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classes de Ja société. Elle forme comme un état visible et irresponsable dans l'état légitime. Pleine de l'esprit de Satan qui, au rapport de l'Apótre, sait au besoin se transformer en ange de lumiére,(1) elle met en avant un but humanitaire, mais elle sacrifie tout à ses projets seetaires; elle proteste qu'elle n'a aucune visée politique, mais elle exerce en réalité l'aetion la plus profonde dans la vie législative et administrative des états; et tandis qu'elle professe en paroles le respect de l'autorité et de la religion elle-même, son but supréine (ses propres statuts en font foi) est l'extermination de la souveraineté et du sacerdoce, en qui elle voit des ennemis de la liberté.
Or, il devient de jour en jour plus manifeste que c'est à l'inspiration ct à la complicité de cette secte quil faut attribuer en grande partie les continuelles vexations dont on aceable l'Eglise et la recrudescence des attaques qu'on lui a livrées tout récemment, Car, la simultanéité des assauts dans la perséeution qui a soudainement éclaté en ces derniers temps, comme un orage, dans un ciel serein, e'est-à-dire sans cause proportionnée à l'effet : Puniformité des moyens mis en «euvre pour préparer cette perséeution, campagne de presse, réunions pabliques, produetions théütrales; l'emploi dans tous les pays des mémes armes, ealomnies et soulevements populaires, tout cela trahit bien vraiment l'identité des desseins et le mot d'ordre parti d'un seul et même centre de direction. Simple épisode du reste qui se rattache a un plan arrété d’avanee et qui se traduit en aetes sur un théatre de plus en plus large, afin de multiplier les ruines que nous avons énumérées précédemment, Ainsi veut-on surtout restreindre d'abord, exclure complètement ensuite l'instruction religieuse, en faisant des générations d'inerédules ou d'indifférents ; combattre par la presse quotidienne la morale de l'Eglise, ridieuliser enfin ses pratiques et profaner ses fôtes sacrées.
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lique qui a précisément pour mission de précher la religion et d'adiministrer ses sacrements, soit attaqué avec un partieulier aeharnement : en le prenant pour point de mire, la secte veut diminuer aux yeux du peuple son prestige et son autorité. Déjà, son audace croissant d'heure en heure et en proportion de l'impunité dont elle
‘se croit assurée, elle interprète malignement tous les
actes du clergé, elle le soupçonne sur les moindres indices et elle Vice ible des plus basses accusations. Ainsi de nouveaux préjudices s'ajoutent à ceuv dont ce clergé souffre déjà, tant à cause du tribut qui. doit payer au service militaire, grand obstacle à sa préparation sacerdotale, que par suite de la confiseation du patrimoine ecclésiastique que les fidèles avaient libremént constitué dans leur pieuse générosité.
Quant aux Ordres religieux et aux Congrégations religieuse s, la pratique des conseils é vangéliques faisait d'eux la gloire de la société autant que la gloire de la religion : “ils n 'en ont paru que plus coupables aux yeux des ennemis de l'Eglise, et + les a implacablement dénoncés au mépris et à l'animosité de tous. Ce Nous est iei une douleur immense que de devoir rappeler les mesures odieuses, iniméritées et hautement condamnées par tous les cœurs honnêtes dont tout récemment encore les religieux ont été les victimes. Rien n'a pu les sauver, ni l'intégrité de leur vie restée in: itaqu: able méme pour leurs ennemis ; ni le droit naturel qui autorise l'association contraetée dans un but honnéte, ni le droit constitutionnel qui en proclame hautement la liberté; ni la faveur des pe uples, pleins de reconnaissance pour les services préeieux rendus aux arts, aux sciences, à l'agrieulture, et pour une charité qui déborde sur les classes les plus nombreuses et les plus pauvres de la société. Et cest ainsi que des hommes, des femmes, issus du peuple, qui avaient spontanément renoneé aux joies de la famille pour consacrer, au bien de tous, dans de pacifiques associations, leur jeunesse, leurs talents, leur forces, leur vie elle-méme, traités en malfaiteurs comme s'ils avaient constitué des associations eriminelles, ont été exelus du
droit commun et proscrits, en un temps où partout ore ne parle que de liberté !
Il ne faut pas s'étonner que les tils les plus aimés solent frappés, quand le Père lui-même, e’est-dire le Chef de la eatholieité, le Pontife Romain, n'est pas mieux traité. Les faits sont bien connus. Dépouillé de la souveraineté temporelle et privé par le fait même de l'indépendance qui lui est nécessaire pour accomplir sa mission universelle et divine, forcé dans eette Rome elle-même qui lui appartient de se renrermer dans sa
ropre demeure, parce que un pouvoir ennemi l'y assiège de tous les côtés, il a été réduit, malgré des assurances dérisoires de respect et des promesses de liberté bien précaires, à une condition anormale, injuste, et indigne de son haut ministère Pour Nous, Nous ne savons que trop les difficultés qu'on lui suscite à chaque instant, en travestissant ses intentions et en outrageant sa dignité. Aussi la preuve est-elle faite et elle devient de jour en jour plus évidente : c'est la puissance spirituelle du Chef de l'Eglise elle-même que peu à peu on a voulu détruire, quand on à porté la main sur le pouvoir temporel de la
Papauté. Ceux qui furent les vrais auteurs de cette spoliation n'ont du reste pas hésité à le confesser.
A en juger par les conséquences, ce fait est non seulement un fait impolitique, mais encore une sorte d'attentat antisocial ; ear les coups qu'on inflige à la religion
sont comme autant de eoups portés au cœur méme de la société.
En faisant de l'homme un être destiné à vivre avec ses semblables, Dieu dans sa Providence avait aussi fondé l'Eglise et, suivant l'expression. biblique, il l'avait établie sur la montagne de Sion, afin qu'elle y servit de lumière et qu'avec ses rayons fécondants elle fit circuler le principe de la vie dans Îles multiples replis de la société humaine, en lui donnant des regles d'une sugesse céleste, gráce auxquelles celle-ci pourrait s'établir dans l'ordre qui lui conviendrait le mieux. Done, autant la société se sépare de l'Eglise, part considérable de sa force, autant elle déchoit ou voit les ruines se inultiplier
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dans son sein, en séparant ce que Dieu a voulu uni.
Quant à Nous, Nous ne Nous sommes jamais lassé, toutes les fois que l’occasion nous en a été offerte, d'ineulquer ees grandes vérités. et Nous avons voulu le fuire une fois encore et d'une manière - xpresse dans cette circonstance extraordinaire. Plaise à Dieu que les tideies s'en trouvent encouragés et instruits à faire converger plus efficacement vers le bien commnn tous leurs efforts et que, mieux éclairés, nos adversaires comprennent l'injustice qu'ils commettent, en persécutant la mère la plus aimante et la bienfaitrice la plus fidèle de l'humanité.
Nous ne voudrions pas que le souvenir des douleurs présentes abattit dans l’âmes des fidèles la pleine et entière confiance qu'ils doivent avcir dans l'assistance divine: car Dieu assurera à son heure et par ses voies mystérieuses le triomphe définitif. Quant à Nous, quelque grande que soit la tristesse qui remplisse Notre cœur, Nous ne tremblons pas néanmoins pour les immortelles destinées de l'Eglise. Comme Nous l'avons dit en commengant, la perséeution est son partage, parce qu'en éprouvant et en purifiant ses enfants par elle, Dieu en retire des biens plus hauts et plus précieux. Mais en abandonnant l'Eglise à ces luttes, il manifeste sa divine assistance sur elle, car il lui ménage des moyens nouveaux et imprévus, qui assureut le maintien et le développement de son ceuvre, sans que les forces conjurées contre elle parviennent à la ruiner. Dix-neuf siéeles d'une vie écoulée dans le flux et le reflux des vicissitudes humaines nous apprennent que les tempêtes passent, sans avoir atteint les grands fonds.
Nous pouvons d'autant plus demeurer inébranlables dans la confiance que le présent lui-même renferme des symptômes bien faits pour nous empêc —y de nous troubler. Les difficultés sont extraordinaires, formidables, ou ne saurait le nier ; mais d'autres faits, qui se déroulent sous nos regards, témoignent en méme temps que Dieu remplit ses promesses avec une sagesse admirable et avec bonté. Pendant que tant de forces conspirent
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contre l'Eglise et qu'elle avance, privée de tout secours, de tout appul humain, ne continue-t-elle pas en effet à poursuivre dans le monde son œuvre gigantesque et n'étend-elle pas son aetion parmi les nations les plus différentes et sous tous les climats ? Non, chassé qu'il en a été par Jésus-Christ, l'antique prince de ce ionde ne pourra plus y exercer sa domination altière comme jadis, et les efforts de Satan nous suseiteront bien des maux sans doute, mais ils n'aboutiront pas à leur fin. Déjà une tranquillité surnaturelle, due à l'Esprit Saint qui couvre l'Eglise de ses ailes et qui vit dans son sein, règne, nori pas seulement dans láme des fidéles, mais encore dans l'ensemble de la catholicité ; tranquillité qui se développe avec sérénité, grâce à l'union toujours de plus en plus étroite et dévouée de l'Episeopat avec ce siège apostolique et qui forme un merveilleux contraste avee l'agitation, les dissensions et la fermentation continuelle des sectes qui troublent la paix de la société, Féeonde en innombrables œuvres de zèle et de charité, cette union harmonieuse existe aussi entre les Evéques et leur clergé. Elle se trouve enfin entre le clergé et les laïques catholiques, qui, plus serrés et plus affranchis de respect humain que jamais, se réveillent et s'organisent avec une émulation généreuse, afin de défendre la cause sainte de la religion. Oh! c'est bien là l'union que Nous avons recommandée si souvent et que nous recommandons de nouveau encore, et Nous la bénissons, afin qu'elle se développe de plus en plus largement et qu'elle s'oppose, eomnie un mur invincible à la fougueuse violence des ennemis du nom divin.
Rien de plus naturel dés lors, que, semblables aux surgeons qui germent au pied de l'arbre, renaissent, se fortifient et se multiplient les innombrables associations que nous voyons avec joie fleurir de nos jours dans le sein de l'Eglise. On peut dire qu'aucune forme de la été chrétienne n'a été laissée de eóté, qu'il s'agisse de Jésus-Christ lui-même et de ses adorables mystères, ou de sa divine Mére, ou des Saints dont les vertus insignes ont le plus brillé. En méme temps, aucune des variétés
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de la charité n'a été oubliée, et c'est de tous les côtés qu'on a rivalisé de zèle pour instruire chrétiennement la jeunesse, pour assister les malades, pour moraliser le peuple et pour voler au secours des classes les moins favorisées. Avec quelle rapidité, ce mouvement se propagerait et combien ne porterait-il pas des fruits plus doux, si on ne lui opposait pas les dispositions injustes et hostiles auxquelles il va si souvent se heurter !
Le Dieu qui donne à l'Eglise une vitalité si grande dans les pays civilisés où elle est établie depuis de longs siècles déjà, veut bien nous consoler par d'autres espérances encore, Ces espérances, c'est au zèle des missionnaires que nous les devons. Sans se laisser décourager par les périls qu'ils courent, par les privations qu'ils endurent et par les sacrifices de tout genre qu'ils doivent simposer, ils se multiplient et conquièrent à l'Evangile et à la civilisation des pays entiers. Rien ne peut abattre leur constance, quoiqu'à l'exemple du Divin Maitre ils ne recueillent souvent que des accusations et des calomnies pour prix de leurs infatigables traveux.
Les amertumes sont done tempérées par des consolations bien douces et, au milieu des luttes et des difficultés qui sont Notre partage, Nous avons de quoi rafraichir Notre âme et espérer. C'est là un fait qui devrait suggérer d'utiles et sages réflexions à quiconque observe le monde avec intelligenee et suns se laisser aveugler par la passion. Car il prouve que, comme Dieu n'a. pas fait l'homme indépendant en ce qui regarde la fin dernière de la vie et comme il lui a. parlé, ainsi il lui parle encore aujourd'ui dans son Eglise, visiblement soutenue par son ass'stance divine, et qu'il montre clairement par là où se trouvent le salut et la vérité. Dans tous le cas, cette éternelle assistance remplira nos cœurs d’une espérance invincible : elle nous persuadera qu'à l'heure marquée par la Providence et dans un avenir qui n’est pas tres éloigné, In vérité, déchirant les brumes sous lesquelles on cherche à la voiler, resplendira plus brillante et que l'esprit de l'Evangile versera de nouveau la vie au
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sein de notre société corrompue et dans ses membres épu iSes.
En ce qui Nous concerne, Vénérables Freres, afin de hater lavénement du jour des miséricordes divines, Nous ne manquerons pas, comme d’ailleurs Notre devoir Nous l'ordonne, de tout faire pour défendre et développer le règne de Dieu sur la terre. Quant à vous, votre sollieitude pastorale Nous est trop eonnue pour que Nous vous exhortions à faire de méme. Puisse seulement la flamme ardente qui brüle dans vos cceurs se transmettre de plus en plus dans le cœur de tous vos prêtres ! Ils se trouvent en contact immédiat avec le peuple: ils connaissent parfaitement ses aspiration, ses besoins, ses souffrances, et aussi les pièges et les séductions qui l'entourent. Si, pleins de l'esprit de Jésus-Christ et se maintenant dans une sphére supérieure aux passions politiques, ils eoordonnent leur aetion avee la vótre, ils réussiront sous la bénédietion de Dieu à accomplir des merveilles : par la parole ils éclaireront les foules, par la suavité des manières ils gagneront tous les cœurs, et en secourant avec charité ceux qui souffrent, ils les aideront à améliorer peu à peu leur condition.
Le Clergé sera fermement soutenu lui-méme par l'aetive et intelligente collaboration de tous les fidèles de bonne volonté. Ainsi, les enfants qui ont savouré les tendresses maternelles de l'Eglise l'en. remercieront dignement, en accourant vers elle pour défendre son honneur et ses gloires. Tous peuvent contribuer à ce devoir si grandement méritoire : les lettrés et les savants, en prenant sa défense dans les livres ou dans la presse quotidienne, puissant instrument dont nos adversaires abusent tant: les pères de familles et les maîtres, en donnant une édueation chrétienne aux enfants; les magistrats et les représentants du peuple, en offrant le spectacle de la fermeté des principes et de l'intégrité du caractère, tous en professant leur foi sans respect humain. Notre sièele exige l'elévation des sentiments, la générosité des desseins et l'exacte observance de la discipline. C’est surtout par une soumission parfaite
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et eonfiante aux directions du Saint Siege que cette discipline devra s'affimnmer. Car elle est le moyen le meilleur pour faire disparaitre ou pour atténuer le dommage que causent les opinions de parti lorsqu'elles divisent, et pour faire converger tous les efforts vers un but supérieur, le triomphe de Jésus-Christ dans son Eglise.
Tel est le devoir des catholiques. Quant au succès final, il dépend de Celui qui veille avec sagesse et amour sur son épouse immaeulée et dont il a été écrit: Jesus Christus heri, et hodie ipse et in secula. t.
1 Ad Hebr. xii, 8.
C'est done vers lui qu'en ce moment Nous laissons monter encore Notre humble et ardente prière; vers Lui qui, aimant d'un amour infini l'errante humanité, a voulu s'en faire la victime expiatoire dans la sublimité du martyre; vers Lui qui assis, quoique invisible, dans la barque mystique de son Eglise peut seul apaiser la tempéte, en commandant au déchainement des flots et des vents mutinés. :
Sans aucun doute, Vénérables Fréres, vous supplierez volontiers ee Divin Maitre avee Nous, afin que les maux qui accablent la société diminuent, afin que les splendeurs de la lumière céleste éclairent ceux qui, plus peutêtre par ignorance que par malice, haissent et persécutent la religion de Jésus-Christ, et aussi, afin que tous les hommes de bon vouloir s'unissent étroitement et saintement pour agir. Puisse le triomphe de la vérité et de la justice être ainsi háté dans ce monde, et sur la grande famille humaine sc lever. doucement des jours meilleurs, des jours de tranquillité et Je paix.
Qu'en attendant, gage des faveurs divines les plus préeieuses, descende sur Vous, et sur fous les fidéles confiés à vos soins la bénédiction que Nous Vous dondons do grand eceur.
Donné à Rome, prés Saint Pierre, le 19 Mars de l'année 1902, de Notre Pontifieat la vingt-cinquiéme.
LEON XIII PAPE
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