‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 79 sur 155 · ST · texte numérisé non relu

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l'autorité, c'est-à-dire sur un pouvoir véritablement capable d'établir ces devoirs et de définir ces droits, capable aussi de sanctionner ces ordres par des peines et des récompenses; toutes choses qui ne pourraient évidemment exister dans l'homme, s'il se donnait à lui-méme, en législateur supréme, la règle de ses propres actes. 1] suit donc de là que la loi naturelle n'est autre chose que la loi éternelle, gravée chez les étres doués de raison, et les inclinant vers l'acte el la fin qui leur conviennent, et celle-ci n’est elle-même que la raison éternelle de Dieu créateur et modérateur du monde.—A cette régle de nos actes, à ces freins du péché, la bonté de Dieu a voulu joindre certains secours, singulièrement propre à affermir, à guider la volonté de l'homme. Au premier rang de ces secours excelle la puissance de la gráce divine, laquelle, en éclairant l'intelligence et en inclinant sans cesse vers le bien moralla volonté salutairement raffermie et fortifiée, rend plus facile à la fois et plus sûr l'exercice de notre liberté naturelle. Et ce serait s'écarter tout à fait de la vérité que de s'imaginer que par cette intervention de Dieu les mouvements de la volonté perdent de leur liberté; car linfluence de la gráce divine atteint l'intime de l'homme et s’harmonise avec sa propension naturelle, puisqu'elle a sa source en Celui qui est l’auteur et de notre âme et de notre volonté et qui meut tous les étres d'une maniére conforme à leur nature. On peut méme dire que la gráce divine, comme le remarque le Docteur Angélique, par là méme qu'elle émane de l'auteur de la nature est merveilleusement et naturellement apte à conserver toutes les natures individuelles et à garder à chacune son caractére, son action, son énergie.

Ce qui vient d’être dit de la liberté des individus, il est facile de l'appliquer aux hommes qu'unit entre eux la société civile. Car ce que la raison et la loi naturelle font pour les invividus, la loi humaine

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promulguée pour le bien commun des citoyens l'aecomplit pour les hommes vivant eu société.— Mais parini les lois humaines, il en est qui ont pour objet ce qui est bon ou manvais natureilement, ajoutant à la prescription de pratiquer l'un et d'éviter l’autre une sanction convenable. De tels commandements ne tirent aucunement leur origine de la société des hommes; car, de méme que ce n'est pas la société qui a créé la nature humaine, ce n'est pas elle qui fait que le bien soit en harmonie, et le mal en désaccord avec cette nature; mais tout cela est antérieur à la société humaine elle-méme et doit absolument étre rattaché à la loi naturelle, et partant à la loi éternelle. Comme on le voit, les préceptes de droit naturel compris dans les lois des hommes n'ont pas seulement la valeur de la loi humaine; mais ils supposent avant tout cette autorité bien plus élevée et bien plus auguste qui découle de la loi naturelle elle-même et de loi éternelle. Dans ce genre de lois, l'office du législateur civil se borne à obtenir, au moyen d'une discipline commune, l'obéissance des citoyens, en punissant les méchants et les vicieux, dansle but de les détourner du mal et de les ramener au bien, ou dumoins de les empécher de blesser la société et de lui étre nuisibles.—Quant aux autres prescriptions de la puissance civile, elles ne procédent pas immédiatement et le plein-pied du droit naturel; elles en sont des conséquences plus éloignées et indirectes, et ont pour but de préciser les points divers sur lesquels la nature ne s'était prononcée que d'une maniére vague et générale. Ainsi, la nature ordonne aux citoyens de contribuer par leur travail à la tranquilité et à la prospérité publiques: dans quelles mesures, dans quelles conditions, sur quels objets, c'est ce qu'établit la sagesse des hommes, et non la nature. Or, ces régles particuliéresde conduite, crées par une raison prudente et intimées par un pouvoir légitime, constituent ce qu'on

appelle proprement une loi humaine. Visant la fin 1 propre de la communauté, cette loi ordonne à tous | les citoyens à'y courir, leur interdit de s'en écarter ; et, en tant qu'elle suit le nature et s'accorde avec ses prescriptions, elle nous conduit à ce qui est bien et nous détourne du contraire, Par où l'on voit que c'est absolument dans la loi éternelle de Dieu qu'il laut chercher la régle et la loi de liberté, non seulement pour les individus, mais aussi pour les sociétés humaines.—Done, dans une société d'hommes, la liberté digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plait : ce serait dans l'Etat une confusion extréme, un trouble qui aboutirait à l'oppression ; Ja liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les i | prescriptions de la loi éternelle. Et pour ceux qui | gouvernent la liberté n'est pas le pouvoir de com- [ | mander au hasard et suivant leur bon plaisir: ce : | serait un désordre non moins grave et souveraine- : ment pernicieux pour l'Etat; mais la force des lois | humaiaes consiste en ce qu'on les regarde comme : | une dérivation de la Ici éternelle et qu'il n'est aucune de leurs prescriptions qui n'y soit contenue comme dans le principe de tout droit, Saint Augustin dit “ avec une grande sagesse (2): Je pense que vous “ voyez bien aussi que, dans cette loi temporelle, il * n'y a rien de juste et de légitime que les hommes “ ne soient allés puiser dans la loi éternelle.” Supposons donc une prescription d'un pouvoir queleon- E que qui serait en désaccord avec les principes de la 1 droite raison et avec les intéréts du bien publie: 3 | elle n'aurait aucune force de loi, parce que ce ne |

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serait pas une régle de justice et qu'elle écarterait les hommes du bien pour lequel la société a été formée.

Par sa nature done et sous quelque aspect qu'on la considére, soit dans les individus, soit dans les (2) De Lib. Arb. I, cap 6, n. 15.

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sociétés, et chez les supérieurs non moins que chez les surbordonnés, la liberté humaine suppose la nécessité d'obéir à une règle suprême et éternelle; et cette régle n'est autre que l'autorité de Dieu nous imposant ses commandements ou ses défenses; autorité souverainement juste qui, loin de détruire ou l diminuer en aucune sorte la liberté des horames, 16 fait que la protéger et l'amener à sa perfection. Car la vraie perfection de tout être, c'est de poursuivre et. d'atteindre sa fin ; or, la fin supréme vers laquelle doit aspirer la liberté humaine, c'est Dieu.

Ce sont les préceptes de cette doctrine trés vraie et très élevée, connus méme par les seules lumières de la raison, que l'Eglise, instruite par les exemples et la doctrine de son divin Auteur, a propagés et affirmés partout, et d’après lesquels elle n'a jamais cessé et de mesurer sa mission, et d'informer les nations : hrétiennes.

En ce qui touche les moeurs, les lois évangéliques non seulement l'emportent de beaucoup sur toute la sagesse paienne, mais elles appellent l'homme et le forment vraiment à une sainteté inconnue des anciens, et, en le rapprochant de Dieu, elles le mettent en possession d'une liberté plus parfaite.— C'est ainsi qu'a toujours éclaté la merveilleuse puissance de l'Eglise pour la protection et le maintien de la liberté civile et politique des peuples. Ses bienfaits en ce genre n'ont pas besoin d'être énumérés. Il suffit de rappeler l'esclavage, cette vieille honte des nations paiennes, que ses efforts surtout et son heureuse intervention ont fait disparaître, L'équilibre des droits, comme la vraie fraternité entre les hommes, c'est Jésus Christ qui l'a proclamé le premier; mais à sa voix a répondu celle de ses Apótres déclarant qu'il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni barbare, ni Scythe, mais que tous sont fréres dans le Christ. Sur ce point, l'ascendant dc l'Eglise est si grand et si reconnu que, partout où elle pose le

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pied, on en fait l'expérience, la grossièreté des mœurs ne peut subsister longtemps; à la brutalité succede bientôt la douceur, aux ténèbres de la barbarie la lumière dela vérité. Et les peuples mêmes cultivés et adoucis par la civilisation, l'Eglise n'a jamais cessé de leur faire sentir l'influence de ses bienfaits, résistant aux caprices de l'iniquité, détournant l'injustice de la téte des innocents ou des faibles, ou s'employant enfin à établir dansles choses publiques les institutions qui pussent par leur équité se faire aimer des citoyens, ou se faire redouter des étrangers par leur puissance,

C'est, en outre, un devoir trés réel de re necter le pouvoir et de se soumettre aux lois justes: d'où vient que l'autorité vigilante des lois préserve les citoyens des entreprises criminelles des méchants. Le pouvoir légitime vient de Dieu, et celui qui résiste au pouvoir résisle à l'ordre établi c'e Dieu ; c'est ainsi que l'obéissance acquiert une merveilleuse noblesse, puisqu'elle ne s'incline que devant la plus juste et la plus haute des autorités.—Mais, dès que le droit de commander fait défaut, ou que le commandement est contraire à la raison, à la loi éternelle, à l'autorité de Dieu, alors il est légitime de désobéir, nous voulons dire aux hommes, afin d'obéir à Dieu. Ainsi, les voies à la tyrannie se trouvant fermées, le pouvoir ne rapportera pas tout à soi: ainsi sont sauvegardés les droits de chaque citoyen, ceux de la société domestique, ceux de tous les membres de la nation; et t»is enfin participent à la vraie liberté, celle qui consiste, comme Nous l'avons démontré, en ce que chacun puisse vivre selon les lois et selon la droite raison.

Que si, dans les discussions qui ont cours sur la liberté, on entendait cette liberté légitime et honnéte, telle que la raison et Notre parole viennent de la décrire, nul n'oserait plus poursuivre l'Eglise de ce reproche qu'on lui jette avec une souveraine

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injustice, à savoir qu'elle est l'ennemie de la liberté des individus ou de la liberté des Etats.—Mais il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer de qui est ce mot criminel: Je ne servirai pas, entendent par le nom de liberté ce qui n'est qu'une pure et absurde licence, Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté veulent être appelés / béraux.

Et, en effet, ce que sont les »artisans du #aturalisme et du rationalisme en philosophie, ces fauteurs du /ibéra/isme le sont dans l'ordre moral et civil, puisqu'ils introduisent da. + les mœurs et la pratique de la vie les principes posés par les partisans du natyralisme—Or, le principe de tout rationalisme, c'est la domination souveraine de la raison humaine qui, refusant l'obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d’elle-méme, ne se reconnait qu'elle seule pour principe supréme, source et juge dela vérité. Telle est la prétention des sectateurs du libéralisme dont Nous avons parlé ; selon eux. il n'y a, dans la pratique de la vie, aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d'obéir, mais chacune est à soi-même sa propre loi. De la procède cette morale que l'on appelle indépendante, et qui, sous l'apparence de la liberté, détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l’homme à une licence illimitée.-—Ce qui en résulte finalement, surtout dans les sociétés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette conviction fixée dans l'esprit, que personne n'a d'autorité sur l'homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit étre cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l'homme, mais dans la libre volonté de chaeun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source premiére: en outre, ce que la raison individuelle B

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est pour l'individu, à savoir la seule loi qui règle la vie privée, la raison collective doit l'être pour la collectivité dans l’ordre des affaires publiques ; de là, la puissance appartenant au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir.—Mais l'opposition de tout cela avec la raison ressort assez de ce qui a été dit, En effet, vouloir qu'il n'y ait aucun lien entre l'homme vu la société civile et Dieu créateur et, par conséquent, suprême législateur de toutes choses, répugne absolument à la nature, et non senlement à la nature de l'homme, mais à celle de tout être créé; car tout effet est nécessairement uni par quelque lien à la cause d'où il procède; et il convient à toute nature et il appartient à la perfection de chacune qu'elle reste au lieu et au rang que lui assigne l'ordre naturel, c'est-à-dire que l'être inférieur se soumette et obéisse à celui qui lui est supérieur.-—Mais de plus, une pareille doctrine apporte le plus grand dommage tant à l'individu qu'à la société, Et en réalité si l'on fait dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine le bien et le mal, on supprime la différence propre entre le bien et le mal; le honteux et l'honnéte ne différent plus en réalité, mais seulement dans l'opinion et le jugement de chacun: ce qui plait sera permis; dés que l'on admet une semblable doctrine morale, qui ne suffit pas à réprimer ou apaiser les mouvements désordonnés de l'àme, on ouvre l'accés à toutes les corruptions dela vie. Dans les affaires publiques, le pouvoir de commander se sépare du principe vrai et naturel auquel il emprunte toute sa puissance pour procurer le bien commun ; la loi qui détermine ce qu'il faut faire et éviter est abandonnée aux caprices de la multitud? plus nombreuse, ce qui est préparer la vie à la domination tyrannique. Dés que l'on répudie le pouvoir de Dieu sur l'homme et sur la société humaine, il est naturel que la société n'ait plus de religion, et tout ce qui touche

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à la religion devient dés lors l'objet de la plus complète indifférence, Armée pareillement de l'idée de sa souveraineté, la multitude se laissera facilement aller à la sédition et aux troubles et, le Irein du devoir et de la conscience n'existant plus, il ne reste plus rien que la force, la force qui est bien faible, a elle seule, pour contenir les passions populaires, Nous en avons la preuve dans ces luttes presque quotidiennes engagées entre les socialistes et autres sectes séditieuses qui travaillent depuis si longlemps à bouleverser l'Etat jusque dans ses fondements, Qu'on juge done et qu'on prononce, pour peu qu'on ait le juste sens des choses, si de telles doctrines profitent à la liberté vraie et digne de l'homme, ou si elles n'en sont pas plutót le renversement et la destruction complète.

Sans doute, de telles opinions effrayent par leur énormité méme et leur opposition manifeste avec la vérité, comme aussi l'immensité des maux dont nous avons vu qu'elles sont la cause, empéchent les partisans du libéralisme d'y donner tous leur adhésion. Contraints méme par la force de la vérité, nombre d'entre eux n'hésitent pas à reconnaitre, ils le proessent méme spontanément, qu'en s'abandonnant à de tels excés, au mépris de la vérité et de la justice, la liberté se vicie et dégénére ovvertement en licence ; il faut donc qu'elle soit dir rée, gouvernée par la droite raison, et ce qui es! conséquence, qu'elle soit soumise au droit naturel et à la loi divine et éternelle. Mais là ils croient devoir s'arrêter, ot ils n'admetten! ' l'homme libre doive se soumettre aux | vil plairait à Dieu de nous imposer

par une a voie que la raison naturelle.--Mais en cela ils it absolument en désaccord avec eux. mémes. Car s'il faut, comme ils en conviennent eux-mómes (et qui pourrait. raisonnablement n'en pas convenir ?), s'il faut obéir à la volonté de Dieu

législateur, puisque l'homme tout entier d 'pend de

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Dieu et doit tendre vers Dieu, il en résulte que nul ne peut mettre des bornes ou des conditions à son autorité législative, sans se mettre en opposition avec l'obéissance due à Dieu. Bien plus, si la raison humaine s'arroge assez de prétention pour vouloir déterminer quels sont les droits de Dieu et ses devoirs à elle, le respect des lois divines aura chez elle plus d'apparence que de réalité; et son jugement vaudra plus que l'autorité et la providence divine.—1l est donc nécessaire que la règle de notre vie soit par nous constamment et religieusement empruntée, non seulement à la loi éternelle, mais à l'ensemble et au détail de toutes les lois que Dieu, dans son infinie sagesse, dans son infinie puissance, et par les moyens qui lui ont plu, a voulu nous transmettre, et que nous pouvons connaitre avec issurance par des marques évidentes et qui ne laissent aucune place au doute. Et cela d'autant mieux que ces sortes de lois, ayant le méme principe, le même auteur que la loi éternelle, ne peuvent nécessairement que s'harmoniser avec la raison et perfectioner le droit naturel; d'ailleurs, nous y trouvons renfeir.é le magistére de Dieu lui-méme qui, pour empécher notre intelligence et notre volonté de tomber dans l'erreur, les conduit l'une et l'autre et les guide par la plus bienveillante des directions. Laissons donc saintement et inviolablement réuni ce qui ne peut, ne doit être séparé, et qu'en toutes choses, selon que lordonne la raison naturelle elle-méme, Dieu nous trouve soumis et obéissants à ses lois.

D'autres voit un peu moins loin, mais sans être plus conséquents avec eux-mêmes ; selon eux, les lois divines doivent règler la vie et la conduite des particuliers, mais non celle des Etats ; il est permis dans les choses publiques de s'écarter des ordres de Dieu et de légiférer sans en tenir aucun compte ; d'oà nait cette conséquence pernicieuse de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.—Mais l'absurdité de

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ces opinions se comprend sans peine. Il faut, la nature méme le crie, il faut que la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer leur vie selon l'honnéteté, c'est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le principe de toute honnéteté et de toute justice: il répugnerait donc absolument que l'Etat put se désintéresser de ces mémeslois. ou méme aller contre elles en quoi que ce soit.—De plus ceux quigouvernent les peuples doivent certainement à la chose publique de lui procurer par la sagesse de leurs lois, non seuleraent les avantageset les biens du dehors, mais aussi et surtout les biens de l’Ame. Or, pour accroître ces biens, on ne saurait rien imaginer de plus efficace que ces lois dont Dieu est l'auteur; et c'est pour cela que ceux qui veulent, aans le gouvernment des Etats, ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vraiment la puissance polique de son institution et de l'ordre prescrit par la nature. Mais une remarque plus importante, et que Nous avons Nons-méme rappelée plus d'une fois ailleurs, c'est que le pouvoir civil et ie pouvoir sacré, bien que n'ayant pas le méme but et ne marchant pas par les mémes chemins, doivent pourtant, dans l'aecomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelquefois l'un et l'autre. Tous deux, en effet exercent leur autorité sur les mémes sujets, et, plus d'une fois, sur les mémes objets, quoique à des points de vue différents. Le conflit, dans cette occurrence, serait absurde et répugnerait ouvertement à l'infinie sagesse des conseils divins: il faut done nécessairement qu'il y ait un moyen, un procédé pour faire disparaitre les causes de contestations et de luttes, et établir l'accord dans la pratique. Et cet accord, ce n'est pas sans raison qu'on l'a comparé à l'union qui existe entre l'àme et le corps, et cela au plus grand avantage des deux con-

joints, car la séparation est particuliérement funeste

au corps, puisqu'elle le prive de la vie,

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Mais, pour mieux mettre en lumiére ces vérités, il est bon que nous considérions séparément les diverses sortes de liberté que l'on donne comme des conquétes de notre époque.—Et d'abord, à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu de religion, /a /berté des cultes, comme on l'appelle, liberté qui repose sur ce principe qu'il est loisible à chaeun de professer telle religion qui lui plait, ou méme de n'en professer aucune.— Mais, tout au contraire, c'est bien là, sans nul doute, parmi tous les devoirs de l'homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l'homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce devoir n'est qu'une conséquence de ce fait que nous sommes perpétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté et la providence de Dieu, et que, sortis de lui, nous devons retourner à lui —Il faut ajouter qu'aucune vertu digne de ce nom ne peut exister sans la religion, car la vertu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui nous conduit à Dieu considéré comme notre suprême et souverain bien: et c’est pour cela que la religion qui * accomplit les actes ayant pour fin directe et immédiate l'honneur divin” (3), est la reine à la fois et la règle de toutes les vertus. Et si lon demande, parmi toutes ces religions opposées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l'exclusion des autres, la raison et la nature s'unissent pour nous répondre: celle que Dieu a prescrite et qu'il est aisé de distinguer, grace à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l'erreur entrainerait des conséquences trop désastreuses. C'est pourquoi offrir à l'homme la liberté dont nous parlons, c'est lui donner le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour (3) S. Th, 2a 2e@ qu. LXXXI, a 6.

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se tourner vers le mal: ce qui, nous l'avons dit, n'est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté et une servitude de l'àme dans l'abjection du péché. Envisagée au point de vue social, cette méme liber- : té veut que l'Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n'autorise aucun eulte public; que nulle religion ne soit préférée à l'autre, que toutes soient considérées comme ayant les mémes droits, sans méme avoir égard au peuple, lors méme que ce peuple fait profession de catholicisme, Mais, pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n'eüt aucun devoir envers Dieu, ou qu'en ayant elle püt impunément s'en affranchir; ce qui est également et manifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, quela rénnion des hommes en société ne soit l'œuvre de la volonté de Dieu, et cela qu'on la considére dans ses membres, dans sa forme qui est l'autorité, dans sa cause, ou dans le nombre et l'importance des avantages qu'elle procure à l'homme. C'est Dieu qui a fait l'homme pour la société et qui l'a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, pussent la trouver dans l'association. C’est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement reconnaitre jou comme son principe et son auteur, et, par couséquent, rendre à sa puissance et à son autorité lhommage de son culte. Non, de par la justice, non, de par la raison, l'Etat ne peut étre athée, ou, ce qui reviendrait à l'athéisme, étre animé à l'égard de toutes les religions, comme on dit, des mémes dispositions et leur accorder indistinctement les mêmes droits—Puisqu'il est donc nécessaire de professer une religion dans la societé, il faut professer celle qui est la seule vraie et que l'on reconnait sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de la vérité dont elle porte en elle l'éclatant caractére. Cette religion les chefs d'Etat doivent

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don. la conserver et la protéger, s'ils veulent, 1 comme lis en ont l'obligation, pourvoir prudem- i ment et utilement aux intéréts de la communauté. Car la puissance publique a été établie pour l'utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoiqu'elle n'ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à.la prospé rité de cette vie terrestre, c'est pourtant un [ devoir pour elle de ne point diminuer, mais d’accroi- be tre, au contraire, pour l'homme, la faculté d'atteindre : à ce bien supréme et souverain dans lequel consiste : ! léternelle félicité des hommes: ce qui devient inipossible sans la religion.

Mais Nous avons dit ailleurs tout cela plus en détail: la seule remarque que Nous voulons faire pour le moment, c'est qu'une liberté de ce genre est ce qui porte le plus de préjudice à la liberté véri-

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table, soit des gouvernants soit des gouvernés. La à religion au contraire lui est merveilleusement utile,

parce qu'elle fait remonter jusqu'à Dieu méme l'ori- : gine première du pouvoir; qu'elle impose avec une 1 trés grave autorité aux prinecs l'obligation de ne point oublier leurs devoirs, de ne points commander avec injustice ou dureté et de conduire les peuples avec bonté et presque avec un amour paternel. D'autres part, elle recommande aux citoyens, à l'égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu ; elle les unit anx chefs de l'Etat par les liens, non seulement de l'obéissance, mais du respect et de l'amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l'ordre et la tranquillité de l'Etat et qui, en résumé, donnent occasion de comprimer par des restrictions plus fortes la liberté des citoyens. Nous ne disons rien des services rendus par la religion aux bonnes mœurs et, par les bonnes mœurs, à la liberté méme. Un fait prouvé par la raison et que l'histoire confirme, c'est que la liberté, la prospérité et ia puissance d'une nation grandissent en propor-

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tion de sa moralité.

Et maintenant, poursuivons ces considérations au sujet de la /iber/é d'exprimer par la parole et par la presse tout ce que l'on veut. Assurément, si cette liberté n'est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n'est pas un droit. Car le droit est une faculté morale, et, comme nous l'avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu'elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les proteger dans l'Etat avec une liberté prudente, afin qu'un plus grand nombre en profite ; mais les doctrines mensongéres, peste la plus fatale de toutes pour l'esprit, mais les vices qui corromptent le cœur et les mœurs, il est juste que l'autorité publique emploie à les réprimer sa sollicitude, afin d’empécher le mal de s'étendre pour la ruine de la société. Les écarts d’un esprits licencieux, qui pour la multitude ignorante deviennent facilement une véritable oppression, doivent justement étre punis par l'autorité des lois, non moins que les attentats de la violence commis contre les faibles. Et cette répression est d'autant plus nécessaire que contre ces artifices de style et ces subtilités de dialectique, surtout quand tout cela flatte les passions la partie sans contredit la plus nombreuse de la population ne peut en aucune facon, ou ne peut qu'avec une grande difficulté se tenir en garde. Accordez à chacun la liberté illimitée de parler et d'écrire, rien demeurera saeré et inviolable, rien ne sera épargné pas mémes ces vérités, premiéres, ces grands principes naturels que l’on doit considérer comme un noble patrimoine commun à toute l'humamité Ainsi, la véritó est peu à peu envahie par les ténébres, et l'on voit, ce qui arrive souvent, s'établir avec facilité

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la domination des erreurs les plus pernicieuses et les plus diverses. Toute ce que la licence y gagne, la liberté le perd; car on verra toujours la liberté grandir et se raffermir à mesure que la licence sentira davantage le frein. Mais s'agit-il de matières libres que Dieu a laissées aux disputes des hommes, à chacun il est permis de se former une opinion, et, cette opinion, de l'exprimer librement; la nature n'y met point d'obstacle: car, par une telle liberté, les hommes ne sont jamais conduits à opprimer la vérité, elle est souvent une occasion de la rechercher et de la faire connaitre.

Quant à ce qu'on appelle la liberté d'enseignement, il n’en faut pas juger d'une façon différente.—Il n'y a que la vérité, on n'en saurait douter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c'est en elle que les natures intelligentes, trouvent leur bien, leur fin, leur perfection; c'est pourquoi l'enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela, qu'il s'adresse aux ignorants et aux savants, afln qu'il apporte aux uns la connaissance du vrai, et que, dans les autres, il l'affermisse. C'est pour ce motif que le devoir de quiconque se livre à l'enseignement est, sans contredit, d'extirper l'erreur des esprits et d'opposer des protections süres à l'envahissement des fausses opinions. Il est done évident que la liberté dont nous traitons, en s'arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison, et qu'elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits; le pouvoir publie ne peut accorder une pareille licence dans la société qu'au mépris de son devoir. Cela est d'autant plus rai que l'on sait de quel poids est pour les auditeurs l'autorité du professeur, et combien il est rare qu'un disciple puisse juger par luiméme de la vérité de l'enseignement du maitre. C'est pourquoi cette liberté aussi, pour demeurer honnéte, a besoin d'étre restreinte dans les limites

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déterminées; il ne faut pas que l'art de l'enseignement puisse impunément devenir un instrument do corruption.—Or, la vérité qui doit étre l'unique objet de l’enseignement est de deux sortes: il y a la vérité naturelle et la vérité surnaturelle,

Les vérités naturelles, auxquelles appartiennent les principes de la nature et des conclusions prochaines que la raison en déduit, constituent comme le commun patrimoine du genre humain ; elles sont comme le solide fondement sur lequel reposent les mœurs, la justice, la religion, l'existence méme de la société humaine ; et ce serait dés lors la plus grande des impiétés, la plus inhumaine des folies, que de les laisser impunément violer et détruire.— Mais il ne faut pas mettre moins de scrupule à conserver le grand et sacré trésor des vérités que Dieu lui-méme nous a fait connaitre. Par un grand nombre d'arguments lumineux, souvent répétés par les apologistes, certains points principaux de doctrine ont été établis, per exemple: Il y a une révélation divine; le Fils Unique de Dieu s'est fait chair pour rendre témoignage à la vérité ; par lui une société parfaite a été fondée à savoir, l'Eglise, dont il est Lui-méme le Chef, et avec laquelle il a promis de demeurer jusqu'à la consommation des siécles, A cette société il a voulu confier toutes les vérités qu'il a enseignées, avec mission de les garder, de les défendre, ne les développer avec une .utorité légitime; et, en méme temps, il a ordonné à toutes les nations d'obéir aux enseignements de son Eglise comme à Lui-méme, avec menace de la perte éternelle pour ceux qui y contreviendraient, D'où il ressort clairement que le maitre le meilleur et le plus sür pour l'homme, c'est Dieu, source et principe de toute verité, c'est le Fils Unique qui est dans le sein du Pére, voie, vérité vie, lumiére véritable qui éclaire tout hommes et dont l'enseignement doit avoir tous ies hommes pour disciples: Æ4 ils seront

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lous enseignés de Dieu (4). Mais pour la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait participer l'Eglise à son divin magistére, et lui accordé le divin privilége de ne point connaitre l'erreur. C'est pourquoi elle est la grande, la süre maitresse des hommes et porte en elle un inviolable droit à la liberté d'enseigner. Kt de fait, l'Eglise, qui dans ces enseignements reçus du Ciel trouve son propre soutien, n'a eu rien plus à cœur que de remplir religieusement la mission que Dieu lui a confiée, et sans se laisser intimider par les difficultés qui l'environnent de toutes parts, elle n'a cessé en aucun temps de combattre pour la liberté de son magistére. C’est par ce moyen que le monde entier, délivré de misére de ses superstitions, a irouvé dans la sagesse chrétienne son renouvellement. Mais sl est vrai, comme la raison elle-même le dit clairement, qu'entre les vérités divine ment révélées et les vérités naturelles il ne peut y avoir de réelle opposition, de sorte que toute doctrine contredisant celles-là soit nécessairement tausse, il s'ensuit que le divin magistére de l'Eglise, loin de faire obstacle à l'amour du savoir et à l'avancement des sciences, ou de retarder en aucune manière le progrès de la civilisation, est au contraire pour ces choses une très grande lumière et une sûre protection. Et par la méme raison, le perfectionnement méme de la liberté humaine ne profite pas peu de son influence, selon cette maxime, qui est du Sauveur Jésus-Christ, que l'homme devient libre par la vérité: Vous connattrez la vérité et la vérité vous rendra libres (5).—1l n'y a donc pas de motif pour que la vraie liberté s'indigne, ou que la science digne de ce nom s'irrite contre des lois justes et nécessaires, qui doivent régler les enseignements humains, ainsi que le réclament ensemble et l'Eglise et la raison. Il y a plus, et comme bien des faits (4) Joann. vi. 45.

(5) Joann. viu. 32,

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l'attestent, l'Eglise, tout en dirigeant principalement et spécialement son activité vers la défense de la foi chrétienne, s'applique aussi à favoriser l'amour et le progrés des sciences humaines. Car c'est quelque chose de bon en soi, de louable, de désirable, queles bonnes études: et, de plus, toute science qui est le fruit d'une raison saine et qui répond à la réalité des choses, n'est pas d'une médiocre utilité pour éclairer méme les vérités révélées, Et, de lait, quels immenses services l'Eglise n'a-t-elle pas rendues par l'admirable soin avec lequel elle a conservé les monuments de la sagesse antique, par les asiles qu'elle a, de toute: parts, ouverts aux sciences, par les encouragements qu'elle a toujours donnés à tous les progrés, favorisant d'une maniére particulière les arts mêmes qui font la gloire de la civilisation de notre époque.—Enfin, il ne faut pas oublier qu'un champ immense reste ouvert où l'activité humaine peut se donner carrière et le génie s'exercer librement: Nous voulons parler des matières qui n'ont pas une connexion nécessaire avec la doctrine de la foi et des mœurs chrétiennes, ou sur lesquelles l'Eglise n'usant pas de son autorité, laisse aux savants toute la liberté de leurs jugements.— De ces considération, il ressort comment les partisans du libéralisme entendent, sur ce point, et se représentent cette liberté qu'ils réclament et proclament avec une égale ardeur. D'une part, ils s'arrogent à eux mémes, ainsi qu'à l'Etat, une licence telle qu'ils n'y a point d'opinion si perverse à laquelle ils n'ouvrent la porte et ne livrent passage: de l'autre, ils suscitent à l'Eglise obstacles sur obstacles, confinant sa liberté dans les limites les plus étroites qu'ils peuvent, alors cependant que de cet enseignement de l'Eglise aucun inconvénient n'est à redouter, et que, au contraire, on doit attendre les plus grands avantages.

Une autre liberté que l'on proclame aussi bieu

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