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i reste, on comprend Tirritation de M. de Thoury jant la liste des flacons vidés par les argoulets : ixante bouteilles de liqueurs de Paris, de Lunéville, i Côte-Saint-André et de Montpellier « extrême- , vieilles » ; cent bouteilles de Beaujolais, vieux de re ans ; cent cinquante bouteilles de vieux vins de >re et d'Espagne ; dix-huit grandes bouteilles de lu Cap... Gâpians et argoulets dévorèrent tout le et tout le pain qu'il y avait dans la maison et plus sacs de noix.
s portes en bois de noyer qui donnaient accès au nent du fond de la cour, où le seigneur de Thoury it sa résidence, avaient été enfoncées dès le premier ent, et l'on avait vu sortir, pour être empilés sur îharrettes ou fourrés dans les havre-sacs, ou ficelés es ballots dont gâpians et argoulets se chargèrent orte-col : 56 paires de drap, 82 nappes de table, douzaines de serviettes, des tentures, des tapisseries, ;amitures de Ht, des couvertures de soie ou en toile :he piquée, des tapis de Turquie, des matelas, de8 isses, une batterie de cuisine au grand complet, ervice d'argenterie, cuillers, fourchettes, huihers, les, sucrier, cafetières ; des armes de chasse, des ;ières, des plats et des assiettes d'étain, des miroirs oilette, des sahères de cristal, douze chandeliers ;ent, des tableaux pour des dessus de porte et de linée, et toute la garde-robe de M. de Piolenc. Les !sentants de l'autorité allèrent jusqu'à mettre au IQ les archives du château et à s'emparer d'un cernombre de vieilles gravures qu'ils répandirent iite dans les champs, ces images ne présentant pas Ts yeux un intérêt suffisant. Ce qui ne put être emly, lits, fauteuils, chaises et canapés, fut mis en i|«. Les carreaux des fenêtres sautaient en éclats ; Jadant qu'un certain nombre de soldats ne cessaient
de tirer des coups de fusil tout autour du châteai particulièrement dans le galetas qui était au-dessu la chambre de Mandrin, où il y avait quantité de ments, « dans le dessein d'y mettre le feu, déclai fermier Perrety, et d'embraser tout le château, quoi ils n'ont heureusement pas réussi ».
Ge détail fut répandu par le fermier, et de là, doute, la légende d'après laquelle Mandrin se s caché sous des bottes de hoques et de sarments, et a été trahi par le bout de ses jambes sortant du ta
Je me mis donc à l'ombrage,
A l'ombrage d'un fagot ;
Mes pieds passaient un peu trop ;
Cela donnait à connaître
A celui qui me cherchait,
Sans trop savoir où j'étais.
Une partie des argoulets et des gâpians ne s'ét| pas rendus tout d'abord au château de Rochefort,i chez le curé du heu, « révérend Antoine de Gai; que l'on savait ami de Mandrin. Ils étaient arrivé: aussi, en forcenés et avaient trouvé le curé de cour, où, levé avant l'aube, il disait son bréviair furieux réclamaient Mandrin. Ils se précipitèreni les chambres en demandant « du clair » poui fouiller partout.
Plusieurs des argoulets poussèrent ainsi leu cherches jusque dans l'égiise, où ils cherchèrent tous les bancs ; d'autres dans la grange qui était plie de foin ; et comme le curé les y avait sui gnant qu'ils n'y missent le feu avec leurs chan chef de la bande lui répondit rondement :
« Je me f... de toi et je m'embarrasse peu q presbytère soit brûlé. »
Enfm, un certain nombre cherchèrent Mandri ( la cave où ils ne le trouvèrent pas davantage, ni:
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ît du fruit dont ils se consolèrent. Puis, ils rejoignileurs camarades au château, sur la hauteur, où on ntendait tirer des coups de fusil dans l'obscurité.
U premières lueurs de l'aurore, les pointes des Alpes bhissaient^ quand nos héros, avec leur proie et leur |i, reprirent le chemin de France. Ils redescendirent
la vallée du Paluel, et arrivèrent à Avressieux. était six heures du matin. Le maître d'école, Daniel ard, Dauphinois d'origine, était dans sa cour, quand , arriver, à travers prés, cette bande aux costumes iges et divers, les visages noircis ou couverts de gaze, paules chargées de paquets, presque tous armés de 5, la baïonnette au canon. Les argoulets se dirigèrent
vers sa maison, où une quinzaine d'entre eux trèrent et se mirent à fouiller partout. Ils y décount une carotte de tabac pesant environ deux livres, .'était pas en France et les Fermes n'avaient rien à ir. Cette carotte ne lui en fut pas moins imputée à e, ce qui fut un motif à piller sa maison. On prit laître d'école ses habits, ses vestes, ses chapeaux ; lême on le lia et on l'emmena de force. De gais 19, qui allaient derrière lui, de temps à autre lui laient des coups de pied, pour rire et pour le faire ;her plus vite. Après qu'on eut fait quatre cents pas itte façon, l'un de ceux qui commandaient demanda ; N'est-ce pas le maître d'école Bernard ? » ., sur la réponse affirmative :
Pourquoi ne l'avez-vous pas tué ? »
en de plus facile.
/ trois ou quatre argoulets de larder le malheureux iurs baïonnettes, après quoi la bande continua sa 5 en le laissant pour mort. Le maître d'école resta du sur le milieu du chemin, où son sang coulait par blessures.
Poursuivant leur route, en descendant par Sain Colombe et Joudain, vers Saint-Genix-d'Aoste, i braves virent quelques paysans réunis devant i grange. Ils leurs tirèrent des coups de fusil dont le I mier du comte de Mellarède, seigneur d'Avressieux, grièvement blessé.
Ils approchent ainsi de Saint-Genix-d'Aoste. M drin, Saint-Pierre et le domestique Claude Planche s toujours sur leur charrette, Mandrin les jambes m n'ayant pour tout vêtement que sa chemise et sa vei Ils sont tous trois ficelés comme des saucisses, « dans toute la longueur du corps, » ce qui fait que voiture allant cahin caha, ils peuvent à peine se U debout.
En passant, les argoulets mettent en joue tous i paysans qu'ils aperçoivent, afin de leur faire prendr fuite.
La troupe arrive à Saint-Genix-d'Aoste, part I Savoie. En un clin d'oeil, tout le bourg est en runi'i d'autant que c'est le moment, dimanche matin, suia sept heures, où les gens sortent de la première messe
Les La Morlière passent brillamment en tirant a coups de fusil à droite et à gauche, tuant ou blesn n'importe qui. Ils criaient : « Tue î tue I tue ! », i manœuvre empruntée aux Mandrins, mais les Mandil eux, n'avaient en pareille circonstance jamais tu^n blessé personne. Jean-Baptiste Berthier a la ja:3 gauche fracassée. Quelques jours après, on dut lu: faire l'amputation. L'aubergiste Antoine Sales, I Salomon, est assassiné dans la rue, près de sa mai' Le malheureux tomba « le ventre contre terre ». Glîi Ghevaher, maréchal à Saint-Genix, se précipita ]l lui porter secours, et l'entendit murmurer encore
« Ah ! mon Dieu, je suis mort I »
Et Sales expira. |
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Cependant les deux gâpiansqui avaient fait le coup, les nommés Regard et Cochet, dansaient autour du cadavre ^u chantant :
« Dors ! dors ! dors, mon vieux ! »
Plusieurs des témoins entendus par les soins du Sénat de Savoie parlèrent ainsi :
« Sales dit Salomon était un très honnête homme, obligeant tout le monde. Il est même notoire qu'il a fait plaisir à l'un des Regard pendant que celui-ci a demeuré à Saint-Genix. Ils allaient souvent à la chasse et buvaient ensemble. Regard fit cela parce que Sales avait donné un coup de pied à l'un de ses frères, il y a trois ans. »
Quand Mandrin avait tué le brigadier des Fermes, Sigismond Moret, pour venger son frère livré au bourreau, il n'avait du moins pas dansé autour du cadavre. Antoine Guinet, dit Campillon, charpentier, est blessé d'un autre coup de feu, qui lui perce le bras de part en part ; François Perret, tranquillement assis à son huis, est frappé d'un coup do baïonnette.
Nombre de braves gens se réfugièrent dans l'intérieur de l'église, croyant y être en sûreté; mais les soldats s'y précipitèrent avec violence. Ce ne sont que coups de crosse et de plats de sabre, les femmes sont frappées à coups de pied. Plusieurs bourgeois de Saint-Genix furent ainsi blessés dans l'égUse où ils répandirent beaucoup de sang. Des forcenés abordèrent un certain Ginard dit Favre de la paroisse de Buvin en Dauphiné, bourrelier de son état. Le bonhomme était appuyé à la table de communion. L'un des gâpians lui cria :
a Sors ! bougre, il faut que je te tue ! »
Le malheureux fut pris par les cheveux et traîné sur le parvis jusqu'au seuil de l'église, où trois argoulets embusqués le tuèrent à coups de fusil.
Ces derniers faits sont connus par le rapport, après
enquête, du Sénat de Savoie, car le curé du lieu ne vit pas grand'chose.
Révérend Joseph Vianney, curé deSaint-Genix-d'Aosti un grand ami de Mandrin, — qui parlera de lui peu avant sa mort, avec une vive tendresse — était dans sa sacristie, se préparant à dire la messe, quand il entendit tout ce bruit : « Je regardai, dit-il, par la porte de lasacristie,d'oùronpeut voir par une ouverture qui est au rétable du maître-autel, ce qui se passe dans l'église, » Mais quand il vit ces hommes a armés de fusils » et « tout en fureur » et qu'ils s'avançaient du côté de l'autel, « il jugea à propos de fermer la porte de la sacristie. »
D'autres « La Morlière » se rendaient pendant ce temps à la maison où demeuraient Pierre Tourant et Fr. Gaussin, son beau-fils, deux contrebandiers très connus, surnommés « Nîmes », du lieu d'origine de Pierre Tourant. Gaussin était dans son lit, malade. Deux pointes de baïonnette le firent se lever. Les deux Nîmes furent saisis, liés, garrottés et adjoints à Mandrin, à Saint-Pierre et à Claude Planche sur leur charrette. Nous sommes toujours en territoire italien.
Argoulets et gâpians poursuivaient leur route à travers Saint-Genix, pillant de droite et de gauche les magasins. En passant ils prenaient aux hommes leurs chapeaux de dessus la tête, aux femmes, ils arrachaient les menus bijoux de village, dont elles s'étaient parées pour l'office du dimanche, et les peignes de métal qu'elles portaient dans les cheveux. Ils tiraient aux passants leurs bourses de leurs poches. Dans les boutiques, ils enlevèrent de-ci, de-là, des livres, des fusils, des jambons, des rasoirs. Ils dévalisèrent entièrement le magasin d'un chirurgien.
Marguerite Verd, une fille de vingt-deux ani, raconte comment fut pillée la boutiaue de son père.
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t C'étaient des soldats de La Morlière. Ils s'étaient guises, s'étant presque tous noirci le visage afin de ître pas reconnus, quelques-uns s'étant mis des gazes r la figure. Après que tout fut volé, l'un de cette )upe, ayant une veste rouge, et un habit gris blanc, an frisé et poudré, et ayant l'air d'un officier, que je connais pas, étant à la porte de cette boutique, dit ces pillards :
« Est-ce ainsi, bougres ! qu'on pille les marchands ? » fi Mais nous n'en fûmes pas moins volés ; » ajoute la uvre fille.
Le magasin de la dame Aubert, garni d'étoffes et us particuhèrement d'indiennes, fut entièrement vidé. Jacques Bejuy, laboureur, ses deux fils Pierre et aude, et la femme de ce dernier, étaient partis de la )ur-du-Pin à trois heures du matin, pour rendre un eu à Notre-Dame de Pagnieu, dont la chapelle était )ignée d'environ quatre cents pas de Saint-Genix. Au Dment où, entre sept et huit heures du matin, ils pasient le pont et s'acheminaient vers la route qui menait ladite chapelle, ils rencontrèrent les La Morhére, risses de butin. Bejuy et ses enfants sont de bonnes ns, des Français, qui vont en pèlerinage. Les argou- ^ les bousculent, les rouent de coups ; ils leur enlèvent 1rs chapeaux de la tête, ils leur prennent leur argent ns la poche ; Jacques Bejuy a les côtes enfoncées an coup de crosse, et son fils Pierre a le bras percé ane baïonnette.
L'expédition se fit en un tel tumulte que, le lendeain, on trouva, tant au château de Rochefort que dans j blés où les La Morlière avaient passé, et sur les bords i Guiers vif, quantité de bonnets, de chapeaux, de lïonnettes et de fourreaux, dont ils avaient semé leur ute. On eût dit un champ de bataille, mais sans morts blessés, abandonné par des soldats en déroute.
La troupe revint donc par le pont de Saint-Genix sur les huit heures du matin. Les premiers rangs entouraient la charrette où Mandrin, Saint-Pierre le cadet, les deux Nîmes et Claude Planche étaient ligotés.
Après avoir traversé le pont, les La Morlière arrivèrent au second bras du Guiers, — car, en cet endroit, la rivière se sépare en deux bras qui se rejoignent un peu plus bas, enserrant une petite île.
Le second bras du Guiers se passait par un bac, que faisaient manœuvrer Joseph et Laurent Pécher père et fils, de Saint-Genix, part de Savoie.
Le fils, Laurent, était à son poste. Il passa un premier groupe de soldats, une quinzaine, armés de leurs fusils, baïonnette au canon, entourant Mandrin, « qui avait son mauvais habit et les jambes nues ». Il était toujours noué avec des cordes. Pécher fit ce premier passage, puis revint sur la rive de Savoie pour en faire un second. Cette fois ce fut Saint-Pierre qu'on transborda de la sorte, également entouré d'une quinzaine de fusiliers. Puis le bateher passa successivement Claude Planche et les deux Nîmes. Les soldats étaient pour la plupart en veste blanche d'uniforme, ils avaient le visage, les uns noirci au charbon, les autres couvert de gaze, quelques-uns portaient leurs bonnets de petite tenue, d'autres s'étaient noué de? mouchoirs rouges ou bleus autour de la tête, d'autres avaient la tête nue ; tous avaient les poches, le devant de leurs vestes, leurs havregacs bourrés d'objets pillés, que plusieurs portaient ficelés en ballots. C'étaient particulièrement des pièces d'indienne. « Il y en avait aussi qui portaient du jambon, du lard et des canards qui poussaient des cris en se débattant, et d'autres choses, dit le jeune Pécher, auxquelles je n'ai pas bien pu faire attention. »
Péclier fit ainsi quinze ou vingt passages. Son bateau
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était fixé par une corde à un anneau qui glissait sur une autre corde tendue d'une rive à l'autre. La dernière traversée comprit vingt-cinq hommes. Le batelier saisit la conversation de deux argoulets qui se vantaient, l'un, d'avoir tiré Ginard hors de l'église de Saint-Genix, l'autre, de l'avoir tué à coups de fusil. Les frères Regard, des gâpians, qui avaient tué Antoine Sales l'aubergiste, étaient accompagnés de leur sœur, une fille de France. Elle était venue le matin à Saint-Genix. Quand on fut gur la rive de France, l'un des Regard lui mit quantité d'indiennes dans son tablier « qu'elle emporta en s'en allant du côté de Saint-Didier ».
Péclier estime qu'il passa ainsi trois cents hommes environ. D'autres, pendant ce temps, guéaient la rivière, ayant de l'eau un peu au-dessus des cuisses.
Sur la rive de France, quatre officiers les firent ranger. « C'étaient des officiers de La Morlière, dit le batelier, mais je ne sais pas leurs noms. Je n'ai même pas pu voir leurs habits, parce qu'ils avaient tous quatre sur le corps une redingote de drap ordinaire qui les couvrait. »
La Morlière lui-même avait attendu ses hommes sur le bord du fleuve, avec impatience.
Il dévisagea Mandrin qui ne paraissait pas abattu. Au capitaine Diturbide et aux autres officiers, qui ne pouvaient s'empêcher, en soldats, de lui témoigner de la sympathie, et qui lui disaient : « Eh bien, Mandrin, voilà le fruit de ton imprudence 1 » il répondait avec entrain et bonne humeur, avec cette bonne humeur qui ne l'avait quitté qu'un moment, quand, après le combat de Gueunand, il avait entrevu l'impossibiHté de l'œuvre v^u'il avait entreprise.
Ayant terminé sa tâche, qui lui avait pris deux heures, Laurent Péclier demanda à être payé.
« Ayant voulu demander mon paiement, dit le jeune
homme, l'un de ces hommes armés m'enjoua avec son fusil, et menaça de me tuer : un autre me frappa sur l'épaule gauche d'un coup de crosse de son fusil. »
De cette monnaie de singe, le batelier dut se contenter.
Durant les jours qui suivirent, on vit les La Morlière vendre sur la frontière de France les habits galonnéa d'or, qu'ils avaient pris à Rochefort à M. le président de Thoury, et autres objets qu'ils ne voulaient pas garder pour leur usage personnel.
Le lieutenant-colonel de La Morlière se mit tout aussitôt en route pour Paris, afin d'y voir le ministre et de lui donner personnellement des dét-ails sur ces faits d'armes.
Mandrin dut partir le jour même, pour Valence, où l'attendait Levet de Malaval, juge aux gages des fermiers généraux. On le mit avec son ami Saint-Pierre sur une charrette couverte. Les cordes, qui les garrottaient, furent remplacées par des chaînes. Une soixantaine de dragons de La Morlière les escortaient.
Ils couchèrent la nuit du 11 au 12 mai à Voiron. M. de Saint-Mauris, chevalier de Malte, les y vit. « Ce qu'il y a de surprenant, écrit-il au receveur de l'Ordre de Malte, à Lyon, ce qu'il y a de surprenant, l'ayant vu ce matin (12 mai) dans sa charrette, c'est qu'il (Mandrin) paraissait d'un aussi grand sang-froid que s'il allait à des noces, la pipe à la bouche, fumant, riant et goguenardant. Son camarade, qui est un jeune homme, n'est pas de même. »
« Ce camarade (Saint-Pierre) pleurait beaucoup », écrit de son côté le président Terrier de Cléron.
« Va, lui disait Mandrin. Il ne vaut pas la peine de B'attrister, un mauvais quart d'heure est bientôt passé. »
La « conduite » arriva à Saint-Marcellin, le 12 mai, sur les midi. On descendit au Petii-Paris, où Mandrin et
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son compagnon dînèrent tous deux. Mandrin se trouvait ainsi dans son pays, car Saint-Étienne-de-Saint- Geoîrs relevait du bailliage de Saint-Marcellin.
« J'étais là, présent, écrit l'abbé Morel, curé de Montrigaud. Je vis toute cette conduite. Plusieurs de ses connaissances lui parlèrent. Il leur répondait d'un ton ferme et résolu. Ils furent coucher à Romans», nuit du 12 au 13 mai.
Partout, sur son passage, la foule se pressait pour voir le célèbre contrebandier. Lui-même, par moments, en était surpris et un peu choqué.
« Voilà bien des curieux 1 » lui arrivait-il de murmurer.
L'entrée dans Valence se fit le 13 mai sur les huit heures du matin.
Mandrin et Saint-Pierre entrèrent dans la ville précédés d'un bruyant cortège. Les dragons de La MorUère se tenaient raides sur leurs chevaux, sabre au poing. Devant eux, des trompettes sonnaient une marche triomphale. « La curiosité était si grande, note l'annaliste Michel Forest qui demeurait dans la ville, qu'on B'étoufïait pour le voir passer. » Les gamins et les désœuvrés précédaient le cortège, comme ils vont aujourd'hui devant les musiques militaires.
Mandrin et Saint-Pierre furent conduits dans les prisons duprésidial, où Levet de Malaval, président de la Commission de Valence, les reçut et signa cette décharge ;
« Je soussigné, commissaire du Conseil, certifie qu'un détachement de la cavalerie du corps des volontaires de Flandre, commandé par MM. d'Usson et Duverger, a remis aujourd'hui, sur les huit heures et demie du matin, les nommés Louis Mandrin et Jean Saint-Pierre, dit Janbon. A Valence, le 13 mai 1755.
Signé : « Lkvet. »