Maison isolée de la commune d Olliergues
7. 8«r les faits et gestes des Mandrins k Ambert, les pages d'Ant. Vernière, Courses de Mandrin, p. 29-36, sont aussi précises que détaillées.
nent dans sa caisse pour mille écus d'or, à leurs conditions coutumières. Mandrin lui-même offrit à M. Lussigny de faire passer devant notaire procès-verbal du marché conclu. Après s'être muni de deux témoins, les sieurs J.-B. Ratier, peintre, et Henri Faure, négociant, on va trouver Me Herbuer-Laroche, qui dresse un acte en bonne et due forme. Mandrin y prend le titre de « marchand et chef des contrebandiers1 ».
Tous ces actes et les suivants, sont naturellement rédigés sur papier « formulé » — papier timbré, dirions-nous aujourd'hui.
Comme M. Lussigny sortait, il fut entouré de quelques autres contrebandiers. L'un d'eux parlait haut, et se donnait également comme chef. Il appliqua à l'entreposeur le canon de son fusil sur la figure en réclamant encore 20 000 livres, sinon « il le couperait en deux ». Le pauvre entreposeur avait beau lui remontrer qu'il venait de compter mille écus à ses compagnons, le chef contrebandier répondait qu'il s'en moquait, — il employait même une expression plus énergique ; — si bien que M. Lussigny dut entrer chez M. Nicolon de Blanval pour lui emprunter 1 800 livres, puis chez Mayet et Cays, négociants associés, qui lui remirent un sac de 200 écus. Comme il revenait à son logis, avec ce sac — car les 1 800 livres de M. Nicolon de Blanval avaient été encaissées sur-le-champ par le chef contrebandier, — il y trouva une
1. M. Ulysse Rouchon, dans sa très précieuse et très intéressante étude (p. 85-86, note), met en doute que Mandrin sût signer. Les nombreux reçus délivrés en son nom auraient été rédigés, jusques et y compris la signature, par tel ou tel de ses compagnons. Mandrin signa l'acte, dont il est question ci-dessus, en présence du notaire et des témoins. La question se trouve ainsi résolue. Originaux de ces actes dans l'étude de M* 6. Lazinier, notaire à Àmbert (Puy-de-Dôme), qui les a obligeamment mis à notre disposition. — Au reste on a vu que Mandrin avait reçu dans son enfance une bonne instruction, par les soins de messire Tholosan, curé de Saint- Etienne-de-Saint-Geoirs. On conserve des signatures données parle jeune Mandrin depuis l'âge de neuf ans.
troisième bande qui forçait sa femme à prendre d'autres balles de tabac, après lui avoir fait acheter au prix de 56 écus, vingt-six mouchoirs de toile peinte.
Ces faits furent constatés par de nouvelles quittances sur papier formulé, délivrées par M. Herbuer-Laroche, et contresignées par Mandrin.
Ici se passe encore une des scènes qui caractérisent notre jeune contrebandier. Comme on était occupé à la rédaction de l'acte, Mme Lussigny se plaignit du prix élevé auquel était monté son lot de mouchoirs, 56 écus !
« Au fait, dit Mandrin, c'est un prix de fermier général ! »
« Voyant que la quittance portait 56 écus pour si peu de marchandises, il fit chercher le contrebandier qui était campé vis-à-vis de notre porte avec nos camarades et, après lui avoir donné une sérieuse réprimande, il lui fit rendre vingt-six écus, en disant que les mouchoirs en valaient bien trente1. »
Mme Lussigny, surprise et charmée, et sans trop s'arrêter au mauvais vouloir de son mari, offrit à l'honnête bandit un verre de vin vieux. Au commencement du siècle, on conservait encore dans la maison — relique précieuse — le gobelet d'argent où Mandrin avait bu 2.
D'autres bandes, de dix ou douze hommes chacune, prélevaient pendant ce temps, l'une i 000 livres chez Marie Fayolle, cabaretière et débitante ; l'autre 1 000 livres chez Françoise Buisson ; une troisième, 2 000 livres chez la veuve Marie Croix, rue de la Gaye, vingt-et-un louis chez Rose- Marie Pailhon, débitante de tabac. Ces dames recevaient
1. Déclaration de J.-Ph.-Jos. Lussigny, devant les juges royaux de la juridiction d'Issoire, le 13 octobre 1754. Les reçus de Mandrin et de Lafaies (Ambert, 12 oct. 1754), dans l'étude de M* G. Lazinier, notaire à Ambert.