Déposition de Jeanne-Marguerite Roybet. femme Perrety
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Ce détail fut répandu par le fermier, et de là, sans doute, la légende d'après laquelle Mandrin se serait caché sous des bottes de hoques et de sarments, et aurait été trahi par le bout de ses jambes sortant du tas l.
Je me mis donc à l'ombrage,
A l'ombrage d'un fagot;
Mes pieds passaient un peu trop;
Gela donnait à connaître
A celui qui me cherchait,
Sans trop savoir où j'étais*.
Une partie des argoulets et des gâpians ne s'étaient pas rendus tout d'abord au château de Rochefort, mais chez le curé du lieu, « révérend Antoine de Galifet », que Ton savait ami de Mandrin. Us étaient arrivés, eux aussi, en forcenés et avaient trouvé le curé dans sa cour, où, levé avant l'aube, il disait son bréviaire. Ces furieux réclamaient Mandrin. Us se précipitent dans les chambres en demandant « du clair » pour aller fouiller partout.
Plusieurs des argoulets poussèrent ainsi leurs recherches jusque dans l'église, où ils cherchèrent sous tous les bancs ; d'autres dans la grange qui était remplie de foin ; et comme le curé les y avait suivis, craignant qu'ils n'y missent le feu avec leurs chandelles, le chef de la bande lui répondit rondement :
« Je me f . . . de toi et je m'embarrasse peu que ton presbytère soit brûlé. »
Enfin, un certain nombre cherchèrent Mandrin dans la cave où ils ne le trouvèrent pas davantage, mais du vin et du fruit
1. Lettre (20 mai 1755, Grenoble) d'un nommé Duchêne à M. de Malyvert, conseiller au Parlement du Dauphiné. éd. A. Gazier, dans le Bulletin du Comité des trav. hist. 1891, n» 1, p. 19; — Lettre (27 mai 1755, Valence), publ. par Harold de Fontenay, p. 35.
2. Couplet d'une complainte sur l' arrestation de Mandrin, publ. par Ad. Rochas, dans le Journal de Valence, janvier 1889.
dont ils se consolèrent abondamment. Puis, tous ensemble, rejoignirent leurs camarades au château, sur la hauteur, où on les entendait dans la nuit tirer des coupa de fusil l.
Aux premières lueurs de F aurore, les pointes des Alpes blanchissaient, quand nos héros, avec leur proie et leur butin, reprirent le chemin de France. Ils redescendirent dans la vallée du Paluel, et arrivèrent à Avressieux.
Il était six heures du matin. Le maître d'école, Daniel Bernard, Dauphinois d'origine, était dans sa cour, quand il vit arriver, à travers prés, cette bande aux costumes étranges et divers, les visages noircis ou couverts de gaze, les épaules chargées de paquets, presque tous armés de fusils, la baïonnette au bout du canon. Les argoulets se dirigèrent droit vers sa maison, où une quinzaine d'entre eux pénétrèrent et se mirent à fouiller partout. Ils y découvrirent une carotte de tabac pesant environ deux livres. On n'était pas en France et les Fermes n'avaient rien à y voir. Cette carotte ne lui en fut pas moins imputée à crime, ce qui fut un motif à piller sa maison. On prit au maître d'école ses habits, ses vestes, ses chapeaux; lui-même on le lia et on l'emmena de force. De gais lurons, qui allaient derrière lui, de temps à autre lui donnaient des coups de pied, pour rire et pour le faire marcher plus vite. Après qu'on eût fait quatre cents pas de cette façon, l'un de ceux qui commandaient demanda :
« N'est-ce pas le maître d'école Bernard ? »
Et, sur la réponse affirmative :
« Pourquoi ne l'avez-vous pas tué ? »
Rien de plus facile.
i .Plaintif du curé de Rochefort devant le Sénat de Savoie, It mai 1755. Archives de la Savoie.
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Et trois ou quatre argoulets de larder le malheureux de leurs baïonnettes, après quoi la bande continua sa route en le laissant pour mort. Le maître d'école resta étendu sur le milieu du chemin, où son sang coulait par dix blessures. Le sénateur Dichat, du Sénat de Savoie, qui vint pour entendre sa déposition quelques jours plus tard, recueillit ses paroles au pied de son lit1.
Poursuivant leur route, en descendant par Sainte-Colombe et Joudain, vers Saint-Genix-d'Aoste, nos braves virent quelques paysans réunis devant une grange. Ils leurs tirèrent des coups de fusil dont le fermier du comte de Mellarède, seigneur d'Avressieux, fut grièvement blessé*.
Ils approchent ainsi de Saint-Genix-d'Aoste. Mandrin, Saint-Pierre et le domestique Claude Planche sont toujours sur leur charrette, Mandrin les jambes nues, n'ayant pour tout vêtement que sa chemise et sa veste. Ils sont tous trois ficelés comme des saucisses, « liés dans toute la longueur du corps8, » ce qui fait que, la voiture allant cahin caha, ils peuvent à peine se tenir debout.
En passant, les argoulets mettent en joue tous les paysans qu'ils aperçoivent, afin de leur faire prendre la fuite4.
La troupe arrive ainsi à Saint-Genix-d'Aoste, part de Savoie. En un clin d'œil, tout le bourg est en rumeur, d'autant que c'était le moment, dimanche matin, sur les sept heures, où les gens sortaient de la première messe'1.
Les La Morlière passent brillamment en tirant des coups de fusil à droite et à gauche, tuant ou blessant n'importe qui.
1. Déposition de Daniel Bernard, 13 mai 1755, et rapport du Sénat de Savoie, 27 mai 1755.
2. Précis des informations... sur l'enlèvement de Mandrin. A.A.E., ma. Turin, 224, f. 522.