‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme] (volume 4)Chapitre 18 sur 105 · PIU · texte numérisé non relu

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(1). Hebr, XII 2

(2), Joann, XI, 16,

constance ! Ils sont un soutien pour la société civile, et pour l'Eglise une gloire et une vertu.

Le troisième genre de maux auxquels il faut porter reméde, est particuliérement propre aux hommes de notre temps. Ceux, en effet, des siècles antérieurs, alors méme qu'ils aimaient parlois plus passionnément les choses de la terre, n'avaient pas cependant un dédain absolu pour les choses célestes ; ainsi à entendre les sages d'entre les paiens euxmêmes cette vie leur apparaissait comme une hôtellerie et une maison de passage, plutót que comme une demeure fixe et durable.

Les hommes de nos jours, au contraire, quoique nourris de christianisme poursuivent de telle sorte les biens périssables de la vie présente, qu'ils voudraient non seulement oublier mais, par un excès d'avilissement, effacer méme le souvenir d'une patrie meilleure dans l'éternelle béatitude, comme si Saint l'aul nous avait averti en vain que nous n'avons pas ici de demeure perr;anente, mais que nous cherchons une habitation future: Non hab mus hic manentem civitatrem, sed futuram inquirimus (1), Que si l'on scrute quelles sont les causes de cette aberration, la premiére qui se présente c'est la persuasion d'un grand mb, que la préoccupation des choses futures éteint l'amour de la patrie terrestre et tourne au détriment de la prospérité de l'Etat: calomnie odieuse et insensée, Ht de fait les biens que nous espérons ne sont pas de natnre à absorber la pensée des hommes jusqu'à les détourner du soin des choses présentes, Jésus-Christ lui-même, en nous recommandant de ehereher tout d'abord le royaume de Dieu, a insinué par là méme que cela ne devait point nous faire négliger tout le reste. L'usage, en effet, des biens présents et la. jouissance honnéte qui s'y attache, quand Ja vertu y trouve un stimulant ou

(1) Hebr, XIII, 14,

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une récompense ; comme aussi les décors et les embellissements de la cité terrestre, quand on y voit nne image des splendeurs et des magaificences de la cité céleste n'offrent rien de contraire à la raison humaine ou aux conseils divins; car Dieu est auteur à la fois de la nature et de la gráce, et il n'a pas voulu que l'une nuise à l'autre, ni qu'elles se combattent mutuellement, mais qu'unies par une fraternelle alliance, elles nous conduisent toutes les deux plus aisément à cette immortelle béatitude pour laquelle, hommes mortels, nous sommes venus en ce monde. Cependant les voluptueux et les amateurs d'eux-mémes, ceux dont les pensées se perdent dans les choses basses et périssables au point qu'il leur devient impossible de s'élever plus haut, ceux-là plutót que de sentir naître en eux, par la jouissance des créatures visibles, le désir des biens invisibles et éternels perdent complètement de vue l'éternité el'e-méme, et tombent jusqu'au dernier degré de la plus infime abjection. Aussi bien Dieu ne saurait-il infliger à l'homme une punition plus terrible qu'en le laissant de la sorte oublier les biens supérieurs pour passer sa vie dans la jouissance des basses voluptés.—Or à un danger pareil ne sera certainement jamais exposé le chrétien qui, le pieux Rosaire à la main, en méditera souvent les mystères glorieur, De ces mysteres, en effet, jaillit une lumière qui nous découvre ces célestes trésors et beautés, que notre œil corporel ne saurait atteindre, mais que nous suvons par la foi être préparés à ceux qui aiment Dien, Nous y apprenons que la mort n’est pas une ruine qui ne laisse rien derrière elle, mais le passage d'une vie à une autre, et que le chemin du ciel est ouvert a tous, Quand nous y voyons monter le Christ Jésus, nous nous rappelons sa promesse de nous y préparer une place: vado parare vobis locum. Le Saint Rosaire nous fait souvenir qu'il y aura un temps où Dieu sèchera toute larme de nos yeux, où

il n'y aura plus de deuil ni de gémissement, ni aucune douleur, où nous serons toujours avec le Seigneur, semblables à Dieu parce que nous le verrons comme il est; enivrés du torrent de ses délices, concitoyens des saints, en conséquence de la bienheureuse Vierge notre Mére.—Comment une àme qui se nourrit de semblables pensées, ne se sentirait-elle pas brüler d'une sainte flamme et ne s'écrierait-eile pas avee un grand saint: “ Que la terre me parait vile quand je regarde le ciel: * Quam sord:t tellus dum celum aspicio?" Comment ne se consoleraitelle pas, en songeant qu'une légére tribulation momentanée produit en nous un poids éternel de gloire : * Momentaneum et leve tribulationis nostre clerum glorie pondus operatur in nobis?” Rn vérité, là seulement est ie secret d'unir, comme il convient, le temps à l'éternité, la cité terrestre à la cité céleste, et de former des caractères nobles, Si ces caracteres sont le grand nombre, la société sera sauvegardée dans sa diguité et sa grandeur; on y verra fleurir le bien, le vrai, et le beau, à l'image de Celui qui est le principe et l'intarissable source de toute vérité, de toute bonté et de toute beauté.

Et maintenant, qui ne voit, comme Nous l'avons observé en commençant, combien grande et féconde est la salutaire vertu du Saint Rosaire de Marie, et quels admirables remédes la société actuelle peut y puiser, pour guérir ses maux et en prévenir le retour ? Mais cette vertu, ceux-là naturellement en éprouveront avec plus d’abondance les bienfaits qui, ayant donné leurs noms à quelqu'une des pieuses confréries du Rosaire, y auront acquis, grâce à cette fraternelle union et à leur consécration spéciale aa culte de la très sainte Vierge, un titre nouveau et particulier, Ces contréries, en eflet, approuvées par les Pontifes romains et enrichies par eux de privilèges et d'indulgences ont leur constitution propre et leur discipline; elles tiennent leurs réunions à des

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jours déterminés, et sont pourvues des moyens les plus aptes à faire fleurir la piété et à se rendre utiles méme à lasociété civile. Ce sont comme autant de bataillons militants, qui combattent les combats du Christ par la vertu de ses sacrés mystéres, sous les auspices et la conduite de la reine du ciel, et Marie, en tous les temps, et plus encore à la journée de Lépante, leur a prouvé manifestement combien elle agréait leurs prières, leurs fêtes et leurs suppliantes processions, — Il est donc bien juste que, non seulement les fils du patriarche S. Dominique, qui le doivent par état et par vocation, mais encore tous les prêtres qui ont charge d'àmes et qui notamment exercent leur ministère dans les églises où déjà ces confréries sont canoniquement érigées, s'appliquent avec zéle à les multiplier et à les maintenir dans toute leur ferveur. Nous désirons de plus, et cela trés vivement, que ceux aussi travaillent avec joie à cette méme bonne œuvre, qui s'adonnent aux Missions et à la prédication de la Foi soit dans les pays chrétiens, soit chez les infidéles et les nations barbares.—Leurs exhortations, Nous n'en doutons pas, porteront leurs fruits et de nombreux fidéles s'empresseront de se faire inscrire dans ces Confréries et s'efforceront à l'envi de retirer du Saint Rosaire les précieux avantages que Nous venons d'énumérer et qu'on en doit regarder comme l'essence et la raison d'être. L'exemple ens'ite de ces confrères et associés entraînera insensiblement le reste des fidèles à les imiter dans leur estime et leur dévotion au Rosaire de Marie, et à leur tour ceux-ci se montre:ont, ainsi que Nous le désirons vivement, plus soucieux de recueillir à leur profit des trésors aussi salutaires. Telles sont les espérances que Nous entrevoyons; elles Nous sont un soutien et une consolation, au milieu des maux et des tristesses de l'heure présente, Qu'il plaise à Marie, la Mère de Dieu et des hommes, l'institutrice et la Reine du Saint Ro:

saire, de les réaliser en exaucant Nos prières et Nos supplications ! Nous avons la confiance, Vénérables Frères, que par le soin de chacun d'entre vous ces enseignements et ces vœux produiront toutes sortes de bons effets et contribueront notamment à la prosnérité des familles et à la paix générale des peuples.

—En attendant comme gage des faveurs célestes et de Notre particulière bienveillance, Nous vous accordons à chacun de vous, à votre Clergé et aux fidéles confiés à vos soins, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près S. Pierre, le 8 septembre de l'année 1893, le seiziome de Notre Pontificat.

LÉON XIII PAPE

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