Lettre du 9 avril 1755. A. G., ms. 3406, n
2. Le Contrôleur général au baron d'Espagnac, 10 avril 1755. Ibid.
franchi l'Isère le 20 de ce mois, força l'Hospital à se dégarnir et retarda l'exécution des « projets médités ».
On n'avait pas cru devoir mettre d'Espagnac dans la confidence. Il avait servi comme aide de camp sous les ordres du maréchal de Saxe et Ton craignait qu'il n'eût des préjugés militaires. Le marquis de Ganay, gouverneur d'Autun, se fût montré plus raisonnable. En ce mois d'avril 1755, il offrait au ministre de la guerre d'aller surprendre Mandrin, en Savoie, « dans son asile ». M. de Ganay, qui était colonel, proposait d'employer à cette expédition une partie de son régiment. Le succès est d'autant plus assuré, écrivait cet homme de guerre, que ces « coquins (il s'agit des contrebandiers) se croyant en sûreté dans les États de Savoie, n'y sont pas sur leurs gardes 4 ». « Soyez persuadé, Monseigneur, ajoutait le gouverneur d'Autun en s'adressant au ministre de la guerre, qu'on ne parviendra jamais à battre ni à saisir Mandrin en France. » Après ce fait d'armes, M. de Ganay espérait être nommé maréchal de camp.
Depuis les derniers jours d'avril, on a vu Mandrin s'occuper activement à terminer les préparatifs nécessaires à sa prochaine incursion en France. Il recrute et exerce ses hommes ; il achète des chevaux. Le 4 mai, il était à Carouge, où il recevait livraison de vingt-cinq chevaux ; le 7 mai, à la foire de Rumilly en Savoie, il vendait une jument noire à un marchand de Carpentras, son correspondant en Avignon, nommé Masson ' ; mais le 8 mai, à la foire de Saint-Félix, il remarquait huit personnes qui le suivaient et l'observaient : des espions de La Morlière, pensa-t-il8. Le 9 mai, sur les