‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 130 sur 155 · DE LA CONDITION DES OUVRIERS · texte numérisé non relu

DE LA CONDITION DES OUVRIERS

A Tous Nos Vénérables Freres les patriarches, primats, archevéques, évéques du monde catholique en gräce

et en communion avec le siège apostolique

LÉON XIII PAPE

Vénérables Fréres, Salut ot bénédiction apostolique

La soif d'innovations qui, depuis longtemps, s'est emparé des sociétés et les tient dans une agitation liévreuse, devait, tot ou tard, passer des régions de la politique dans la sphére voisine de l'économie sociale ; -Kt, en effet, ces progrès incessants de l’industrie, ces routes nouvelles que les arts se sont ouvertes, laltération des rapports entre les ouvriers et les patrons, l’affluence de la richesse dans les mains du petit nombre à côté de l'indigence de la multitude, l'opinion enfin plus grande que les ouvriers ont conçue d'eux-mémes et leur union plus compacte ; tout cela, sans parler de la corruption des mœurs, a eu pour résultat final un redoutable conflit. Par-

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tout les esprits sont en suspens et dans une anxieuse attente, ce qui sullit à lui seul pour prouver combien de graves intérêts sont ici engages. Cette situation préoceupe et exerce à la fois le génie des doctes, la prudence des sages, les délibérations des réunions populaires, la perspicacité des législateurs et les conseils des gouvernants, et il n'est pas de cause qui saisisse en ce moment l'esprit humain avec autant de véhémence.— C'est pourquoi, Vénérables Frères, ce que pour le bien de l'Eglise et le salut commun des hommes, Nous avons fait ailleurs par nos Lettres, sur la souveraineté politique, la liberté humaine, la constitution chrétienne des Etats et sur d'autres sujets analogues, afin de réiuter, selon qu'il Nous semblait opportun, les opinions erronées et fallacicuses, Nous jugeons devoir le réitérer aujourd'hui et pour les mêmes motifs, en vous entretenant de la condition des ouvriers.

Ce sujet, Nous l'avons, suivant l’occasion, effleuré plusieurs fois, mais la conscience de Notre charge Apostolique Nous fait un devoir de le traiter dans ces Lettres plus explicitement et avec plus d'ampleur, afin de mettre en évidence les principes d'une solution conforme à la justice et à l'équité.

Le problème n'est pas aisé à résoudre ni exempt de péril. 1l est diflicile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs qui doivent lier réciproquement la richesse et le prolétariat, le capital et le travail. D'autre part, le problème n'est pas sans danger, parce que trop souvent des hommes turbulents et astucieux cherchent à en dénaturer le sens, et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter des troubles. Quoi qu'il en soit, Nous sommes persuadé, et tout le monde en convient, qu'il faut par des mesures promptes et efficaces venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu'ils sont, pour la plupart, dans une situation d'infortune et de misère imméritée.

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Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour elles une protection ; tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maitres souvent inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée — Une usure vorace est venue ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par Je jugement de l'Eglise, elle n'a cessé d'étre pratiquée, sous une autre forme, par des hommes avides de gain et d'une insatiable cupidité. A tout cela il faut ajouter le monopole du travail et des effets de commerce devenus le partage d'un petit nombre de riches et d'opulents qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitade des prolétaires.

Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre ceux qui possédent et pr^tendent que toute propriété de biens privés doit étre supprimée, que les biens d'un chacun doivent étre communs à tous et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l'Etat. Moyennant cette translation des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs commodités, ils se flattent de porter un reméde efficace aux maux présents Mais pareille théorie, loin d'étre capable de mettre fin au conllit, ferait tort à l'ouvrier si elle était mise en pratique. D'ailleurs elle est souverainement injuste, en ce qu'elle dénature les fonctions de l'Etat et tend à bouleverser de fond en comble l'édifice social.

De fait, comme il est facile de comprendre la raison intrinséque du travail entrepris par quiconque exerce un art lucratif, le but immédiat visé par le travailleur, c'est de conquérir un bien qu'il possédera en propre et comme lui appartenant; car s'il met à la disposition d'autrui ses forces et son industrie, ce

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n'est pas évidemment pour un motif autre sinon pour obtenir de quoi pourvoir à son entretien, et aux besoins de la vie, et il attend ae son travail non seulement le droit au salaire, mais encore un droit strict et rigoureux d'en user comme bon lui semblera. Si donc, en réduisant ses dépenses, il est arrivé à faire quelques épargnes, et si, pour s'en assurer la conservation, il les a, par exemple, réalisées dans un champ, il est de toute évidence que ce champ n'est pas autre chose que le salaire transformé : le fond ainsi acquis sera la propriété de l'artisan au méme titre que la rémunération méme de son travail. Mais qui ne voit que c'est précisément en cela que consiste le le droit de propriété mobiliére et immobiliere ? Ainsi, cette conversion de la propriété privée en propriété collective, tant préconisée par le socialisme, n'aurait d'autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire. et en leur enlevant, par le fait méme, tout espoir et toute possibilité d'agrandir leur patrimoine et d'améliorer leur situation.

Mais, et ceci parait plus grave encore, le remède proposé est en opposition flagrante avec la justice, car la propriété privée et personnelle est pour l'homme de droit naturel. Il y a en effet, sous ce rapport, une très grande différence entre l’homme et les animaux dénués de raison. Ceux-ci ne se gouvernent pas eux-mémes; ils sont dirigés et gouvernés par la nature,moyennant un double instinct, qui, d'une part, tient leur activité constamment en éveil et en développe les forces; de l'autre, provoque tout à la fois et circonscrit chaeun de leurs mouvements.

Un premier instinct les porte à la conservation et à la défense de leur vie propre, un second à la propagation de l'espéce; et ce double résultat ils l'obtiennent aisément par l'usage des choses présentes et mises à leur portée. Ils seraient d'ailleurs ineapables de tendre au-delà, puisqu'ils ne sont mus que

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par les sens et par chaque objet particulier que les sens perçoivent.—Bien autre est la nature humaine. En l'homme d'abord réside, dans sa perfection, toute la vertu de la nature sensitive et dés lors il lui revient non moins qu'à celle-ci. de jouir des objets physiques el eorporels. Mais la vie sensitive, méme possédée dans toute sa plénitude, non seulement n'embrasse pas toute la nature humaine, mais lui est bien inférieure et faite pour lui obéir et lui être assujettie. Ce qui excelle en nous, qui nous fait hommes et nous distingne essentiellement de la béte, c'est la raison ou l'intelligence, et en vertu de cette prérogative, il faut reconnaitre à l'homme non seulement la faculté générale d'user des choses extérieures, mais en plus le droit stable et perpétuel de les posséder, tant celles qui se consument par l'usage que celles qui demeurent aprés nous avoir servi. Une considération plus profonde de la nature humaine, va faire ressortir mieux encore cette vérité: l'homme embrasse par son intelligence une infinité d'objets, et aux choses présentes il ajoute et rattache les choses futures ; il est d'ailleurs le maitre de ses actions: aussi, sous la direction de la loi éternelle, et sous le gouvernement universel de la Providence divine, est-il en quelque sorte à lui-méme et sa loi et sa providence. C'est pourquoiila le droit de choisir les choses qu'il estime les plus aptes, non seulement à pourvoir au présent, mais encore au futur. D'où il suit qu'il doit avoir sous sa domination, non seulement les produits de la terre, mais encore la terre elle-même, qu'il voit appelée à étre par sa fécondité sa pourvoyeuse de l'avenir. Les nécessités de l'homme ont de perpétuels retours: satisfaites aujourd'hui, elles renaissent demain avec de nouvelles exigences.

Il à done fallu, pour qu'il pit y faire droit en tout temps, que la nature mit à sa disposition un élément stable et permanent eapable de lui en fournir perpétuellement les moyens.

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Or cet élément ne pouvait être que la terre avec ses ressources toujours fécondes.—Et qu'on n'en appelle pas à la providence de l'Etat, car l'Etat est postérieur à l'homme, et avant quil püt se former, l'homme dejà avait recu de la nature le droit de vivre et de protéger son existence.

Qu'on n'oppose pas non plus à la légitimité de la propriété privée le fait que Dieu a donné la terre en jouissance au genre humain tout entier, car Dieu ne l'a pas livrée aux hommes pour qu'ils ia dominassent confusémeut tous ensemble. Tel n'est pas le sens de cette vérité. Elle signifie uniquement que Dieu n'a assigné de part à aucun homme ea particulier, mais a voulu abandonner la délimitation des propri étés à l’industrie humaine et aux institutions des peuples.—Au reste quoique divisée en propriétés privées, la terre ne laisse pas de servir à la commune utilité de tous; attendu qu'il n'est personne parmi les mortels qui ne se nourrisse du produit des champs. Qui en manque y supplée par le travail, de telle sorte que l'on peut affirmer, en loute vérité, cue le travail est le moyen universel de pourvoir sax besoins de la vie, soit qu'on l'exerce dans un [ord propre, ou dans quelque art lucratif, dont la rémunération ne se tire que des produits multiples de la terre avec lesquels elle s'échange.

De tout cela il ressort, une fois de plus, que la propriété privée est pleinement conforme à la nature. La terre, sans doute, fournit à l'homme avec abondance les choses nécessaires à la conservation de sa vie et plus encore à son perfectionnement, mais elle ne le pourrait d'elle-méme sans la culture et les soins de ’homme.

Or celui-ci que fait-il, en consumant les ressources de son esprit et les forces de son corps pour se procurer ces biens de ia nature? Il s'applique pour ainsi dire à lui-méme la portion de la nature corporelle qu'il cultive, et y laisse comme une certaine em-

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preinte de sa personne, au point qu’en toute justice, ce bien sera possédé dorénavant comme sien et qu'il ne sera licite à personne de violer son droit en n'importe quelle manière.

La force de ces raisonnements est d'une évidence telle, qu'il est permis de s'étonner comment certains tenants d'opinion surannées puissent encore y contredire, en accordant sans doute à l'homme privé l'usage du sol et les fruits des champs, mais en lui refusant le droit de posséder, en qualité de propriétaire, ce sol oü il a báti, cette portion de terrequ'il a cultivée. Ils ne voient donc pas qu'ils dépouillent par là cet homme du fruit de son labeur: car enfin ce champ remué avec art par la main du cultivateur a changé complétement de nature: il était sauvage, le voilà défriché, d'infécond il est devenu fertile; ce qui l'a rendu meilleur est inhérent au sol et se confond tellement avec lui, qu'il serait en grande partie impossible de l'en séparer. Or la justice tolérerait-elle qu'un étranger vint alors s'attribuer cette terre arrosée des sueurs de celui qui l’a cultivée ? De méme que l'effet suit la cause, est-il juste que le fruit du travail soit au travailleur. C’est donc avec raison que l'universalité du genre humain, sans s'émouvoir des opinions contraires d'un petit groupe, reconnait en considérant attentivement la nature, que dans ses lois réside le premier fondement de la répartition des biens et des propriétés privées;c'est avec raison que la coutume de tous les siècles a sanctionné une situation si conforme à la nature de l'homme et à la vie calme et paisible des sociétés .—De leur coté les lois citiles, qui tirent leur valeur, quand elles sont justes, de la loi naturelle, confirment ce méme droit et le protègent par la force. — Enfin l'autorité des lois divines vient y apposer son sceau, en défendant, sous une peine trés grave, jusqu'au désir méme du bien d'autrui. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,

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ni sa maison, ni son champ, ni sa servante, ni son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui est à lui

Cependant ces droits qui sont innés à chaque homme pris isolément, apparaissent plus rigoureux encore quand on les considére dans leurs relations et leur connexité avec les devoirs dela vie domestique —Nul doute gue dans le choix d'un genre de vie, il ne soit loisible à chacun, ou de suivre le conseil de Jésus- Christ sur la virginité ou de contracter un lien conjugal. Aucune loi humeine ne saurait enlever

i d'aucune facon le droit naturel et primordial de tout homme au pees ni circonscrire la fin principale pour laquelle il a été établi par Dieu dès l'origine : Crotssez et multiplies wuos ^. ‘ Voilà done la famille, c est-à-dire la société domestique, société trés petite sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile, à laquelle, dés lors, il faudra de toute nécessité attribuer certains droits et certains devoirs absolument indépendants de l'Etat.

Ainsi, ce droit de propriété que Nous avons, au nom méme de la nature, revendiqué pour l'individu, il le faut maintenant transférer à l'homme, constitué chef de la famille. Bien plus, en passant dans la société domestique, ce droit y acquiert d'autant plus de force, que la personne humaine y recoit plus d'extension. La nature impose au père de famille le devoir sacré de nourrir et d'entretenir ses enfants. Elle va plus loin. Comme les enfants reflétent la physionomie de leur pére et sont une sorte de prolongement de sa personne, la nature lui inspir e de se préoeuper de leur avenir, et de leur créer un patrimoine, qui i 8

| aide à se dé fendre, dans la périlleuse traversée dé la

vie, contre toute les surprises de la mauvaise fortune. Mais ce patrimoine pourra-il le leur créer

1 Non concupisces uxorem proximi (ul ; nom domun, nor agrum, nom ancillam, non bovem, non asinum, et universa que dius. sunt Deut. V, 21.

2 Crescite et mulliplicamini. (Gen. 1, 28.)

son bœuf

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sans l'aequisition et la possession de biens permanents et productifs qu'il puisse leur transmettre par voie d'héritage ?— Aussi bien que la soci^té civile, la famille, comme Nous l'avons dit plus haut, est une | société proprement dite, avec son autorité et son gouvernement propre, l'autorité et le gouvernement paternel. C’est pourquoi, toujours sans doute dans la sphère que lui détermine sa fin immédiate,elle jouit, pour le choix et l'usage de tout ce qu'exigent sa con- Fg servation et l'exercise d'une juste indépendance, de | 8 droits au moins égaux à ceux de la société civile. Au | moins égaux, disons-Nous : car la société domestique | a sur la société civile une priorité logique et une | priorité réelle, auxquelles participent nécessairement ses droits et ses devoirs, Que si les individus et les gine n en entrant dars la société, y trouvaient au ieu d un soutien un obstacle, au lieu d'une protection une diminution de leurs droits, la société serait bientót plus à fuir qu'à rechercher.

Vouloir done que le pouvoir civil envahisse arbi- | trairement jusqu'au sanctuaire de la famille, c'est | une erreur grave et funeste. Assurément, s'il existe | quelque part une famille qui se trouve dans une situation. désespérée, et qui fasse de vains efforts Hd. pour ea sortir, il est juste que, dans de telles extré- | 4 mités, le pouvoir publie vienne à son secours, car chaque famile est un membre de la société, De même s'il existe quelque part un foyer domestique qui soit le théâtre de graves violations des droits mutuels, que le pouvoir public y rende :on droit à un chacun. Ce n'est pas là usurper sur les attributions des citoyens: c'est aflermir leurs droits, les protéger, les défendre comme il convient. Là toute- [ois doit s'arréter l'action de ceux qui président à la chose publique ; la nature leur interdit de dépasser ces limites. L'autorité paternelle ne saurait étre abolie ni absorbée par l'Etat: car elle a sa source là où la vie humaine prend la sienne. Les fils sont quel-

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que chose de leur père ; ils sont en quelque sorte une extension de sa personne: et, pour parler avec juslesse, ce n'est pas immédiatement par eux-mêmes, qu'ils sagrégent et s'incorporent à lu société civile, mais par l'intermédiaire de la société domestique dans laquelle ils sont nés, De ce que les /i/s sont naturellement quelque chose de leur pére...ils doivent rester sous la tutelle des parents jusqu'à ce qu'ils aient

acquis l'usage du libre arbitre '.— Ainsi en substituant à la pr: iternelle la providence de l'Etat, les Sociali ut contre la justice naturelle, et brisent

les liens de la tamille.

Mus en dehors de l'injustice de leur système on n'en voit que trop toutes les funestes conséquences : la perturbation dans tous les rangs de la société ; une odieuse et Insunports!!> servitude pour tous les citoyens; la porte ouverte a toutes les jalousies, à tous les mécontentements, à toutes les discordes ; le talent et l'habileté privés de leurs stimulants, et, comme conséquence nécessaire, les richesses taries dans leur source ; enfin, à la place de cette égalité tant révée, l'égalité dans le dénüment, dans l'indi gence et la misere,

Par tout ce que Nous venons de dire, on comprend que la théorie socialiste de la propriété collective est absolument à répudier comme préjudiciable à ceuxlà méme qu'on veut secourir, contraire aux droits naturels des individus, comme dénaturant les fonctions de l'Etat et troublant la tranquillité publique. Qu'il reste done bien établi, que le premier fondement à poser par tous ceux qui veulent sincér it le bien du peuple, c'est l'inviolabilité de la propriété privée, A présent expliquons où il convient de chercher le remede tant désiré.

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C'est avec assurance que Nous abordons ce sujet, et dans toute ln plénitude de Notre droit; car Ja question. qui s'agite est d'une nature telle, qu'à moins de faire app la religion et à l'Eglise, il est impossible de lui ti er jamais une solution efficace. Or comme c'est à Nous principalement, que sont confiées la sauvegarde de la religion et la dispensation de ee qui est du domaine de l'Eglise, Nous taire serait aux yeux de tous négliger Notre devoir.— Assurément, une questions de cette gravité demande encore à d'autres agents leur part d'activité et d'eflorts: Nous voulons parler des gouvernants, des maitres et des riches, des ouvriers eux-mêmes cont le sort est ici en jeu. Mais, ce que Nous affirmons sans hésitation, c'est l'inanité de leur action en dehors de celle de l'Eglise. C'est l'Eglise, en effet, qui puise dans l'Evangile des doctrines capables soit de mettre fin au conilit, soit au moins de l'adoucir, en lui enlevant tout ce qu'il a d'àpreté et d’aigreur : l'Eglise qui ne se contente pas d'éclairer l'esprit de ses enseignements, mais s'efforce encore de régler en conséquence vie et les mœurs d’un chacun ; l'Eglise, qui par une foule d'institutions éminemment bienfaisantes, tend à améliorer le sort des classes pauvres; l'Eglise, qui veut et désire ardemment que toutes les classes mettent en commun leurs lumières et leurs forces, pour donner à la question ouvrière la meilleure solution possible ; l'Eglise enfin, qui estime que les lois et l'autorité publique doivent, avec mesure sans doute et avec sagesse, apporter à cette solution leur part de concours.

Le premier principe à mettre en relief, c'est que l'homme doit prendre en patience sa condition: il est impossible que dans la société civile tout le monle soit élevé au méme niveau. Sans doute, c'est là

jue poursuivent les Socialistes ; mais contre le natures tous les efforts sont vains. C'est elle, en effet, qui a établi parmi les hommes des diflérences

————————————M MM ÀHÓ€—

aussi multiples que profondes; diflérences d'intelligence, de talent, d'habileté, de santé, de force ; dif-

férences nécessaires, d’où nait spontanément l'inégalité des conditions. Cette inégalité d’ailleurs tourne au prolit de tous, de la société comme des individus ; car la vie sociale requiert un organisme très-varié et des fonctions fort diverses, et ce qui porte précisément les hommes à se partager ces fonctions, c'est surtout la diflérence de leurs conditions respectives. —Pour ce qui regarde le travail en particulier, l'homme dans l'état méme d'innocence, n'était pas destiné à vivre dans l'oisiveté ; mais, ce que la volonté eut embr ssé librement comme une exercice agréable, la nécessité y a ajouté, apres le péché, le sentiment de la douleur et l'a imposé comme une expia-

tion,

La terre sera maudite à cause de toi: c'est par le travail que tu en tireras de quoi le nourrir lous les Jours de ta vie’. Il en est de méme de toutes les autres calamités qui ont fondu sur l'homme : ici-bas elles n'auront pas de fin ni de tréve, parce que les funestes fruits du péché sont amers, Apres, acerbes, et qu'ils accompagnent nécessairement l’homme jusqu'à son dernier soupir. Oui, la douleur et la souflrance sont l'apanage de l'humanité, et les hommes auront beau tout essayer, tout tenter pour les bannir, ils n'y réussiront jamais, quelques ressources qu'ils déploient et

quelques forces qu'ils mettent en jeu.

S'il en est

qui s'eu attribuent le pouvoir, qui promettent au pauvre une vie exemple de souffrances et de peines toute au repos et à de perpétuelles jouissances, ceuxlà certainement trompent le peuple, et lui dressent des embüches, où se cachent pour l'avenir de plus

terribles calamités que celles du présent.

Le meilleur parti consiste à voir les choses telles

1 Waledicla terra in opere tuo: tr laboribu vile tue. Gen TII, 17.

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ea cunctts diebus

intellie; difinégatourne vidus ; arié et récisé- 3, c'est ctives.

culier, as desolonté agróéa- | sentiex pia-

le tras Jours os Cala- : n'auinestes qu'ils va son ce sont t beau y réusnent et en est ent au peines , ceuxressent e plus

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qu'elles sont et, comme Nous l'avons dit, à chercher ailleurs un remede capable de soulager aos maux. L'erreur capitale dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies nées l'une de l'autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres, pour qu'ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. C'est là une aberration telle, qu'il faut placer la vérité dans une doctrine contrairement opposée ; car de méme que dans le corps humain, les membres, malgré leur diversité, s'adaptent merveilleusement l'un à l'autre de façon à former un tout exactement proportionné, et qu'on pourrait appeler symétrique ; ainsi, dans la société, les deux classes sont destinées parla nature à s'unir harmonieusement, et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une de l'autre : il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l'ordre et la beauté ; au contraire d'un conflit perpétuel, il ne peut résulter que la confusion et des luttes sauvages. Or pour dirimer ce conflit et couper le mal dans sa racine, les institutions chrétiennes possèdent une vertu admirable et multiple.—Et d'abord, toute l'économie des vérités religieuses, dont l'Eglise est la gardienne et l'interpréte, est de nature à rapprocher et réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels et, avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice. Parmi ces devoirs, voici ceux qui regardent le pauvre et l'ouvrier: il doit fournir intégralement et fidélement tout le travail auquel il s'est engagé par contrat libre et conforme à l'équité; il ne doit point léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne; ses revendications mêmes doivent être exemptes de violences, et ne jamais revétir la forme de séditions : il doit fuir les hommes pervers qui, dans des discours artificieux, lui suggèrent des espérances exagérées et lui font

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de grandes promesses, lesquelles n'aboutissent qu'à de stériles regrets et à la ruine des fortunes —Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l'ouvrier en esclaves, mais respecter en lui la dignité de l'homme relevée encore par celle du chrétien. Le travail du corps, au témoignage commun de la raison et de la philosophie chrétieune, loin d'étre un sujet de honte, fait honneur à l'homme, parce qu'il lui fournit un noble moyen de sustenter sa vie. Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user des hommes comme de vils instrumentis de lucre, et de ne les estimer qu'en proportion de la vigueur de leurs bras.—Le christianisme, en outre, prescrit qu'il soit tenu compte des intéréts spirituels de l'ouvrier et du bien de son àme. Aux maitres il revient de veiller qu'il y soit donné pleine satifaction, que l'ouvrier ne soit point livré à la séduction et aux sollicitations corruptrices, que rien ne vienne affaiblir en lui l'esprit de famille ni les habitudes d'économie. Défence encore aux maitres d'imposer à leurs subordonnés, un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur áge ou leur sexe.

Mais parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. Assurément, pour fixer la juste mesure du salaire, il y a de nombreux points de vue à considérer. D'une maniére générale, que le riche et le patron se souviennent qu'exploiter la pauvreté et la misère, et spéculer sur l'indigence, sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines; que ce serait un crime à crier vengeance au ciel, que de frustrer quelqu'un du prix de ses labeurs. — Voilà que le salaire que vous avez dérobé par fraude à vos ouvriers, crie contre vous ; el leur clameur est montée jusqu'aux oreilles du Dieu des armées,

1 eve merces operariorum qua fraudata est a vobis, clamat : et clamor eorum in aures Domini Sabaoth introtvti, Jac. V, 4.

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Enfin les riches doivent s'interdire religieusement tout acte violent, toute fraude, toute manœuvre usuraire qui serait de nature à porter atteinte à l'épargne du pauvre, et cela d'autant plus que ce!uici est moins apte à se défendre, et que son avoir, pour être de mince importance, revêt un caractère plus sacré,

L'obéissance à ses lois, Nous le demandons, ne suffirait-elle pas à elle seule pour faire cesser tout antagonisme, et en supprimer les causes ? L'Eglise toutefois, instruite et dirigée par Jésus-t 'hrist, porte ses vues encore plus haut; elle propose un corps de préceptes plus complet, parce qu'elle ambitionne de resserrer l'union des deux classes, jusqu'à les unir l'une à l'autre par les liens d'une véritable amitié.— Nul ne saurait avoir une intelligence vraie de la vie mortelle, ni l'estimer à sa juste valenr, s'il ne s'élève jusqu'à la considération de cette autre vie qui est immortelle. Supprimez celle-ci, et aussitôt toute forme et toute vraie notion de l'honnéte disparait : bien plus, l'univers entier devient un impénétrable mystére,

Quand nous aurons quitté cette vie, alors seulement nous commencerons à vivre: eette vérité, que la nature elle-méme nous enseigne, est un. dogme chrétien sur lequel repose, comme sur son premier fondement, toute l'économie de la religion. Non, Dieu ne nous a point faits pour ces choses fragiles et caduques, mais bien pour les choses célestes et éternelles ; ce n'est point comme une demeure fixe qu'il nous a donné cette terre, mais comme un lieu d'exil. Que vous abondiez en richesses et en tout ce qui est réputé biens de la fortune, ou que vous en soyez privé, cela n'importe nullement à l'éternelle béatitude; l'usage que vous en ferez, voilà ce qui intéresse. Par sa surabondante rédemption, Jésus-Christ n'a point supprimé les afflictions, qui forment presque

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toute la treme de la vie mortelle; il en a fait des stimulants de la vertu et des sources du mérite: en sorte qu'il n'est point d'homme qui puisse prétendre aux récompenses éternelles, sil ne marche sur les traces sanglantes de Jésus-Christ : — Sf nous souffrons avec lui, nous règnerons avec fui’. D'ailleurs en choisissant de lui-même Ja croix et les tourments, il en a singulièrement adouci le poids et l'amertume et, afin de nous rendre encore la soufl;ance plus supportable, à l'exemple il a ajouté sa grace et la promesse d'une récompense sans fin: Car le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en celte vie, produit en nous le poids éternel d'une gloire souveraine et incomparable’. — Ainsi, les fortunés de ce monde sont avertis que les richesses ne les mettent pas à couvert de la douleur; qu'elles ne sont d'aucune utilité pour la vie éternelle, mais plutót un obstacle ; qu'ils doivent trembler devant les menaces inusitées que Jésus-Christ profère contre les ri-hes *; qu'enfin, il viendra un jour, où ils devront rendre a Dieu, leur juge, un compte très-rigoureux de l'usage qu'ils auront fait de leur fortune

Sur l'usage des richesses, voici l'enseignement d'une excellence et d'une importance extrémes, que la philosophie a pu ébaucher, mais qu'il appartenait à l'Eglise de nous donner dans sa perfection, et de faire descendre de la connaissance à la pratique. Le fondement de cette doetrine est dans la distinction entre la juste possession des richesses et leur usage 1 légitime, La propriété privée, Nous l'avons vu plus haut, est pour l'homme de droit naturel: l'exercice de ce droit est chose, non seulement permise, surtout

à ; À AA er I Se sustinebimnus et convregnabimus, |. TY Tim. II, 12. 2 Jd enim quod in praesenti est momentaneum et dese tribulationts nost! supra modum. in suólimitate aternum gloria pondus operatur tn nobis, UU Cor. IV, 17.

3 Mat. XIX, 23-24.

4 Luc. VI, 2425.

it des fe: en rendre sur les uffrons ins en nts, 1l rtume » plus et la noment ons en gloire ; de ce iettent ucune stacle ; asitées enfin, dre à l'usage

ement s, que rtenait et de atique.

inction usage 'u plus xercice surtout

fois que vous avez fait l'aumóne à l'un des moin

a qui vit en société, mais encore abs saire', Maintenant, si l'on demande e faire consister l'usage des biens l'Eglise répond sans hésitation: Sows ce rapport l'homme ne dott pas tenir les choses extérieures pour privées, mais bien pour

communes, de telle sorte qu'il en fasse part facilement aux

autres dans leurs nécessités. C'est pourquoi l'Apôtre a

dit: Ordonne aux riches de ce siècle de donner facilement, de communiquer leurs richesses 2.

Nul assurément n’est tenu de soulager le prochain en prenant sur son nécessaire ou sur celui de sa famille; ni méme de rien retrancher de ce que les convenanees ou la bienséance imposent à sa personne: Nul en effet ne dott vivre contrairement aux convenances 3. Mais dés qu'on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, c'est un devoir de verser le superilu dans le sein des pauvres4, C’est un devoir, non pas de stricte justice, sauf les cas d'extréme nécessité, mais de charité chrétienne ; un devoir, par conséquent, dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine. Mais au dessus des jugements de l'homme et de ses lois, il y a la loi et ^ jugement de Jésus-Christ, notre Dieu, qui nous persuade de toutes les manières de faire habituellement l'aumóne: | // ¢s/ plus heureuz, dit-il, celui qui donne que celui qui reçoit 5, et le Seigneur tiendra pour faite ou refusée à lui-méme, l'aumóne qu'on aura faite ou refusée aux pauvres: Chaque

dres de

ment néces- 1 quoi il faut

D Zicètum est, quod homo pr te possin i HUM necessarium ad humanam itam... SN, Fhom. IT, IL. Ouest LXVL a

2 Quantum ad hoc, non debet t i es ut Proprias, sed UE communes, ut. scilicet. de faci i. , "Hh? tn necessitate Viorum. Unde Apostolus dict) Ut bu its wil tribuere, commiunicare. LIL O bln MV MX

3 Nullus enim. inconvenienter. vive) LO Meee On, XXXII, a, 6.

4 Quod superest, dat emosinam, Luc. XI, 41

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mes frères que vous voyez, cest à moi que vous l'avez faite :.

Du reste voici en quelques mots le résumé de cette doctrine ; Quiconque a recu de la divine Bonté une plus grande abondance, soit des biens externes ei du corps, soit des biens de l'âme, lesa reçus dans le but de les faire servir à son propre perfectionnement et, tout ensemble, comme ministre de la Providence, au soulagement des autres. C’est pourquoi, “ quelqu'un a-t-il le talent de la parole, qu'il prenne garde de se taire; une surabondance de biens, qu'il ne laisse pas la miséricorde s'engourdir au fond de son cœur ; l'art de gouverner, qu'il s'applique avec soin à en partager avec son frère et l'exercice et les fruits."

Quant aux deshérités de la fortune, ilsapprennent de l'Eglise que selon le jugement de Dieu lui-méme, la pauvreté n'est pas un opprobre, et qu'il ne faut pas rougir de devoir gagner son pain à la sueur de son front — C'est ce que Jésus-Christ Notre Seigneur a confirmé par son exemple, lui, qui /owt riche qu'it était, s’est fail indigent » pour le salut des hommes ; qui fils de Dieu et Dieu lui-méme a voulu passer aux yeux du monde pour le fils d'un artisan ; qui est allé jusqu'à consumer une grande partie de sa vie dans un travail mercenaire

Quiconque tiendra sous son regard le modéle divin comprendra plus facilement ce que Nous allons dire : que la vraie dignité de l'homme et son excellence réside dans ses mœurs, c'est-à-dire dans sa vertu; que la vertu est le patrimoine commun des mortels,

1 Quamdiu. fecistis und ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis. Mat. XXV. 40.

2 Habens ergo talentum, curet omnino ne taceat ; habens rerum affluen Uam, vietlet ne a misericordia favgrtat rpescat ; habens artem qua regttur magnopere studeat ut usum atque utilitatem dllius cunt "no f S. Greg. Magn. in Evang. om. IN, n. 17.

II Cor. VIII, 9. AKsgenus factus est cum essct dives.

4 Nonne hic est faber, filius Mariw ^ Mare. VI. 3.

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mé de Bonté termes dans le rement idence, * quel-

garde wil ne de son c soin à ruits,.” ennent méme, ie. faut eur de igneur he qu'il mmes ; ser aux est allé ie dans

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à la portée de tous, des petits et des grands, des pauvres et des riches; que seuls la vertu et les mérites, n'importe en quel sujet ils se trouvent, obtiendront la récompense de l'éternelle félicité. Bien plus, c'est vers les classes infortunées que le Cœur de Dieu semble sincliner davantage. — Jésus-Christ appelle les pauvres des bicnheureux ,; il invite avec amour à venir à lui, afin quil les console, tous ceux qui souffrent et qui pleurent ; il embrasse avec une charité plus tendre les petits et les opprimés. Ces doctrines sont bien faites, sans nul doute, pour humilier l'àme hautaine du riche et le rendre plus condescendant, pour relever le courage de ceux qui souf- Irent et leur inspirer de la résignation. Avec elles se trouverait diminué un abime cher à l'orgueil, et l'on obtiendrait sans peine que des deux cótés, on se donne la main et que les volontés s'unissent dans une méme amitié,

Mais c’est encore trop peu de la sainte amitié: si l'on obéit aux préceptes du christianisme, c'est dans l'amour fraternel que s'opereral'union. De part et d'autre on saura ct l'on comprendra que les hommes sont tous absolument issus de Dieu, leur pére commun; que Dieu est leur unique et commune fin, et que lui seul cst capable de communiquer aux anges et aux hommes une félicité parfaite et absolue ; que tousils ont été également rachetés par Jésus-Christ, et rétablis par lui dans leur dignité d'enfants de Dieu, et qu'ainsi un véritable lien de fraternité les unit, soit entre eux, soit au Christ leur Seigneur, qui est le premier né de beaucoup d^ frères, primogenitus in multis fratribus, Ils sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les trésors de la gráce, appartiennent en commun et indistinctementà tout | genre humain, et qu'il n'y a que les indignes qui

1 Beat? Pauperes spiritu. Mat, XV, 55.

On rati estis. Mat. XI, 28.

2 lente ad me omnes qui laboratis 4

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soient déshérités des biens célestes : Si vows éles fils, vous éles aussi hériliers, hériliers de Dieu, cohéritiers de Jesus- Christ 1.

Telle est l'éconoinie des droits et des devoirs qu'enseigne la philosophie chrétienne. Ne verrait-on

pas l'apaisement se faire à bref delai, si ces enseigneis pouvaient une fois prévaloir dans les sociétés ?

Cependant l'Eglise ne se contente pas d'indiquer la voie qui méne au salut, elle y conduit et applique de sa propre main le remède au mal. Elle est tout entière à instruire et à élever les hommes d’après ses : principes et sa doctrine, dont elle a soin de répandre [ les eaux vivifiantes, aussi loin et aussi largement qu'il 4 lui est possible, par le ministere des Evéques et du

Clergé. Puis elle s'efforce de pénétrer dans les : Ames, et d'obtenir des volontés, qu'elles se laissent i conduire et gouverner par la régle des préceptes divins. Ce point est capital et d'une importance trés-grande, parce qu'il (ABUS à comme le résumé de tous les intéréts qui sont en cause, et ici l’action i de l'Eglise est souveraine. M instruments dont elle dispose pour touc^er les âmes, elle les a reçus à cette fin de Jé sus dolet et ils portent en eux l'effia cace d'une vertn divine. Ce sont les seuls qui soient | À aptes à pénétrer jusque dans les profondeurs du cœur

humain, qui soient capables d'amener l homme à obéir | aux injonctions du devoir, à maitriser ses passions, à | aimer Dieu et son prochain d'une charité sans mesure, à briser courageusement tous les obstacles qui entravent sa marche dans la voie de la vertu.

Il suffit ici de passer légèrement en revue par la | pensée les exemples de l'antiquitó. Les choses et les | faits que nous allons rappeler sont hors de toute cou- | troverse. Ainsi il n'est pas douteux que la sociéte civile des hommes a été foncièrement renouvelée

les fils, ders de

levoirs rait-on selgneétés ?

diquer plique st tout res ses andre it qu'il et du ns les aissent 'ceptes )rtance résumé action s dont eçus à x leffi- | soient u cœur à obéir ions, à nesure, entra-

par la s et les te cousociete uvelée

par les institutions chrétiennes : que cette rénovation a eu pour effet de relever le niveau du genre humain, ou pour mieux dire, de le rappeler de la mort à la vie et de le porter à un si haut degré de perfection, qu'on en vit de semblable ni avant ni aprés, et qu'on n'en verra jamais dans tout le cours des siècles. Qu’entin ces bienfaits, c'est Jésus-Christ qui en a été le principe et qui en doit être la fin ; ear de méme que tout est parti de Ini, ainsi tout doit lui étre rapporte Quand done l'Evangile eut rayonné dans le monde, quand les peuples eurent appris le grand mystére de l'inearnation du Verbe et de la rédemption des hommes, la vie de Jésus-Christ, Dieu et homme, envahit les sociétés et les imprègna tout entières de sa foi, de ses maximes et de ses lois. C'est pourquoi Si la société humaine doit étre gœuérie, elle ne le sera que par le retour à la vie et aux institutions du christianisme, A qui veut régénérer une société queleonque en décadence, on preserit avec raison de la ramener à ses origines, Car la perfection de toute société consiste à poursuivre et à atteindre la fin en vue de laquelle elle a été fondée : en sorte que tous les mouvements et tous les actes de la vie sociale naissent du méme principe d'ou est née la société. Aussi s'écarter de la fin c'est aller à la mort, y revenir c'est reprendre de la vie. Et ce que Nous disons du corps social tout entier, s'applique également à cette classe de citoyens qui vivent de leur travail et qui forment la trés grande majorité. rt qne l'on ne pense pas que l'Eglise se laisse tel-

lement absorber par le soin des Ames, q. elle néglige ce qui se rapporte à la vie terrestre et mortelle Pour ce qui est en partienlier de la classe des travailleurs, elle fait tous les efforts pour les arracher à la misère et leur procurer «1, sort meilleur. Et certes, ce n'est pas un faible appois! qu'elle apporte à cette œuvre par le fait seul, qu'vl/» travaille, de paroles et d'actes, à ramener les hommes à la vertu. Les mœurs chré-

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tiennes, dés qu'elles sont en honneur, exercent naturellement sur la prospérité temporelle leur part de bienfaisante influence; car elles attirent la faveur de Dieu, principe et source de tont bien; elles compriment le désir excessif des richesses et la soif des voluptés: ces deux fléaux qui trop souvent jettent l'amertume et le dégoüt dans le sein méme de l'opulence '; elles se contentent enfin d’une vie et d'une nourriture frugale, et suppléent par l'économie à la modicité du revenu, loin de ces vices qui consument non-seulement les petites, mais les plus grandes fortunes, et dissipent les plus gras patrimoines. L'Eglise, en outre, pourvoit encore directement au bonheur des classes déshéritées, par la fondation et le soutien d'institutions qu'elle estime propres à soulager leur misere: et méme en ce genre de bienfaits, elle a tellement excellée, que ses propres ennemis ont fait son éloge.

Ainsi, chez les premiers chrétiens, telle était la vertu de leur charité mutuelle, qu'il n'était point rare de voir les plus riches se dépouiller de leur patrimoine en faveur des pauvres. Aussi, l'indigence n'était-elle point connue parmi eux’; les Apôtres avaient confié aux diacres, dont l’ordre avait été spécialement institué à cette fin, la distribution quotidienne des aumones; et S. Paul lui-même, quoique absorbé par une sollicitude qui embrassait toutes les Églises, n'hésitait pas à entreprendre de pénibles voyages, pour aller en personne porter des secours aux chrétiens indigents. Des secours du méme genre étaient spontanément offerts par les fidèles dans chacune de leurs assemblées; ce que Tertullien appelle /es dépols de la piété, parce qu'on les employait à entretenir el d inhumer les personnes indigentes, les orphelins pauvres ces deux sexes, les domestiques âgés

I Tim. V, 10.

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les victimes du naufrage ,.— Voilà comment peu-à-peu s'est formé ce patrimoine, que l'Eglise a toujours gardé avec un soin religieux, comme le bien propre dela famille des pauvres. Elle est allée jusqu'à assurer des secours aux malheureux, en leur épargnant lhumiliation de tendre la main. Car cette commune mere des riches et des pauvres, profitant des merveilleux élans de charité qu'elle avait partout provoqués, fonda des sociétés religieuses et une foule d’antres institutions utiles, qui ne devaient laisser sans soulagement à peu prés aucun genre de misère. I] est, sans doute, un certain nombre d'hommes aujourd'hui, qui, fidéles échos des paiens d'autrelois, en viennent Jusqu'à se faire, méme d'une charité aussi merveilleuse, une arme pour attaquer l'Eglise; et l'on a vu une bienfaisance établie par les lois civiles se subtituer à la charité chrétienne; mais cette charité quise voue tout entiére et sans arrière pensée à l'utilité du prochain, ne peut étre supplée par aucune industrie humaine. L' Eglise seule possède cette vertu, parce qu'on ne lapuise que dans le Cœur Sacré de Jesus-Christ et que c'est errer loin de Jésus-Christ que d'étre éloigné de son Eglise,

Toutefois il n'est pas douteux que pour obtenir le résultat voulu, il ne faille de plus recourir aux moyens humains. Ainsi tous ceux que la question regarde doivent viser au méme but et travailler de concert chacun dans sa sphére. Ilya là comme une image de la Providence gouvernant le monde ; car nous voyons d'ordinaire que les faits et les évènements qui dépendent de causes diverses sont la résultante de leur action commune.

Or quelle part d'action et de reméde sommes-nous en droit d'attendre de l'Etat ? Disons d’abord que par Etat nous entendons ici non point tel gouverne-

I Apod, LE XXXIX.

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ment établi chez tel peuple en particulier, mais tont gouvernement qui répond aux préceptes de la rais naturelle et des enseignements divins, enseignements que Nous avons exposés Nous-méme, spécialement dans Nos Lettres Encycliques sur la constitution chrétienne des sociétés.

Ce qu'on demande aux gouvernants, c'est un concours d'ordre général qui consiste dans léconomie tout entiere des lois et des institutions ; Nous voulons dire, qu'ils doivent faire en sorte qu», de l'organisation méme et du gouvernement de la société, d'écoule spontanément et sans effort la prospérité tant publique que privée.

Tel est en effet l'office de la prudence civile, et le devoir propre de tous ceux qui gouvernent, Or ce qui fait une nation prospère, ce sont des mœurs pures, des familles fondées sur des bases d'ordre « de moralité, la pratique de la religion et le respect de la justice, une imposition modérée et une répartition équitable des charges publiques, le Dante de l'industrie et du commerce, une agriculture floris-

sante ot d'autres éléments, s'il en est, du méme genre: toutes choses que l'on ne peut perfectionner, sans faire monter d'autant la vie et le bonheur des citoyens. De méme done que par tous ces moyens, |’ lita

peut se rendre utile aux autres classes, de mémeil peu

grandement améliorer le sort de la classe ouvrier

i et cela dans toute la rigueur de son droit, et sans | avoir à redouter le reproche d'ingérence; car, en i sorta même de son office, l'Etat doit servir l'intérét "mun. Et il est évident que plus se multiplie- : ront les avantages résultant de cette action d'ordre | Bündlal et moins on aura besoin de recourir à d'au- | tres expédients pour remédier à la condition des | travailleurs

| Mais voici une autre considération qui atteint plus profondément encore notre sujet. La raison formelle de toute société est une et commune à tousses mem-

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bres, grands et petits. Les pauvres, au méme titre jue ies riches, sont, de pa: le droit naturel, des ciloyens, Ces -ü-re Gu nombre des parties vivantes dont se compose, par l'intermédiaire des familles, le corps entier de la nation, pour ne pas dire qu'en toutes les

cités ils sont le grand nomb: Comme donc il serait déraisonnable de pourvoi ne classe de citoyens d'en négliger l'aut levient évident

que l'autorité. publique doit aussi rendre les mesu- ^. voulues, pour sauvegarder le salut ot les intérêts de la classe ouvrière, Si elle y manque, elle viole la stricte justice qui veut qu'à chacun soit rendu ce jui lui est dû. A ce sujet S. Thomas dit fort sagement: De méme que la partie et le tout s "n quelque manière une méme chos inst ce qui appartient au tout esi en quelque sorte d chaque partie’, C'est pourquoi

parmi les graves et les nombreux devoirs des gouvernants qui veulent pourv ‘me il convient au bien public, celui qui don us les autres, consiste à avoir soin également de les classes de citoy-

ens, en observant rigoureus: ent les lois de la justice, dite distributive.

Mais quoique tous les citoyens, sans exception, doivent apporter leur part à la masse des biens ommuns, lesquels du reste par un retour naturel, se epartissent de nouveau, entre les individus, néanmoins les apports respectifs ne peuvent être ni los mémes, ni d'égale mesure. Quelles que soient les vicissitades, par lesquelles les formes de wouvernement sont appelées à passer, il y aura toujours entre les citoyens ces inégalités de conditions, sans lesquelles une société ne peut ni exister ni se concevoir. À tout prix, il faut des hommes qui gouvernent, qui fassent des iois, qui rendent la justice, qui enfin par leurs conseils ou par voie d'autorité, ad ministrent les

D Steut pars et totum quodam modo sunt idem, ita td quod est tottus. 2uo-

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