‹ Mandrin (volume 2)Chapitre 17 sur 33 · BÊLISSABD DIT LE PAYS · texte numérisé non relu

BÊLISSABD DIT LE PAYS

avait portés rapidement à une assez brillante fortune.

Au moment même où Mandrin apprenait l'horrible supplice subi par son frère, lui parvenait la nouvelle d'un fait d'armes qui jetait un certain éclat sur la contrebande et l'éclairait d'un jour quasiment héroïque. A la tête de sa bande, où nous voyons Antoine Roche dit Prêt-à-bpire, Louis Jarrier dit Piémontais, Joseph Michard dit le Gamus, — des noms à retenir, — Bélisgard, après avoir franchi le Guiers vif, qui séparait la Savoie de la France, au « gué de Popet », près du Pontde-Beauvoisin, avait envahi tumultueusement cette dernière ville sur terre de France, les armes hautes, avec des cris furieux. Il s'agissait, pour les contrebandiers, de délivrer un de leurs camarades, Gabriel Légat dit le Frisé, de qui les gâpians t'étaient emparés et qui était retenu prisonnier au Pont-de-Beauvoisin, dans la maison du directeur des Fermes. En plein jour, le 25 juillet 1753, s'était livré un vrai combat. Les gâpiani avaient été battus, laissant sur le terrain deux morts et un blessé ; et Bélissard, à la tête de ses huit ou neuf camarades, était revenu on Savoie, ramenant triomphalement Gabriel Légat, dit le Frisé. Le retentissement que cet audacieux coup de main eut en Savoie et en Dauphiné et l'influence qu'il exerça sur l'esprit de Mandrin sont indiqués par les contemporains.

Louis Mandrin se fit donc admettre dans la bande de Jean Béhssard ; mais à peine y fut-il entré, que déjà il en était devenu le chef.

Il avait naturellement le don du commandement, et d'instinct on lui obéissait. « C'est un homme des plus déterminés, notent, dès l'année 1754, les rédacteurs du Mercure historique. Il a trouvé le moyen d'inspirer aux contrebandiers un si grand respect pour sa personne, qu'ils lui obéissent aveuglement. »

Son premier historien, l'abbé Régley, devra lui rendre

cette justice : « Il avait une éloquence naturelle qui per

•uadait, l'imagination vive, du courage pour former de grandes entreprises et l'audace dans le succès. »

Mandrin entrait dans la contrebande au momentmême où celle-ci devait prendre le plus d'extension et, dans ce moment, elle trouvait en lui le chef le mieux fait pour la diriger.

« Tout le monde veut être Mandrin », écrit l'abbé d'Aurelle à l'intendant d'Auvergne.

En Savoie — qui était alors terre étrangère — Mandrin organise et instruit ses hommes, il leur fait comprendre que l'ordre et la discipline sont nécessaires dans leur métier. C'est à la tête d'une véritable petite armée qu'il tombe en France, du haut du massif de la GhaptreusQ, comme un coup de vent, le 5 janvier 1754.

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