d'immenses multitudes affluer à la Ville Eternelle et au tombeau des Prinees des Apótres; habitants de Rome, aussi
bien qu'étrangers, s'adonner ostensiblement aux pratiques religieuses ; et, pleins de foi dans les trésors ouverts par l'Eglise, rechercher avec une sainte avidité tout ce qui peut assurer leur salut éternel Et, qui ne serait ému encore du spectacle qu'offre à tous ies yeux ce redoublement extraordinaire de piété fervente envers le Sauveur / On estimera sans peine digne des meilleurs Ti temps du christianisme l'ardeur avec laquelle, de l'Orient à l'Occident, tant de iilliers d'hommes, unis dans les mémes pensées et les mémes sentiments, saluent à l'envi
le nom de Jésus-Christ, et célèbrent ses louanges. Plaise d à Dieu que ces étincelles de foi antique, qui éclatent en | quelque sorte sous nos regards, allument un vaste incen- l die; et que l'excellent exemple donné par un si grand | nombre ébranle tous les autres. Qu’y a-t-il en effet |
d'aussi nécessaire, à notre époque, que de restaurer partout dans les sociétés la foi chrétienne et les vertus de nos peres ? Quel malheur que d'autres hommes, en trop | grand nombre, restent sourds aux avertissements que | leur donne ce renouvellement de piété! Ah! s'ils saz
vaient le don de Dieu, s'ils venaient à comprendre qu'il
ne se peut rien de plus malheureux que d'avoir brisé | avec le Libérateur du monde, et d’avoir abandonné les
moeurs et les intitutions chrétiennes, à leur tour, assuré-
ment, ils secoueraient leur torpeur et ne se donneraient
de repos qu'ils n'eussent changé de voie, et eonjuré ainsi
une perte assurée, Or, conserver et étendre sur la terre
le règne du Fils de Dieu, travailler ay salut des hommes , . . en leur communiquant les bienfaits de la rédemption, c'est la mission de l'Eglise; mission si auguste et tellement sienne, qu'elle constitue la raison principale de son pouvoir et de son autorité. C'est à quoi, il Nous semble que, pour Notre part, Nous Nous sommes appliqués jusqu'a ce jour, et de toutes Nos forces, dans l'exercice si ardu et si plein de so'licitudes du Pontificat Suprême. Pour vous, Vénérables Frères, concourir avec Nous à cette œuvre, en faire votre principal souci et le premier objet de vos labeurs, c'est assurément votre pratique habituelle, pour ne pas dire quotidienne. Nous devons
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toutefois, et vous et Nous, redoubler d'efforts, ainsi l'exigent les temps, et profiter spécialement de l'Année Sainte, pour étendre davantage. la connaissance et l'amour de Jésus-Christ, par nos enseignements, nos exhortations, nos conseils; et tácher de nous faire entendre s'il est possible, non tant des hommes pour qui c'est une habitude de prêter docilement l'oreille aux maximes chrétiennes, que de ces autres, de beaucoup les plus malheureux, qui, gardant le nom de chrétiens, traversent néanmoins la vie, le cœur vide d'espérance et d'amour de Jésus. Ceux-là surtout Nous inspirent une souveraine compassion; c'est à eux en partieulier que Nous demandons de réfléchir sur leur conduite et de considérer le sort qui les attend, s'ils n'ouvrent les yeux.
N'avoir jamais ni d'aucune façon connue Jésus-Christ, c’est assurément un immense malheur, qu'on ne peut toutefois taxer d'opiniatreté et d'ingratitude. Mais le rejeter ou l'oublier aprés l'avoir connu, est un crime si affreux et une telle folie, qu'on a peine à se l'expliquer en un homme raisonnable, Jésus-Christ, en effet, est le principe et la source de tout bien; et, de méme que c'est sa grâce seule qui porvait délivrer l'homme, ce n'est que sa vertu qui le peut garder. Zl n’est point de salut en quelque autre. Car il n'est pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel on doive étre sauvé, (1) Ce qu'est la vie mortelle, en dehors de Jésus-Christ, Vertu de Dieu et Sagesse de Dieu ; ce que sont les mœurs ; à quelles conséquences aboutissent les choses humaines; ne le savons-nous pas assez par l'exemple de ces peuples malheureux, sur lesquels la lumière chrétienne n'a point brillée? Si peu qu'on se rappelle, ne serait-ce que par le tableau qu'en a esquissé saint Paul, tout ee qu'il y régnait d'aveuglement d'esprit, de dépravations contre nature, d'excé s monstrueux, de superstition et de débauche, on se sent l'àme pénétrée tout à In fois de compassion et d’horreur.—Ces choses-là sont connues sans doute communément, mais non pas communément
(1) Act. IV, 12.
pesées et approfondies. Non, il ne s'en trouverait pas un si grand nombre aveuglés par Vorguei! ou endormis dans l'indifférence,, si le souvenir des bienfaits divins était plus répandu, et si l’on considérait plus fréquemment labime d'où le Christ a arraché l'homme, et les hauteurs où il l'a porté — Déshérité et exilé depuis bien des siècles, le genre humain se précipitait chaque jour i sa ruine, aceablé des maux épouvantables que nous avons rappelés et d'autres encore: contagion funeste engendrée par le péché de notre premier père, et que nulle ressource humaine ne pouvait guérir : quand, | escendant du ciel en libérateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ apparut. Au premier jour du monde, Dieu lui-méme l'avait promis comme le futur vainqueur qui triompherai. du serpent ; et, des lors, vers sa venue, l'arleur d'un inpatient désir avait tenu fixé, de siècle en siècle. le regarc des hommes, Longtemps, les oracles sacrés et les chants prophé.iques l'avaient ouvertement proclamé dépositaire de toute espéranee. Et, en outre, par les vicissitudes de sa fortune, par les faits de son histoire, par ses institutions, ses lois, ses cérémonies, ses sacrifices, un peuple chosi avait elairement et distinetement annoncé, que celui-là même aecomplirait et consommerait le salut du genre humain qui devait être, selon les traditions, prétre et tout ensemble vietime expiatrice, restaurateur de la liberté humaine, prince de la paix, doeteur de toutes les nations, fondateur d'un royaume éternel ‘Tous ces titres, figures, oracles, présentant sous des apparences diverses la plus substantielle et harmonieuse unité, désignaient l'être unique qui, sous l'empire de la charité excessive dont il nous a aimés, dovait un jour se dévouer pour notre salut. Et, en effet, quand le conseil divin fut arrivé à maturité, le Fils unique de Dieu fait homme, offiit. dans son propre sang, une pleine et trés abondante satisfaction pour les hommes à la majesté outragée de son Père : et, rachetant d'un si haut prix le genre humain, il se l'aequit à lui-même. Vous aie 2 pus été rachetés par les niatieres périssables de Vor et de l'argent, mais par le sang pré-
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cieux de Jésus-Christ, agneau eandide et sans tache, (2) Ainsi, cette humanité qu'il tenait déjà sous son pouvoir et son empire, comme créateur et conser;ateur de toutes choses: par un véritable et vigoureux rachat, il l'a faite sienne à un second titre. Vous ne vous apparlenez Mus, cur vous avez été vachetés d'un grand prie, (3) Par la, Dieu a ‘restauré toutes choses en. Jésus-Christ. Mystériènse et bien fuisunte prédétermination, en vertu de laquelle il avait résolu, quand serait venue la plénitude des temps, de tout restaurer en Jésus-Christ. (4) Et, en effet, à peine le Sauveur.a-t-il aboli la cédule de notre condamnation, en la elouant à la croix, que voici soudainement ‘les :coleres célestes apaisées ; l'humanité troublée et. errante aflranchie des chaine: de l'antique esclavage; Dieu pardonnant à l'hemme, Ini rendant sa grâce, lui rouvrant. l'aeces. de l'éternelle béatitude, lui restituant le droit et lui offrant les moyens d'y arriver. Alors, comme se réveillant d'un long et mortel sommeil, l'homme ouvrit les yeux à cette lumière de vérité, si longuement désirée, si vainement. cherehée. Il reconnut, tout d'abord, qu'il était né pour des biens incomparablement plus hauts et plus magnifiques, que ne le sont les biens sensibles, choses caduques et éphémères où il avait borné jusque-là les pensées et les soucis de son existence. Il comprit que le fond méme de la vie, que. la loi suprême, que la fin où il fant tout rapporter, c’est que, sortis de Dieu, nous retournions un jour à Dieu, En vertu de ce principe et de cette maxime fondamentale, l'homme se retrouva lui-même et reprit conscience. de sa dignité ; les cœurs s'ouvrirent au sentiment de liens fraternels unissant tous Jes hommes ; et, par une conséquence logique, droits et devoirs, ou furent menés à leur perfection, ou nouvellement constitués, pendant que des vertus naissaient de toute part, que nulle philosophie païenne n'eut méme pu soupconner, Aussi, pensées “etes, mœurs, tout
I Petr. 1, 18-10,
(2 (3) I Cor, v1, 19-20.
(4) Eph. t, 9-10.
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