‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 80 sur 155 · BG REM · texte numérisé non relu

BG REM

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haut est celle qu'on nomme liberté de consience, Que si l'on entend par là que chacun peut indifférernment à son gré rendre ou ne pas rendre un culte à Dieu. les arguments qui ont été donné plus haut suffisent à le reluter —Mais on peut l'entendre aussi en ce sens que l’homme a, dans l'Etat, le droit de suivre, d'après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu, et d'accomplir ses préceptes, sans que rien puisse l'en empécher. Cette liberté, la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu, qui protège si glorieusement la dignité de la personne humaine, est au-dessus de toute violence et de toute oppression, et elle a toujours été l'objet des vœux de l'Eglise et de sa particulière affection. C'est cette liberté que les apótres ont revendiquée avec tant de constance, que les apologistes ont défendue dans leurs écrits, qu'une foule innombrable de martyrs ont consacrée de leur sang. Et ils ont eu raison: car la grande et très juste puissance de Dieu sur les hommes, et d'autre part, le grand et supréme devoir des hommes envers Dieu, trouvent l'un et l'autre dans cette liberté chrétienne un éclatant témoignage. Elle n'a rien de commun avec des dispositions factieuses et révoltées, et, d'aucune facon, il ne faudrait se le figurer comme réfractaire à l'obéissance due à la puissance publique; car ordonnner et exiger l'obéisssance aux commandements n'est un droit de la puissance humaine qu'autant qu'elle n'est pas en désaccord avec la puissance divine et qu'elle se renferme dans les limites que Dieu lui & marquées. Or, quand elle donne un ordre qui est ouvertement en désaccord avec ta volonté divine, elle s'écarte alors loin de ces limites, etse met du méme coup en conflit avec l'autorité divine : il est done juste alors de ne pas ohéir.

Mais les partisans du /ibéralisme, qui, en méme temps qu'ils attribuent à l'Etat un pouvoir despotique et sans-limites, proclament qu'il n'y a aucun

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Que compte à tenir de Dieu dans la conduite de la vie, em. | ne reconnaissent pas du tout cette liberté dont tok 4 Nous parlons et qui est unie intimement à l'honnéaut i teté et à la religion ; et ce qu'on fait pour la conser. dre i ver, ils l'estiment fait à tort et contre l'Etat, S'ils roit I disaient vrai, il n'y aurait pas de domination si r, la tyrannique qu'on ne dût accepter et subir. ans Le plus vif désir de l'Eglise serait sans doute de raie voir pénétrer dans tous les ordres de l'Etat et y recejeu, voir leur application ces principes chrétiens que la Nous venons d'exposer sommairement, Car il posnee sédent une merveilleuse efficacité pour guérir les bjet maux du temps présent, ces maux dont on ne peut ion. se dissimuler nile nombre ni la gravité, et qui sont |uée nés, en grande partie, de ces libertés tant vantées, et dé. où l'on avait cru voir renfermées des germes de salut able et de gloire. Cette espérance a été déçue par les faits, ont Au lieu de fruits doux et salutaires, sont venus des 4 à de fruits amerset empoisonnés. Si l'on cherche le remé- | d et de, qu'on le cherche dans le rappel des saines doctrivari nes, desquelles seules on peut attendre avec confiance bela conservation de l'ordre et, par là même, la i avec garantie de la vraie liberté.—Néanmoins, dans ji "une son appréciation maternelle, l'Eglise tient compte taire du poids accablant de l'infirmité humaine, et elle i ron n'ignore pas le mouvement qui entraine à notre SM ents 1 époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tant tout en n’accordant de droits qu'à ce qui est vrai et anda : honnéte, elle ne s'oppose pas cependant à la toléque rance dont la puissance publique croit pouvoir user ; nm | à l'égard de certaines choses contraires à la vérité à v0: et à la justice, en vue d'un mal plus grand à éviter, rites, ou d'un bien plus grand à obtenir ou à conserver. orité Dieu lui-méme dans sa Providence, quoique infini- à E ment bon et tout puissaut, permet néanmois l'exis- : ame : tence de certains maux dans le monde, tantôt pour poti- ne point empécher des biens plus grands, tantót ücun pour empêcher de plus grands maux. Il convient,

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dans le gouvernement des Etats, d'imiter Celui qui couvernele monde, Bien plus, se trouvant impuissante à empécher tous les maux particuliers, l'antorite des hommes doit permettre et laisser tmpuntes bien des choses quatteint pourtant et à juste litre la vindicte de la P.ovidence divine (6), Néanmoins, dans ces conjonctures, si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et méme doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver ni le vouloir en lui-même : car étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun, que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu qui, en laissant le mul exister dans le monde, ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive pas, mais veut permettre que le mal arrive El cela est bon (7). Cette sentence du Docteur angélique contient, en une | brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal. — Mais il faut reconnaitre, pour que Notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un Etat, plus les conditions de cet Etat s'écartent de la perfection; et, de plus, 1 que la tolérance du mal, apparte.'ant aux principes | de la prudence politique, doit étre rigoureusement | circonscrite dans les limites exigées par sa raison i d'étre, c'est-à-dire par le salut public. C'est pourqnoi, si elle est nuisible au salut publie on qu'elle soit

1 pour l'Etat la cause d'un. plus grand mal, la consé- | quence est qu'il n'est pas permis d'en user car, dans i ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais | si, en vue d'une condition particulière de l'Etat,

l'Eglise acquiesce à certaines libertés modernes, non qu'elle les préfèrent en elles-mémes, mais parce qu'elle juge expédient de les permettre et que la situation vienne ensuite à s'améliorer, elle usera i (6) Saint August de Lib, Arb, lib. 1, cap. 6 num. 14.

(7) Saint Th. p. 1. qu. XIX, a, 9. ad 3.

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évidemment de sa liberté en employant tous les moyens, persnasions, exhortations, prieres, pour remplir, comme c’est son devoir, la mission qu'elle a reçue de Dieu, à savoir, de procurer aux hommes le salut éternel. Mais une chose demeure toujours vraie, c'est que la liberté accordée indifféremment à tous et pour tout, n'est pas, comine nous l'avons souvent répét(, désirable par elle-même, puisquil répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mémes droits. Et en ce qui touche la tolérance, il est étrange de voir à quel point s'éloignent de l'équité et de la prudence de l'Eglise ceux qui professent le /ibéralisme. En effet, en accordant aux citoyens, sur tous les points dont nous avons parlé, une libertó sans bornes, il dépassent tout à fait la mesure, et en viennnent au point de ne pas paraitre avoir plus d'égards pour la vertu et la vérité que pour l'erreur et le vice. Et quand l'Eglise, colonne et soutien de la vérité, maitresse incorruptible des rac»ü^s, croit de son devoir de protester sans re]che contre une /olérance si pleine de désordres et d'exo?s, ot d'en écarter l'usage criminel, ils l'aecus^st de manquer à la patience et à la douceur en ag: sant ainsi, ils ne soupçonnent meme pas qu'ils lui font nn crime de ce qui est présisément son mérite. D'ailleurs, il arrive bien souvent à ces grands próneurs de tolérance d'étre, dans la pratique, durs et serrés quand il s'agit du catholieisme: prodigues de libertés pour tous, ils refusent souvent de laisser à l'Eglise sa liberté.

Mais afin de récapituler brièvement, et pour plus de clarté, tout ce discours, avec ses conséquences, Nous disons en résumé que l'homme doit nécessairement rester tout entier dans une dépendance réelle et incessante à l'égard de Dieu, et que par eonséquent il est absolument impossible de comprendre la liberté de l'homme sans la soumission à Dieu et l'assujettissement à sa volonté, Nier €

cette souveraineté de Dieu ou refuser de s'y soumettre, ce n'est pas la liberté, c'est abus de la liberté et révolte ; et c'est. précisément d'une telle disposition d'àme que se constitue et que nait le vice capital du libéralisme. On peut, du reste, en distinguer plusieurs espéces; car il y a pour la volonté plus d'une forme et d'un degré dans le refus de l'obéissance due à Dieu ou à ceux qui participent à son autorité divine.

S'insurger complétement contre l'empire supréme de Dieu et lui refuser absolument toute obéissanee, soit dans la vie publique, soit dans la vie privée et domestique, c'est à la fois, sans nul doute, la plus grande dépravation de la liberté et la pire espéce libéralisme. C'est sur elle que doivent tomber sans restriction tous les blàmes que Nous avons jusqu'ici formulés

Immédiatement aprés vient le systéme de ceux qui, tout en concédant qu'on doit dépendre de Dieu, auteur et maitre de l'univers, puisque toute la nature est régie par sa Providence, osent répudier les règles de foi et de morale qui, dépassant lordre de la nature, nous viennent de l'autorité méme de Dieu ; ou prétendent, du moins, qu'il n'y a pas à en tenir compte, surtout dans les affaires publiques de l'Etat. Quelle est la gravité de leur erreur et combien peu ils sont d'accord avec euxmémes, Nous l'avons pareillement vu plus haut. C'est de cette doctrine que découle, comme de sa source et de son principe, cette pernicieuse erreur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; quand au contraire il est manifeste que ces deux pouvoirs, quoique bien différents dans leur mission et leur dignité, doivent néanmoins s'entendre dans la concorde de leur action et l'échange de leurs bons offices.

A cette erreur comme à un genre se ratache une double opinion.—Plusieurs, en effet, veulent

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entre l'Eglise et l'Etat une séparation radicale et totale : ils estiment que, dans tout ce qui concerne le gouvernement dela société humaine, dans les institutions, les mœurs, les lois, les fonctions publiques, l'instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention à l'Eglise que si elle n'existait pas: tout au plus laissent-ils aux membres individuels de la société la faculté de vaquer en particulier, si cela leur plait, aux devoirs de la religion. Contre eux gardent toute leur force les arguments par lesquels Nous avons réfuté l'opinion de la sépation de l'Eglise et de l'Etat, avec cette aggravation qu'il est complètement absurde que l'Eglise soit, en méme temps, respectée du citoyen et méprisé par l'Etat.

Les autres ne mettent pas en doute l'existence de l'Eglise, ce qui leur serait d'ailleurs impossible; mais ils lui enlévent le caractère et les droits propres d'une société parfaite et veuient que son pouvoir, privé de toute autorité législative, judiciaire, coercitive, se borne à diriger par l'exhortation, la persuation, ceux qui se soumetient à elle de leur plein gré et de leur propre vouloir. Cest ainsi que le caractére de cette divine société est, dans cette théorie, complètement dénaturé; que son autorité, son magistére, en un mot toute son action se trouve diminuée et restreinte, tandis que l'action et l'autorité du pouvoir civil est par eux exagérée jusqu'à vouloir que l'Eglise de Dieu, comme toute autre association libre, soit mise sous la dépendance et la domin:tion de lEtat—Pour les convaincre d'erreur, les apologistes ont employé de puissants arguments, que Nous n'avons pas négligés Nonsmêmes, particulièrement dans Notre encyclique Immortale Dei: et il en ressort que, par la volonté de Dieu, l'Eglise possède toutes les qualités et tous les droits qui caractérisent une société légitime, supérieure et de tous points parfaite.

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Beaucoup enfin n'approuvent pas cette séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais ils estiment qu'il faut amener l'Eglise à céder aux circonstances, obtenir qu'elle se prête et s'accommode à ce que réclame la prudence du jour dans le gouvernement des sociétés. Opinion honnéte si on l'entend d'une certaine maniére équitable d'agir, qui soit eonforme à la vérité et à la justice: à savoir que l'Eglise, en vue d'un grand bien à espérer, se montre indulgente et concéde aux circonstances de temps ce qu'elle peut concéder sans violer la sainteté de sa mission. Mais il en va tout autrement des pratiques et des doctrines que l'affaissement des moeurs et les erreurs courantes ont introduites contre le droit. Aucune époque ne peut se passer de religion, de vérité, de justice: grandes et saintes choses que Dieu ^ mises sous la garde de l'Eglise, à qui il serait dés lors étrange de demander la dissimulation à l'égard de ce qui faux ou injuste, ou la connivence avec ce qui peut nuire à la religion.

De ces considérations il résulte donc qu'il n'est aucunement permis de demander, de défendre, ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. Si vraiment la nature les avait conférées, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine. Il suit pareillement que ces diverses sortes de liberté peuvent, pour de justes causes, étre tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et an désordre.—Là enfin où les usages ont mis ces libertés en vigueur, lescitoyens doivent s'en servir pour faire le bien etavoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Eglise. Car une liberté ne doit être réputée légitime qu'en tant qu'elle accroit notre faculté pour le bien : hors de là, jamais.

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Quand on est sous le coup ou sous la ménace d'une domination qui tient la société sous la pression d'une violence injuste, ou prive l'Eglise de la liberté légitime, il est permis de chercher une autre organisation politique, sous laquelle il soit possible d'agir avec liberté. Alors en effet, ce que l'on "evendique, ce n'est pas cette liberté sans mesure et sans régle, mais c'est un certain allégement en vue du salut de tous; et ce que l'on cherche uniquement, c'est d'arriver à ce que, là où toute licence est donnée au mal, le pouvoir de faire le bien ne soit pas entravé.

En outre, préférer pour l'Etat une constitution tempérée par l'élément démocratique n'est pas en soi contre le devoir, à condition toutefois qu'on respecte la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir publie. Des diverses formes de gouvernement, pourvu qu'elles soient en elles-mémes aptes à procurer le bien des citoyens, l'Eglise n'en rejette aucune; mais elle veut, et la nature s’accorde avec elle pour l'exiger, que leur institution ne viole Is droit de personne et respecte particuliérement le droits de l'Eglise.

C'est louable de prendre part à la gestion des affaires publiques, à moins qu'en certains lieux, pour des circonstances particulière de choses et de temps, ne soit imposée une conduite différente. L'Eglise même approuve que tous unissent leurs efforts pour le bien commun, et que chacun, selon son pouvoir, travaille à la défense, à la conservation et à l'accroissement de la chose publique.

l'Eglise ne condamne pas non plus que l'on veuille affranchir son pays ou de l'étranger ou d'un despote, pourvu que cela puissese faire sans violer la Justice. Enfin, elle ne reprend pas davantage ceux qui travaillent à donner aux communes l'avantage de vivre selon leurs propres lois, et aux citoyens toutes les facilités pour l'aceroissement de leur bien

étre. Pour toutes les libertés civiles exemptes d'excés, l'Eglise eut toujours la coutume d’être une très fidèle protectrice ; ce qu'attes ent particulièrement les cités italiennes, qui trouvèrent sous le régime municipal la prospérité, la puissance et la gloire, alors que l'influence salutaire de l'Eglise, sans rencontrer opposition aucune, pénétrait toutes les parties du corps social.

Ces enseignements, inspirés par la foi et la raison tout ensemble, et que le devoir de Notre charge apostolique Nous a porté, Vénérables Fréres, à vous transinettre, seront, grace surtout à l'union de vos efforts avec les Nôtres, utiles à un grand nombre, Nous en avonsla confiance.—Pour Nous, dans l'humilité de Notre cœur, Nous élevons vers Dieu. nos regards suppliants, et Nous le conjurons instamment de vouloir bien répandre sur les hommes la lumière de sa sagesse et de son conseil, afin que, parla vertu de ces dons, ils puissent, sur des points d'une telle importance, voir la vérité, et que, comme il est raisonnable, en toutes conjonctures et avec une inébranlable constance, ils sachent conformer leur vie, soit privée, soit publique, à cette vérité,.—Comme gage de ces faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance, Nous vous sccordons, avec une tendre affection, à vous, Vénérables Fréres, ainsi qu’au clergé et au peuple dont chacun de vous a la direction, la bénédiction apostolique dans le Seigneur.

Donné a Rome, prés de Saint-Pierre, le 20 juin de l'année 1888, de Notre Pontificat la onziéme.

LEON XIII, PAPE

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