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Chardon, Histoire de la ville d' Auxerre, II

amoncellements de futailles, d'où l'on eut toutes peines du monde à les tirer. Ces pauvres gens furent révoqués1.

En Bourbonnais, en Beaujolais, en Lyonnais, en Auvergne et en Forez, les lettres circulaires des gouverneurs et des intendants stimulent les officiers municipaux : on bouche les brèches des vieux murs, les portes sont réparées, les enceintes sont refaites et des coulevrines y sont installées2. Les milices bourgeoises sont tenues en éveil. Elles ont ordre de faire des rondes, de monter la garde nuit et jour. Le commandant de la gendarmerie de Billom les avait postées aux entrées de la ville. Il s'en vient faire son inspection à trois heures du matin. Les postes étaient abandonnés, car il faisait un froid noir et les bourgeois en sentinelle étaient allés se mettre au lit3. A Brioude, les officiers des milices bourgeoises sont élus par les soldats. C'est déjà la garde nationale. Ils sont extrêmement nombreux. Le tiers des citoyens de Brioude sont officiers 4. Et ils ont, sans aucun doute, des uniformes magnifiques. Des postes sont établis tout le long de la rivière d'Allier, depuis le port de Chazeuil jusqu'à celui de Charmeil.

Et puis il arrive que de mauvais plaisants s'amusent à faire « des peurs » aux gens. Us accourent sur la place hors d'haleine : « Voilà les Mandrins! » Le tocsin retentit, les magasins se ferment, des femmes se trouvent mal; tandis que, ferme et résolu, le commandant de la milice bourgeoise boucle son ceinturon. Le subdélégué à Roche-Savine fit

1. Lettre de Strasbourg du 25 janvier 1735, dans le Mercure historique de février 1755 (La Haye).

2. M. de Montluc a l'intendant d'Auvergne, 29 déc. 1754, Saint-Flour. Archives du Puy-de-Dôme.

3. Rapport (Billom, 24 déc. 17541 de Lolannier, commandant de la gendarmerie, à l'intendant. Archives du Puy-de-Dôme.

4. M. de Montbrizet, subdélégué a Brioude, à l'intendant, 26 déc. 1754, Brioude. Archives du Puy-de-Dôme.

mettre en prison un de ces gais farceurs, « pour l'exemple », écrit-il à l'Intendant1.

Mandrin passa l'Arroux à La Boulaye, et la Loire à Saint- Aubin. Il arriva au port Saint- Aubin le 21 décembre à quatre heures du matin. Ici, pour la seconde fois, il divisa en deux tronçons ce qui lui restait de troupes, conservant le commandement du premier, avec Joseph Bertier pour lieutenant, et donnant le commandement du second à un contrebandier du nom de Jacques Michard, dit le Camus2, fils d'un serrurier du Pont-de-Beauvoisin. C'était un jeune homme de vingt-quatre ans, solide, bien que de petite taille, les cheveux noirs, le visage grêlé de petite vérole.

Mandrin passa le môme jour à Dompierre-sur-Besbre, où il prit, à quatre cavaliers de la maréchaussée, leurs chevaux, leurs armes et tout leur fourniment. Ses compagnons exaspérés par le combat de Gueunand, voulaient les massacrer, mais Mandrin s'y opposa. Il en repartit à deux heures du soir. Il était à Vaumas vers sept heures et alla coucher à

Servillv.

Le 22, Mandrin et sa bande, au nombre de 35 hommes, arrivaient au Breuil, près de La Palisse. Ils se proposaient de « passer debout », quand ils entendirent une femme qui criait :

— « Voici les contrebandiers, il faut aller chercher la brigade de Vichy qui est chez Arpaja! » (cabaretier du village).

Au fait, les contrebandiers allèrent chercher ladite brigade. Ils massacrèrent deux gâpians qui buvaient au cabaret. Ils en tuèrent deux autres dans un champ voisin. Le

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