‹ MandrinChapitre 152 sur 266 · Publ. par J. de Frémin ville, loc. cit · texte numérisé non relu

Publ. par J. de Frémin ville, loc. cit

tiques. Stendhal en a recueilli quelques-unes, des générations mêmes qui avaient connu le célèbre contrebandier. La petite Lamiel s'est prise d'enthousiasme à lire les faits et gestes du bandit. Son oncle, qui l'élève, l'en a grondée :

« Mais pourquoi mon oncle ne veut-il pas que je l'admire ? » disait-elle dans son lit, ne pouvant dormir.

Puis, tout à coup apparut cette idée bien criminelle :

« Mais est-ce que mon oncle aurait donné dix écus, comme Mandrin, à cette pauvre veuve Renoart, des environs de Valence, à qui les gabelous venaient de saisir sa vache noire et qui n'avait plus que treize sous pour vivre, elle et ses sept enfants1? »

C'est encore ce qui arriva à un cultivateur de la Côte- Saint-André. Pour une dette de huit cents livres, son modeste patrimoine allait être vendu. Mandrin lui remit la somme dont il avait besoin pour s'acquitter2.

D'une vieille paysanne des Échelles en Savoie, nous avons entendu une anecdote semblable, mais, cette fois, après que le débiteur eut reçu sa quittance en bonne et due forme, Mandrin aurait été reprendre à main armée l'argent versé au riche créancier. « Mandrin était pour détruire les grosses têtes et donner aux petits », disait la bonne femme, résumant d'un mot sa légende et son histoire.

Dans la Bresse, de Seyssel à Châtillon-de-Michaille, la physionomie du contrebandier est restée gravée en traits identiques dans la mémoire du peuple : « C'était un qui prenait à ceux qu'avaient de trop pour donner à ceux qu'avaient pas assez ».

Or, tel sera toujours — qu'on fasse ou qu'on sermonne

1. Lamiel, roman inédit de Stendhal, publ. par Casimir Stryienski (Paris, 1889), ch. iv. p. 50-57.

2. Oourille de Crest, Histoire des Guerres civiles du Vivarais. Paris, 4846 p. 430.

— l'idéal de la justice distributive, à l'opinion des bonnes gens.

Mandrin se devait à lui-même d'être, lui aussi, à l'instar des fermiers généraux, un fournisseur de dots aux filles pauvres mais honnêtes. C'était la forme de charité à la mode. Il donna 1 200 livres à un jeune paysan de Saint-Basile-en- Vivarais pour lui permettre d'épouser celle « de qui son cœur était épris1 ».

On n'en finirait pas si l'on voulait énumérer tous les traits de ce genre, dont le fameux contrebandier aurait été le héros. La tradition en repose sans doute sur un fonds de vérité; et tout y serait-il légendaire, que la légende encore en serait caractéristique. La légende n'est-elle pas la fée active à tresser des couronnes éternelles pour les hommes qui ont répondu avec éclat aux aspirations populaires ?

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