‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme] (volume 4)Chapitre 82 sur 105 · Z-VOUS · texte numérisé non relu

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qui aiment le Christ, de quelque nation qu'ils soient, deviendront un seul peuple, un peuple de frères, obéissant comme à un Pere commun, au Vieaire de Jésus sur la terre, au Pontife romain.

Tei otre esprit vole de lui-même vers les magnifiques exemples de l'antique. unité, et dans notre âme revit le souvenir du grand concile d'Ephése. Le souverain accord de foi qui réunissait alors dans une même communion l'Orient et l'Occident se manifesta li avec une puissance et un éclat singuliers ; lorsque les Pères eurent sanctionné régulièrement le dogme d'après lequel “la Sainte Vierge est la Mère de Dieu,” la r welle de ce fait, se répandant à travers la cité, transportée d'une sainte joie, remplit le monde chrétien tout entier d'une méme magnifique allégresse,

Aussi nombreux sont les motifs qui viennent appuyer Notre confiance en la Vierge puissante et. très bonne, pour ee qui concerne la réalisation de Nos désirs, aussi nombreuses sont les raisons qui doivent exciter le zèle des catholiques à prier Marie. Qu'ils considèrent, en leur Ame, combien cette piété est belle, combien elle sera certainement agréable à cette même Vierge,

Jouissant, comme ils le font, de l'unité de la foi, ils montrent ainsi qu'ils estiment grandement, à juste titre, ce précieux bienfait, et qu'ils veulent le conserver avec soin, D'autre part, ils ne peuvent manifester leur atfection fraternelle envers leurs frères séparés d'une. facon plus excellente qu'en faisant tous leurs efforts pour les aider à reconquerir le plus précieux de tous les biens.

Or, cette affection fraternelle, qui se manifeste si puissante dans toute l'histoire de l'Eglise, a toujours demandé sa force surtout à la Mère de Dieu, comme à celle qui peut le mieux procurer la foi et l'unité, C'est elle que Saint Germain de Constantinople priait en ces termes ; “Souvenez-vous des chrétiens qui sont vos serviteurs, appuyez. les prières de tous, aidez les espérances de tous, fortitiez la foi, réunissez toutes les Eglises.” (Ov, hist, in dori. Deip.) Telle est encore la prières des Grecs à Marie : * O Vierge très pure, vous à qui il a été donné d'approcher sans crainte de votre Fils, à Vierge

très sainte, priez-le d'accorder la paix au monde, d'inspirer le même esprit à toutes les Eglises et tous nous vous glorifierons.”

Un nouveau motif nous permet d'espérer que Marie écoutera favorablement les prièr. que Nous lui adresserons en faveur des nations dissidentes, ce sont les grands mérites qu'ont eus à son égard ces Eglises, et en partieulier celles d'Orient. Elles ont contribué beaucoup à répandre son culte. Dans leur sein, Sa gloire a trouvé des appuis et des défenseurs, puissants par leur autorité e par leurs écrits, des panégyristes remarquables par l'arleur et en même temps par la suavité de leur éloquence, “des impératrices chéries de Dieu” (saint Cyrill. Alex. De fide «d. Puleher et soror, reg.) ont imité l'exemple de la Vierge très pure, ont fait d'elle l'objet de lux muniticence ; des temples et des basiliques où on lui rendait un culte royal ont été élevés.

Nous voulons citer ici un fait qui ne s'éearte pas de Notre sujet, et qui est glorieux pour la sainte Mère de Dieu.

Personne ignore qu'un grand nombre de Ses saintes images, venant d'Orient, à la suite de diverses circonstances, se sont trouvées transportées en Occident, et notumment en Italie: Nos pères les ont reçues avec un grand respect, les ont magnifiquement honorées, et leurs descendants s'efforcent d'entourer de la même piété ces images sacrées, I] Nous semble que ces images subsistent par Nous comme les témoins d’une époque où toute la famille chrétienne vivait partout unie, comme les pages précieux d'un héritage commun; il semble que par leur vue la Vierge elle-même invite les âmes à se souvenir de ceux que l'Eglise catholique rappelle très affectueusement à jouir de l’ancienne union, dans son sein, et de l'antique allégresse.

Ainsi, l'œuvre de l'unité chrétienne a reçu de Dieu un grand appui en Marie, Bien qu'il n'y ait pas qu'un genre unique de prière, qui nous permette de mériter cet appui, Nous pensons que l'institution du Rosaire atteint ce but d'une façon excellente et très féconde, Nous avons indiqué ailleurs que l'un des principaux avantages qu’-

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offre cette prière est celui-ci : le chrétien y trouve un moyen accessible à tous, et facile, de nourrir sa foi, de la garantir de tout danger d'ignorance et d'erreur : c'est ce que mettent en évidence les origines mêmes du Rosaire.

On voit aussi combien étroitement se rapporte à Marie la foi ainsi mise en pratique, soit par la répétition des prières vocales, soit surtout par la méditation des mysteres. En effet, toutes les fois que devant Elle nous réeitons suppliants le chapelet suivant les regles, nous repassons en notre mémoire l’œuvre admirable de notre rédemption et nous contemplons, comme s'ils se déroulaient sous nos yeux, les événements successifs qui ont fait d'Elle la Mére de Dieu et en méme temps Notre mere,

La grandeur de cette double dignité, les fruits bénis de ce double ministère apparaissent dans une vive lumiére à celui qui médite religieusement les mystères Joyeux, douloureux et glorieux, ans lesquels le souvenir de Marie s'associe à celui de son "ils. Il s'ensuit assurément que l'àme brûle envers Elle des sentiments d’affeection et de reconnaissance et, méprisant tous les biens périssables, s'efforce couraveusement de se montrer digne d'une telle mère et de ses grands bienfaits,

Cette considération fréquente et fidèle des différents mystères ne peut manquer d'être très agréable à Marie, et d'animer de miséricorde envers les hommes cette mère qui est de beaucoup la meilleure de toutes, Voilà pourquoi Nous avons dit que la prière du Rosaire sera excellente pour plaider auprès d’Elle la cause de nos frères séparés, Cette prière se rapporte en effet, tout spécialement à la mission de Sa maternité spirituelle, En effet, Marie a engendré et n'a pu engendrer que dans une seule foi et dans un seul amour, tous ceux qui sont du Christ : et le Christ, en effet, est-il divisé ? " (I Cor, I, 13). Nous devons done tous vivre ensemble la vie du Christ, afin que dans un seul et même eorr« nous produisions des fruits pour Dieu (Rom. VII, 4,

Tous ceux done que de funestes circonstances ont séparés de cette unité, il faut que cette même mère, qui a reçu de Dieu le don de faire naître perpétuellement une

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sainte postérité, les enfante de nouveau, en quelque sorte, à la vie du Christ C’est là assurément un résultat qu'elle-méme désire vivement procurer ; sur la guirlande de prieres trés agréables que Nous lui tresserons, elle attirera en abondance les secours de l'Zsprit/ eieifieut. Puissent les hommes de bien ne pas refuser d'obtempérer à la volonté de cette mère miséricordieuse : songeant à leur salut, puissent ils écouter son invitation tres douce : “Mes petits enfants, que j'enfante de nouveau, jusqu ce que Jésus-Christ soit formé en vous."

Ayant ainsi éprouvé la vertu du Rosaire, quelques uns de Nos prédécesseurs consacrerent des soins tout partieuliers à le répandre à travers les nations orientales. Ce sont surtout Eugène IV, par la constitution Advesperascente, datée de l'année 1439, Innocent XII et Clément XL Par leur autorité, de grands privilèges furent même accordés sur ce point à l'Ordre. des Freres Précheurs. Les bons résultats ne manquèrent pas, grâce au zèle des membres de ce même ordre, et des documents nombreux et éclatants en témoignent, quoique par la suite le temps et de funestes circonstances aient grandement nui aux progrès de cette œuvre.

A Notre époque, cette même dévotion du Rosaire, que Nous avons louée au début, a pénétré, en ces régions, dans l'âme de beaucoup de chrétiens. De même qu'elle répond à Nos efforts, de méme Nous espérons quelle contribuera beaucoup à amener la réalisation de Nos voeux.

A cette espérance se rattache un fait heureux qui concerne à la fois l'Orient et l'Occident, et qui concorde pleinement avec ces mêmes désirs, Nous voulons parler, Vénérables Frères, du projet qui a pris naissance dans l'imposant congrès eucharistique tenu à Jérusalem, à savoir l'édification d'un temple en l'honneur. de la Reine du très saint Rosaire : il serait élevé à Patras, en Achaie, non loin de l'endroit où, sous les auspices de la Reine du Rosaire, la religion ehrétienae brilla d'un si vif éelat. Ainsi qu'avee beaucoup de joie Nous l'avons appris de la part du comité qui a été constitué, avee Notre approbation, pour réaliser ce projet, pour diriger cette

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œuvre, déjà la plupart d'entre vous ont recueilli avec beaucoup de zèle des offrandes faites à cette fin. Hs ont, en outre, promis d'agir de méme jusqu'à l'achèvement de l'œuvre, On s'est déjà occupé de celle-ci assez pour qu'il solt possible d'entreprendre un monument convenant à la grandeur de son objet, et Nous avons fait en sorte que la première pierre du temple soit posée prochainement, au milieu de cérémonies solennelles.

Ce temple s'élevera, au nom du peuple chrétien, comme un monument d'éternelle reconnaissance envers l'Auxiliatrice et la Mère céleste des fidèles. Celle-ci y sera invoquée selon le rite grec et selon le rite latin, afin qu'avee une bienveillanee sans cesse croissante, Elle mette le comble à ses bienfaits anciens par de nouveaux bienfaits,

Et maintenant, Vénérables Fréres, Notre exhortation revient sur le méme terrain d’où elle est partie. Oui, que tous les pasteurs et tous les fidéles, surtout pendant le mois prochain, invoque avec une entière confiance le secours de la Vierge puissante. Qu'en publie et en particulier, ils ne cessent de louer et de prier la Mère de Dieu et la nôtre ; que d'un commun accord ils lui addressent leurs vœux et leurs suppleations : * Montrez que vous étes notre mére.” Que sa maternelle clémence conserve sa famille entiére à l'abri de tout péril, qu'elle ’amene toute au bonheur de la vraie foi, qu'elle l'établisse surtout dans la sainte unité.

Qu'elle-méme dirige des regards bienveillants sur les catholiques de toute nation : qu», resserrant entre eux les liens de la charité, Elle les rende plus ardents et plus contants à soutenir la gloire de la religion, d’où découlent en méme temps pour la société les biens les plus précieux. Qu'elle considère aussi, avec une bienveillance très vive, les peuples dissidents, nations grandes et illustres, âmes nobles et qui se souviennent de leurs devoirs de chrétiens ; que dans leur sein Elle fasse naître de très salutaires désirs, puis, qu'Elle entretienne ces désirs et en amène la réalisation,

Que, sur les ixtions dissidentes de 1 Jrient, Elle répande des grâces aussi abondantes que ces peuples té-

moignent de religion envers Elle, et que sont nombreuses les illustres actions de leurs ancêtres pour procurer Sa gloire. Que les dissidents Occidentaux se souviennent de Son très bienfaisant patronage, et des bontés qu'elle a témoignées, des grâces qu'Elle a répandues sur elles, pendant de longs siècles, en récompense de la piété des chrétiens de toutes les classes. Qu'elle intercède puissamment pour les uns et pour les autres, la voix unanime et suppliante de toutes les nations catholiques, et qu'elle intereéde utilement aussi pour eux, Notre voix qui crie jusqu'à Notre dernier souffle : “ Montrez que vous êtes notre mère.”

Cependant, comme gage des faveurs divines et en témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons très affectueusement à chacun de vous, à votre clergé et à votre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 5 septembre de l’année 1895, de Notre Pontificat la dix huitième.

LÉON XIII, PAPE

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