‹ MandrinChapitre 19 sur 266 · J.-J. Rousseau, Confessions, éd. Garnicr, p · texte numérisé non relu

J.-J. Rousseau, Confessions, éd. Garnicr, p

leur tète et nous nous défendrons. Mais enfin vous nous battrez et on vous rendra justice. »

Rien n'est plus caractéristique qu'une lettre que le contrôleur général, Moreau de Séchelles, tout dévoué aux fermiers généraux, adresse en date du 19 décembre 1754 — Tannée même des exploits de Mandrin — au ministre des affaires étrangères, Rouillé, tout acquis, lui aussi, aux intérêts de la haute finance. « J'ai entretenu les fermiers généraux sur le projet de les engager à se charger de la Ferme de Savoie (afin de mettre fin à la contrebande qui se faisait sur la frontière) ; mais ils m'ont représenté que, dans le temps même où les Espagnols étaient les maîtres du pays, où ils (les fermiers généraux) administraient la Ferme, ils étaient contredits dans toutes leurs opérations par le gouvernement national et ils prévoient que le mal serait encore plus grand, le gouvernement étant rentré sous la domination du roi de Sardaigne qui... n'accorderait aucune protection dans les différentes manœuvres indispensables pour l'utilité des fermiers1. »

On vient de voir quelles étaient ces « manœuvres », « indispensables pour Futilité des fermiers ». Il est regrettable que le gouvernement du roi de France ait cru devoir leur accorder une « protection » que leur aurait refusée tout autre gouvernement en Europe.

i. A. A. E., ms. Turin 223, f. 428.

LES DOUANES INTÉRIEURES

On vient d'indiquer l'inimaginable variété de droits, privilèges, franchises et coutumes qui régissaient les impôts, la diversité des modes de perception, ainsi que des taxes dont les mêmes objets étaient frappés selon les lieux et selon les personnes. Il serait d'ailleurs injuste d'en faire un grief au pouvoir royal. C'est parce que ce pouvoir avait respecté les franchises et libertés, aussi bien des provinces que des villes et des particuliers, que cette confusion s'était créée. Necker en fait la remarque : a II faut convenir que toute cette constitution est barbare ; mais c'est l'effet de la formation graduelle du royaume1. »

A l'époque où les communications étaient encore lentes, où la vie publique demeurait toute locale, où les rapports entre les villes et les provinces différentes étaient rares et superficiels, — les inconvénients de cette infinie diversité ne s'étaient pas fait sentir. Il n'en fut plus ainsi du jour où la France, ayant pris conscience de son unité, éprouva le besoin de vivre d'une vie nationale.

Déjà les États de 1614 avaient formulé des plaintes contre cette bigarrure qui divisait un même peuple en cent nations diverses, contre ces douanes intérieures qui sépa-

Page 1