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Abbrégé, p

2. Registre des délibérations de la communauté de Villefranchc en Beaujolais.

LE RETOUR EN SAVOIE (Janvier-avril 1755.)

Quelques jours après que Mandrin eut quitté la Suisse pour l'expédition en Bourgogne et en Auvergne que nous venons de relater, le résident de France à Genève écrivait à son ministre :

« Depuis le départ de Mandrin, je n'entends plus parler des contrebandiers l. » Ce détail montre encore l'importance prise par le jeune maquignon parmi ces hardis compagnons d'aventures.

Il est bien devenu, comme le disent les gazettes, le « capitaine général des contrebandiers ».

Le voici donc de retour sur les bords du lac Léman. Voltaire se trouvait à Prangins, d'où il écrit à la duchesse de Saxe-Gotha :

« Il y a trois mois, Mandrin n'était qu'un voleur, c'est à présent un conquérant. Il fait contribuer les villes du roi de France et donne de son butin une paie plus forte à ses soldats que le roi n'en donne aux siens. Les peuples sont pour lui, parce qu'ils sont las du repos et des fermiers généraux. Ce brigandage peut devenir illustre et avoir de grandes suites. Les révolutions de la Perse n'ont pas commencé autrement.

1. Montperoux a Rouillé, 18 déc. 1754, A. A. E t m s. Genève 66, f. 260.

Les prêtres molinistes disent que Dieu punit le roi, qui s'oppose aux billets de confession, et les prêtres jansénistes disent que Dieu le punit pour avoir une maîtresse. Mandrin, qui n'est ni janséniste ni moliniste, pille ce qu'il peut en attendant que la question de la grâce soit éclaircie. Paris se moque de tout cela et ne songe qu'à son plaisir. Il a de mauvais opéras et de mauvaises comédies ; mais il rit et fait de bons soupers1 ».

Mandrin et Saint-Pierre le cadet arrivèrent à Carouge, le 24 janvier 1755. Ils y restèrent jusqu'au 26, pour aller ensuite rejoindre ceux de leurs camarades qui s'étaient rendus en Suisse *. Colini, secrétaire de Voltaire, écrit de Prangins, le 31 janvier : « Mandrin est vis-à-vis de nous, à l'autre bord du lac8. »

En Savoie, où Mandrin se réfugiait entre deux campagnes, il était adoré. On le voyait se répandre avec ses hommes à Saint-Genix, à Yenne, au Pont-de-Beauvoisin, à Montmélian, au Bourget ; il résidait fréquemment au château de Rochefort-en-Novalaise, près de Sainte-Marie-d'Alvey, appartenant à M. de Thoury, fils d'un premier président au Parlement de Grenoble.

« Les habitants de Savoie ne cessent de se déclarer ouvertement pour les contrebandiers », écrit le comte d'Argenson, ministre de la guerre, au moment même où Mandrin revenait de sa sixième campagne4. Le résident de France à Genève en donne la raison : « Toute la Savoie est pour eux (les Mandrins) ; ils y répandent beaucoup d'argent, car ils

1. Lettre en date du 14 janvier 1755, Voltaire, Œuvres, éd. Garnier, XXXVIII (1885), 319. -

2. Gazette de Hollande, n* XIII (14 fév. 1755), correspondance de Savoie.

3. Colini à l'avocat Dupont, Œuvres de Voltaire, éd. Garnier, XXXVIII (1885), 334.

4. Argenson à Rouillé, 28 janv. 1755, A. A. £.,ms. Turin 226, f.46.

le dépensent plus facilement encore qu'ils ne le gagnent1. »

Ils étaient la providence des aubergistes. Les hobereaux, les cultivateurs du pays, tous les curés * louaient leurs chevaux aux compagnons, généralement à raison de 36 livres pour une campagne en France. « Le curé de Seyssel en a cinq ou six, depuis dix ans, qu'il loue de même, malgré les réprimandes de l'évêque de Grenoble de qui il dépend 3. »

Nombre de nos compagnons étaient devenus très riches au métier qu'ils faisaient. Mandrin lui-même, à l'époque où nous sommes parvenus, possédait une fortune personnelle de cent mille livres — ce qui représenterait une somme triple aujourd'hui. Il les avait mises en dépôt chez le marquis de Chaumont, qui avait pour gendre un président au Parlement de Grenoble, et chez le marquis de Saint-Séverin, à qui appartenait un des plus beaux châteaux du pays *.

Joseph Bertier, dit le Grand-Joseph ou le Grand-Benoît, possédait, lui aussi, 100000 livres. Il était tailleur d'habits et cabaretier à la Guinguette, un hameau à l'entrée du Pontde-Beauvoisin, partie Savoie.

Bélissard, dit le Pays, était aussi riche que Mandrin et que Bertier. Son frère, nommé Clément, exerçait en France le métier d' « opérateur ». H y était à la tête du service des « renseignements »,si bien organisé par les contrebandiers. Son argent était en dépôt chez le curé de Saint-Jean-de- Maurienne. Car nos compagnons plaçaient leurs économies en bonnes mains. Broc, lieutenant de Mandrin, possédait 30 000 livres, qu'il avait chez lui, aux Échelles, où il était marié et où il tenait boutique. Les Coconnier et Carnaval

1. Montperoux à Rouillé, 13 nov. 1754, A. A. K.t m s. Génère 66, f. 205.

2. Rapport de Marsin (Bourg, 25 avril 1755). A. G., ms. 3406, n* 147.

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