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Déposition de Perrety

8. Le Président de Piolenc au gouverneur de Savoie, 18 mai 1755. Aixen-Provcnce, éd. J.-J. Vernier, p. 37-38.

ROCHEFORT EN NOVALAISE 411

les coffres de bois de sapin où les valets d'écurie, François Berthet et Claude Planche, avaient rangé leurs effets. Les vestes de ratine brune et de ratine cannelle y sont butinées, ainsi que le linge et l'argent qui s'y trouve : maigres économies que les deux domestiques avaient réalisées sur leurs gages. Claude Planche, pour avoir fait la mauvaise tête, est garrotté et jeté sur la charrette avec Mandrin et Saint-Pierre. Et la charrette part pour la frontière de France, escortée d'une partie seulement de nos conquérants, car le reste demeure à parfaire le pillage du château et à vider la cave.

A vrai dire, ce fut ici un régal. Le Président de Thoury en écrit au commandeur de Sinsan, gouverneur de Savoie, pour le roi de Sardaigne :

« L'excellence de la cave m'avait engagé à y faire porter de Grenoble mes meilleurs et plus anciens vins, et j'y en envoyais prendre, à mesure que j'en avais besoin. Ces vins sont sans doute un objet que je regrette, car je les destinais à être bus par d'honnêtes gens *. »

Ce dernier mot est dur, écrit par un magistrat français à un fonctionnaire étranger, au sujet des déprédations commises par des Français en terre étrangère.

Au reste, on comprend l'irritation de M. de Thoury en lisant la liste des flacons vidés par les argoulets :

Soixante bouteilles de liqueurs de Paris, de Luné vil le, de la Côte-Saint-André et de Montpellier « extrêmement vieilles » ; cent bouteilles de Beaujolais, vieux de quatre ans ; cent cinquante bouteilles de vieux vins de Chypre et d'Espagne ; dix-huit grandes bouteilles de vin du Cap et un ton* neau de vin ordinaire. Gftpians et argoulets dévorèrent tout

1. M. de Piolenc de Thoury au commandeur de Sinsan, 18 mai 1755. Aix-en-Provence, publ. par J.-J. Vernier, p. 38.

le salé et tout le pain qu'il y avait dans la maison et plusieurs sacs de noix.

Les portes en bois de noyer qui donnaient accès au bâtiment du fond de la cour, où le seigneur de Thoury faisait sa résidence, avaient été enfoncées dès le premier moment, et Ton avait vu sortir, pour être empilés sur des charrettes ou fourrés dans les havre-sacs, ou ficelés en des ballots dont gâpians et argoulets se chargèrent en porte-col : 56 paires de drap, 82 nappes de table, huit douzaines de serviettes, des tentures, des tapisseries, des garnitures de lit, des couvertures de soie ou en toile blanche piquée, des tapis de Turquie, des matelas, des paillasses, toute une batterie de cuisine, un service d'argenterie, cuillers, fourchettes, huiliers, écuelles, sucrier, cafetières; des armes de chasse, des gibecières, des plats et des assiettes d'étain, des miroirs de toilette, des salières de cristal, douze chandeliers d'argent, des « tableaux de médiocre prix pour des dessus de porte et de cheminée », et toute la garde-robe de M. de Piolenc. Les représentants de l'autorité allèrent jusqu'à mettre au pillage les archives du château et à s'emparer d'un certain nombre de vieilles gravures qu'ils répandirent ensuite dans les champs, ces images ne présentant pas à leurs yeux un intérêt suffisant. Ce qui ne put être emporté, lits, fauteuils, chaises et canapés, fut mis en pièces. Les carreaux des fenêtres sautaient en éclats ; cependant qu'un certain nombre de soldats ne cessaient de tirer des coups de fusil tout autour du château, et particulièrement dans le galetas qui était audessus de la chambre de Mandrin, où il y avait quantité de sarments, « dans le dessein d'y mettre le feu, déclare le fermier Perrety, et d'embraser tout le château, ce à quoi ils n'ont heureusement pas réussi* ».

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