Annales de Michel Forest, éd. Brun-Durand, p
t. Lettre de Valence, 28 mai 1755, Courrier d'Avignon, juin 1755.
damné s'arrêta quelques instants pour en examiner la construction. Tout, dans son allure, était très simple. Sa figure, à l'expression ouverte et aux traits sympathiques, prévenait en sa faveur. Il s'assit sur la croix de Saint-André, où il devait être roué, et dit tout haut :
« Jeunesse, prenez exemple sur moi. »
Conformément à l'usage du temps, on avait fait placer en effet au premier rang les enfants des écoles, pour les édifier par le spectacle du crime puni.
A ce moment, écrit un témoin oculaire, ses yeux commencèrent à paraître un peu égarés.
Quant au Jésuite, qui assistait Mandrin, il avait plus besoin d'être soutenu que le condamné, car il pleurait comme une femme. Mandrin ayant demandé de l'eau de la Côte, — la fameuse liqueur sucrée et aromatique que l'on fabriquait à la Côte-Saint-André, pour laquelle, depuis son enfance, il avait une prédilection, — lui et le confesseur en prirent tous deux. Cela n'empêcha d'ailleurs pas le père Gasparini de s'évanouir un moment après. Comme le bourreau voulait retrousser au condamné les manches de sa chemise :
« Laissez-moi faire, mon ami, » lui dit Mandrin.
Il défit lui-même ses boutons, releva ses manchettes et retroussa sa culotte.
Enfin il s'étendit sur la croix. Il fit signe au bourreau qu'il était inutile de lui couvrir le visage.
« Fais ton devoir, mon ami, le plus promptement que tu pourras1. »
Le supplice de la roue avait été importé d'Allemagne au xvie siècle. Le condamné était attaché, les bras étendus et les jambes écartées, sur deux morceaux de bois, disposés