‹ MandrinChapitre 137 sur 266 · Lettre du 2janv. 1755. Archives du Puy-de-Dôme · texte numérisé non relu

Lettre du 2janv. 1755. Archives du Puy-de-Dôme

2. Lettre (23 déc. 1754, Bourbon-Lancy) de M. Gay, subdélégué. Archives

capitaine de la brigade fut blessé grièvement. Le texte du jugement prononcé dans la suite contre Mandrin porté que plusieurs de ces « employés » lui demandaient à genoux de leur laisser la vie.

Mandrin était ivre1. Les contrebandiers, en emmenant bon gré mal gré un paysan du Breuil, qui dut leur servir de guide, continuèrent leur route par Arfeuilles et Châtel-Montagne. A Châtel-Montagne, ils firent panser plusieurs de leurs blessés et achetèrent deux chevaux. « Mandrin ne pouvait plus se tenir d'ivresse et voulait s'arrêter. La troupe dut l'emporter de force2, *>

Nos compagnons avaient en effet les « royaux » sur leurs talons. Fischer venait d'être renforcé par les soldats de Beauf remont que lui avait amené M. de Clamoux. Il divisa à son tour ses forces en deux troupes pour la poursuite des margandiers. A Toulon-sur- Arroux, il fut rejoint par M. d'Espinchal, qui, de Nolay, était arrivé ventre à terre avec de nouveaux renforts8. M. de Clamoux, placé à la tête du second corps, vint coucher à Luzy\

Ces détachements, l'un et l'autre, serraient les Mandrins de près. A Châtel-Montagne et à Noirétable, où ils vont arriver, Clamoux ne les manqua que de quelques heures. Néanmoins, avec une rapidité qui continuait de faire l'étonnement des hommes de guerre, les Mandrins gagnaient les royaux de vitesse*.

1. Jugement du 24 mai 1755 contre Mandrin. — Jugement contre Joseph Bertier. A. A. E.f ma. Turin 224, f. 31-32. — Lettre (24 déc. 1754, Cusset), de M. de Prinsat, subdélégué. Archives du Puy-de-Dôme.

2. M. de Clamoux au ministre de la guerre, 21 mai 1755, Cluny. A. G., ms. 3406, n* 246.

3. Lettre (21 déc. 1754) de Joly, capitaine dans Montmorin, au comte de Tavanes. Archives du Puy-de-Dôme.

4. M. Veytard à l'intendant d'Auvergne, 25 déc. 1754, Gannat. Archives

5. Le ministre de la guerre au comte de Tavanes, 26 déc. 1754. A. 0.9 m8. 3386, n« 400.

Le même jour encore, 22 décembre, à Saint-Clément, les contrebandiers assassinèrent un meunier et sa femme qui refusaient de leur indiquer les maisons, où ils croyaient devoir se trouver des employés des Fermes, et aussi de leur servir de guide jusqu'à Saint- Priest-la-Prugne1, où ils arrivèrent le même jour. Mandrin, épuisé par ses blessures, se tenait avec peine sur son cheval. Durant les journées qui suivirent Gueunand, c'est Bertier qui eut, en réalité, la direction de l'expédition. Ainsi s'expliquent ces excès. En passant par Saint-Priest et par Saint-Just, les Mandrins arrivèrent à Cervières dans la nuit du 22 au 23, entre onze heures et minuit. La femme du receveur du grenier à sel, Mme Barge, dut leur remettre 46 louis en échange d'un reçu*. Avec ses cent cinquante cavaliers de Montmorin, M. de Clamoux comptait les rejoindre d'un moment à l'autre. Les contrebandiers dirent à Mme Barge qu'ils voulaient se rendre dans les Cévennes, où la population protestante leur était dévouée et où ils espéraient pouvoir se cacher.

Us quittèrent Cervières le 23 décembre, sur les dix heures du matin. A Noirétable, le receveur des tailles, M. Perdigeon, dut leur verser 88 livres. Ici encore ils se mirent à la recherche des gâpians et comme ils découvrirent la maison où ceux-ci logeaient et où ils s'étaient enfermés, ils en firent le siège. La femme du brigadier fut malheureusement blessée d'une balle, au moment où elle ouvrait la porte. La pauvre femme en mourut le lendemain. Au témoignage de M. de Clamoux, Mandrin était toujours dans un complet état d'ivresse et ne dirigeait rien3.

4. Jugement contre Mandrin du 24 mai 1755, loc. cit. — Jugement contre Joseph Bertier, A. A. E., ms. Turin, 224 f. 31-32. Ce texte indique inexactement, pour les faits ci-dessus, la date du 23 décembre.

2. M. Barge au subdélégué à Thiers, 23 déc. 1754, Cervières. Archives du Puy-de-Dôme.

3. Jugement contre Mandrin du 24 mai 1755. — Réquisitoire de Levet de

Les Mandrins couchèrent dans la nuit du 23 au 24 décembre i la Paterie, commune de Marat1. C'était un relai de diligence. Ils emmenèrent deux filles de P auberge, qui « n'ont pas été forcées, suivant toute apparence2 ». C'est la première fois qu'il est question de femmes dans l'histoire de Mandrin; encore n'est-il pas dit que Tune ou l'autre de ces filles d'auberge ait été emmenée à son intention.

Dans cette course, qui pouvait paraître une fuite, les Mandrins ne laissaient pas de faire des recrues, principalement en colporteurs, tant était fort le mouvement d'opinion qu'ils avaient déterminé8.

En longeant les rives de la Dore, les Mandrins arrivèrent, le 24 décembre, sur les dix heures du matin, en vue d'Ambert. Hommes et chevaux étaient très fatigués; ils se reposèrent environ deux heures sur le chemin de Marsac, à une demi-lieue au-dessus d'Ambert, où ils n'osèrent pas pénétrer, « parce que j'avais fait mettre, à tout événement, les armes à la bourgeoisie », écrit l'intendant d'Auvergne à son confrère du Languedoc4. La bourgeoisie était soutenue par les gendarmes, et le tocsin de la ville avait retenti à l'approche des « brigands» ». Ceux-ci poussèrent donc jusqu'à Marsac, où Mandrin entra à la tête de sa bande, monté sur un cheval gris pommelé6. Il était drapé dans un

Malaval, en date du 22 janvier 1755, contre Bertier, A. A. E., ms. Turin 224, f. 31. —Lettre de M. Gros (23 déc. 1754, Maringues), Archives du Puy-de- Dôme. — M. de Clamoux au ministre de la guerre, 21 mai 1755, Cluny, A. G.% ms. 3406, n« 246.

1. Pour toute cette partie du récit les identifications sont données avec une exactitude parfaite par M. Ant. Vernière, Courses de Mandrin, p. 70 sq.

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