Journal de Marsin
H. Montperoux à Rouillé, 19févr.l755. A. A, E., ms. Genève 66, f. 306.
4. Tavanes au ministre, 25 mars 1755, Dijon. A. G., ms. 3406, n* 54.
5. Espaçnac au minisire, 4 avr. 1755, Bourg. A. G., ms. 3406, n* 80.
6. Le ministre à d'Espagnac, janv. 1755. A. G., ms. 3307, n* 186.
rément et à peine ébauchées — on y voit déjà les idées de la Révolution. II en a le patriotisme, il en a le tempérament militaire; il en a l'horreur des privilèges et le goût de l'égalité; il veut refondre, réformer, rendre la France régulière et unie ; il n'aime pas les prêtres ; il est impatient de toute contrainte. Avec cela, un véritable amour des humbles, beau* coup d'éloquence naturelle, beaucoup de feu dans la conversation, une activité incroyable, une incomparable force physique; une ardeur et un élan naturels qui le portent au delà des obstacles qu'on croit mettre devant lui. Cet élan qui l'entraînait, et, avec lui, ceux qu'il commandait, et qui fit de lui le plus remarquable a partisan » que l'on ait vu dans notre histoire, lui venait peut-être précisément de ce fait qu'il n'était pas un homme de réflexion, ni de calcul. Un visionnaire, mais qui agissait au lieu de demeurer figé dans ses contemplations. Et puis il était bon et accueillant et ouvert. Il allait de l'avant, sans se retourner pour regarder derrière lui. Aimé de ceux qui l'entouraient parce qu'il les aimait. Et tout un peuple sentait qu'il était l'homme compatissant à ses misères, parce qu'il en avait été lui-même profondément atteint.
Mandrin avait résolu de pousser sa nouvelle expédition jusque dans les environs de Paris, où les financiers avaient leurs maisons de plaisance, afin d'y enlever un ou plusieurs de ces « matadors de l'or », et d'en faire des otages pour lui et pour les siens1.
Voilà qui devenait tout à fait mauvais. Les fermiers généraux ne pourraient donc plus couler tranquillement leur existence mollement corrompue au fond de leurs palais magnifiques? Ils risquaient de voir tomber sur eux, comme le ton-
1. Lettre de Georgy, 30 avr. 1735, Genève. A. G.f me. 3406. n« 174. — Journal de Marsin, A. G., ms. 3400, n* 147. — Hémoiret de d'Argenson, 18févr. 1755.
nerre, des gaillards hirsutes, noirs de hâle, les mains rudes, les habits rapiécés, qui les arracheraient d'entre les bras parfumés de leurs mattresses, pour les transporter à dos de mulet, ficelés comme des bennes de tabac, en des retraites inaccessibles.
Heureusement la vigilance de M. Bouret d'Lrigny, fermier général en mission sur la frontière, ne se trouva pas en défaut. Le danger aviva son zèle. Il pouvait compter sur M. de Fumeron, premier commis à la guerre, sur le comte de L'Hospital, maréchal de camp en Dauphiné, et sur le colonel de la Morlière, commandant des argoulets. Il pouvait compter même sur le comte d'Argenson, ministre de la guerre, créature de la Pompadour, de qui lui, Bouret d'Érigny, avait épousé la cousine. Mais il convenait d'être prudent, d'écrire des « lettres secrètes» *, confiées à des porteurs spéciaux; car il y avait des mauvaises têtes : le comte de Marcieu, gouverneur du Dauphiné, qui voulait faire l'honnête homme; M. de la Tour du Pin de Gouvernet, commandant au Pont-de-Beauvoisin, qui avait perdu une jambe au siège de Dendermonde et qui voulait faire le soldat ; le comte de Tavanes, gouverneur de Bourgogne, qui voulait faire le gentilhomme; M. de Moidieu, procureur général au parlement de Grenoble, qui voulait faire le magistrat.
« Le succès, écrit le comte de L'Hospital au ministre de la guerre, ne sera dû qu'au plus profond secret et qu'en surmontant avec adresse les entraves avec lesquelles je ne puis, ni ne dois vous taire, on ne cesse de lier nos opérations, à M. de la Morlière et à moi *. »
1. C'est la mention que portent les lettres en question conservées aux Archives de la Guerre.
2. « Lettre secrète », 22 avr. 1755, Voiron. A. G., ms. 3406, n« 135.
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