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Storia dell'anno

ROCHEFORT EN NOVALAISE 399

quatre heures après midi, par une pluie battante, Mandrin et Saint-Pierre le cadet revenaient à leur logis habituel, le château de Rochefort-en-Novalaise, situé à une petite lieue de la frontière française que traçait le Guiers vif. Mandrin boitait, son cheval lui étant tombé sur la jambe1.

Le Pont-de-Beauvoisin était en rumeur. Le commandant de la place, part de France, M. de la Tour-Gouvernet, que La Morlière et l'Hospital ont eu soin de laisser en dehors de leurs projets, signale au gouverneur du Dauphiné les déplacements de troupes, l'arrivée d'une demi-compagnie de volontaires de Flandre casernes aux Échelles et d'une demicompagnie de ces mêmes volontaires en quartiers à Saint- Chistophe. Le capitaine Diturbide-Larre, qui commande les argoulets établis au Pont-de-Beauvoisin, va se trouver à la tète d'un effectif important. Le nombre des ce employés » a été également renforcé. M. de la Tour-Gouvernet, dans son rapport, montre les officiers de garde et toujours alertes » et les « patrouilles qui se font toute la nuit ». « Mais, ajoutet-il, comme tout est secret pour moi, je ne dis rien et ne réponds de rien 2. »

La Morlière fut instruit de l'arrivée de Mandrin au château de Rochefort par une dénonciation émanant d'un ecclésiastique, de qui le nom est demeuré inconnu. On tient directement le détail de La Morlière, qui en écrit au ministre de la guerre. Il lui transcrit même une phrase de la lettre que l'ecclésiastique lui a adressée :

« Prenez garde à ce point : la femme fermière du château

1. Déclaration de Perrety, fermier du château de Rochefort devant le sénateur Dichat. — La copie des documents concernant l'affaire de Rochefort-en-Novalaise, conservés dans les Archives de la Savoie, nous a été obligeamment communiquée par M. Victor Colomb de Valence. Elle a été faite par feu Ad. Rochas, le savant auteur de la Bioyraphie du Dauphiné et a certifiée conforme » par l'archiviste de la Savoie, le il juillet 1879.

3. La Tour-Gouvernet au comte de Marcieu, 9 mai 1755, le Pont-de-Beauvoisin. A. G., ms. 3406, n° 206.

est l'amie de Mandrin et doit avoir son argent. Surtout, ne laissez sortir personne : les domestiques vous instruiront de tout1. »

La légende d'après laquelle Mandrin aurait été trahi par une dame de château, sa maîtresse, qui l'aurait livré une nuit où il la serait venu voir, ne repose donc sur aucun fondement ; mais on en voit ici l'origine.

La femme, de qui parle l'ecclésiastique, était-elle la mattresse du contrebandier ?

Son mari, Antoine Perrety, était fermier du château de Rochefort-en-Novalaise, lequel appartenait à M. de Piolenc de Thoury, président au parlement du Dauphiné, fils du Premier Président et gendre du marquis des Champs de Chaumont. M. de Thoury possédait le château du chef de sa femme, Jeanne de Chaumont1. De son nom de jeune fille, Mme Perrety se nommait Jeanne-Marguerite Roybet, fille de Gaspard Roybet, bourgeois de Chambéry, et de sa femme, Suzanne Favet. Elle était née à Gerbaix-en-Novalaise, le 15 avril 1718. Ses parrain et marraine avaient été des parents, car ils portaient le même nom : Roybet; la marraine, fille d'un avocat, et le parrain, lui-même avocat au Sénat de Savoie et assesseur du juge-mage de la province. Jeanne Roybet était donc de bonne bourgeoisie3. En cette année 1755, elle avait ainsi trente-sept ans. Mandrin en avait trente. De cette différence d'âge on ne peut rien conclure. Sur quoi reposait l'insinuation du délateur? On ne sait.

1. Lettre autographe de La Morlière au ministre de la guerre, 23 mai 1755» Grandvaux. A. G., ms. 3406, n* 261.

2. L'intendant de Savoie au générai (ministre) des finances de la cour de Sardaigne, 14 mai 1755. Archives de la Savoie.

3. Extrait du registre des naissances de la commune de Gerbaix, communiqué par M. Gurtil, maire de Gerbaix, par les bons soins de M. le docteur Jarre, conseiller général de Saint-Genix.

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Toujours est-il que La Morlière l'adopta avec empressement, pour des raisons qui se trouveront plus loin.

Dans la nuit du 10 au 11 mai 1755, sur les onze heures1, une troupe composée de cinq cents hommes environ, pour la plupart des argoulets de La Morlière et pour une partie des « employés » des Fermes, se rassemblèrent sur la rive française du Guiers vif. C'était à une demi-lieue en aval du Pontde-Beauvoisin, au lieu dit le Pilon, à la hauteur d'Avaux, côté France (paroisse de Romagnieu), vis-à-vis du château de Beauregard, côté Savoie, à un endroit où le Guiers vif est guéable et que l'on nommait « la Rive ».

La Morlière accompagna ses hommes jusqu'à ce point, et dirigea le passage ; mais il crut prudent de ne pas s'aventurer au delà du cours d'eau, jusqu'en Savoie1.

Il abandonna la conduite de la troupe au capitaine Diturbide-Larre qui avait commandé l'expédition de La Sauvetat. Diturbide était secondé par un groupe d'officiers des volontaires de Flandre, tous déguisés : M. de Campagnac, capitaine d'infanterie, le chevalier de La Morlière, neveu du colonel, Joseph Duverger, lieutenant de cavalerie, M. Durand, enseigne, l'aide-major Saint-Amour et le maréchal des logis Chavars. Les « employés », au nombre de quatre-vingt-dix, étaient commandés par les capitaines de brigade Fournier, Marchand, Moulin et Francheville. Fournier avait remplacé, avec le titre de contrôleur par intérim, Le Roux de La Motte, tué au pré Saint-Martin8.

Sur les bords du Guiers, les berges se redressent en escarpements rocailleux, plus élevés sur la rive de Savoie. Pour

1. L'intendant de Savoie au général (ministre) des finances de Sardaigne, 14 mai 1755. Archives de ta Savoie.

2. Le chevalier de Chauvelin à Rouillé, 30 mai 1755, Turin, A.A.E., ms. Turin 224, f. 398.

3. Déposition de H. Verd, marchand, recueillie par le sénateur Dichat: — rapport du Sénat de Savoie, 27 mai 175S. Archives de la Savoie.

se faire son lit, la rivière les a comme tranchées : et Ton y distingue les couches parallèles de sable ou de terres comprimées et de roche aux teintes différentes, comme dans certains gâteaux à mille feuilles les couches superposées de sucre et de pâtisserie. Mais au point où les La Morlière se sont arrêtés, les bords descendent en pente douce. De larges bancs de pierres plates et rondes, rocs que les eaux ont limés, permettent en cet endroit de guéer le cours d'eau. Sur les rives, des touffes de chênes, d'acacias, de saules argentins. Du côté français, Romagnieu, sur une motte, domine le gué. Par delà le cours d'eau, en Savoie, on aperçoit au loin le château de Rochefort sur sa colline ronde et pointue. Il détache ses trois tours carrées sur le massif de la Chartreuse, qui tend l'horizon de murailles formidables, grises dans l'éloignement, où les ruines du château de Montbel, dressées sur l'un des premiers sommets et dominant le château de Rochefort, semblent une aire abandonnée. Et plus haut encore et plus loin, la crête du massif, où des nuages se sont écroulés.

Dans cette nuit du samedi 10 au dimanche 11, le ciel est resté couvert1.

Les soldats se sont arrêtés et, sur un signe des chefs, la plupart d'entre eux ont retiré leurs vestes écarlates, les vestes rouges des La Morlière, bien connues dans le pays. En un tas, ils ont jeté leurs bonnets noirs, bordés de laine blanche.

Les effets sont cachés dans les vergnes, au bord de l'eau. D'ailleurs une partie en est emportée par un paysan de Romagnieu, Sébastien Chapuisat, qui, pour les aller mettre à l'abri chez lui, fait plusieurs voyages, vestes et bonnets empilés sur ses bras jusque par dessus sa tête '. Les argoulets se sont coiffés pour la plupart de mouchoirs, les uns blancs, les autres

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