‹ MandrinChapitre 246 sur 266 · janvier 1816, Grenoble. Archives de Vlsère · texte numérisé non relu

janvier 1816, Grenoble. Archives de Vlsère

2. Rapport du sous-pr" ~L s " f * ** ,,î- 1816. Archives de Hsère.

3. Le maire de La Frette au sous-préfet de Saint-Marcellin, 20 janv. 1816 Archives de V Isère t rapports de police politique/

2. Rapport du sous-préfet de Saint-Marcellin au préfet de l'Isère, 6 janv. Archive

et de morale », et qu'il ne réclamait plus celui de l'usurpateur. Pierre Mandrin fut rendu libre le 10 avril 1816; à condition, dit M. le comte de Montalivaut, préfet de l'Isère, que le maire de La Frette « le surveillera d'une manière spéciale1. »

Pierre Mandrin mourut à La Frette, le 5 juin 1828, à l'âge de soixante ans, sans avoir rétabli sur le trône Napoléon Ier.

Jean Mandrin avait eu- de sa femme, Marie Sillans, trois autres enfants, des filles, Marie-Anne, Marie-Marthe, Marie- Louise. Marie- Anne décéda en son domicile à Lemps, en 1855, à l'âge de quatre-vingts ans. Dans l'acte mortuaire elle est qualifiée de veuve Chapot.

Ce furent les derniers Mandrin, vivant en France, car il a été dit plus haut que des descendants de Claude Mandrin vivent encore dans le Valais2.

Mais à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, la vieille maison reste debout. Jean Mandrin l'avait vendue en 1775, à un nommé Jacquemet, qui s'empara de l'emplacement des poêles et les fit clore. Dans la suite, la commune essaya de revendiquer ses droits; ce qui produisit une suite de procès, racontée par M. Octave Chenavaz dans son étude très documentée : Notice historique sur la maison patrimoniale de Mandrin.

1. Le préfet de l'Isère au maire de La Frette, 10 avr. 1816. Archives de l Isère, rapports de police politique, 1816, n«279.

2. Louis Mandrin le contrebandier avait un oncle, nommé également Louis Mandrin et surnommé « le Conseiller ». Il a été question de lui plus haut. Celui-ci eut un fils qui se maria et s'établit à Voiron. Ce surnom « Conseiller » lui fut transmis et devint son nom unique après la condamnation de son cousin. Les descendants de ce Claude Mandrin vivent aujourd'hui encore à Voiron, ils portent le nom de « Conseiller » et seront sans doute surpris d'apprendre que leur véritable nom patronymique est « Mandrin ».

A peine Mandrin était-il supplicié, que l'on représentait sur diverses scènes de France, des pièces de théâtre dont il était le héros. En hâte, était imprimée une brochure où sa vie était racontée. Huit ou dix jours après sa mort, paraissait à Lyon sa prétendue oraison funèbre, suivie d'une complainte sur sa vie et son supplice1. Et voici que, de toutes parts, viennent au jour des biographies, des testaments supposés, des discours et des précis inspirés par le célèbre contrebandier. Poèmes, petits vers, dialogues et satires, chansons et canards, nouvelles à la presse, lettres, factums et pamphlets, c'est une pluie de ce Mandrinades ». Divers tirages de ses portraits sont répandus à des milliers d'exemplaires ; ils vont jusqu'aux villages perdus au fond des gorges, ou à la crête des montagnes. Le paysan inculte cloue l'image du bandit dans la salle basse, sous le crucifix qui retient la branche de

1. Oraison funèbre de Messire Louis Mandrin, colonel-général des Fauxsauniers et Contrebandiers de France, suivi de : Chanson sur la vie de Louis Mandrin augmentée de sa mort, sur l'air des Pendus ; Permis d'imprimer à Lyon, le 5 juin 1755 : Delafrasse, in-4* de 8 pages non num.

buis vert bénite aux Rameaux, sous l'image de ce Christ qui a été supplicié par la « gent publicaine » pour avoir voulu le bien des malheureux.

Des publications relatives à Mandrin, M. Edmond Maignien a réuni l'abondante bibliographie1. Des gravures et <( canards, » Henri Bouchot a donné une description à la suite de son étude : Mandrin en Bourgogne*. Dans la plupart de ces écrits, Mandrin chevauche botte à botte avec les plus illustres héros. Une médaille est frappée en son honneur, où Ton voit son effigie, « tel qu'il a paru à la tête de sa troupe s ».

« Ma prise et ma prison, lui fait dire un de ses biographes, forment une époque remarquable pour la France. J'ai entendu les sanglots de ceux mêmes de qui on disait avant ce moment que j'étais la terreur4. »

Coup sur coup parurent trois poèmes en vers, par des auteurs différents, intitulés tous trois la Mandrinade, l'un héroïque*, l'autre burlesque 9, le troisième héroï-comique7, mais célébrant tous en Mandrin « la grandeur immolée à l'injuste Finance ». On annonçait « un nouveau système pour s'enrichir au dépens des sangsues, » par Louis Mandrin,

1. Bibliographie des écrits relatifs à Mandrin, par Edmond Maignien, Grenoble, 1890, in-8* de 31 pages.

2. Henri Bouchot, Mandrin en Bourgogne, Extrait du Cabinet historique, Paris 1881, in-8° de 32 pages. « Gravures et canards contemporains sur Mandrin », p. 26-32.

3. Un exemplaire en cuivre jaune ou laiton en était conservé dans la collection Algain de Nantes (G. Vallier, Revue belge de numismatique, 1888, p. 139.) M. Alphonse Chaper, au château d'Eybens (Isère), en possède un « écho » en plomb doré, qu il a gracieusement mis à notre disposition.

4. [Chevalier de Goudar], Testament politique de Louis Mandrin (Genève 1755, in-12 de 67 pages), p. 6-7.

5. [Anonyme], La Mandrinade, en vers héroïques, adressée aux partisans de Mandrin, 1755, in-12, 20 pages. Réimprimé par Ad. Rochas, à la suite de l'article «Mandrin » dans sa biographie du Dauphiné (1860).

6. [Anonyme], La Mandrinade, poème en quatre chants, en vers bar* lesques, s. 1., 1755, in-42 de 74 pages.

7. Anonyme r Attribué à Ghevrier], La Mandrinade, poème héroïque, Valenciennes, 1758, in-8*.

« dédié à MM. les fermiers généraux1 ». Son « Testament politique », dont l'auteur anonyme était le chevalier de Goudar, fut attribué par l'opinion générale au plus grand écrivain de l'époque, à Voltaire.

Le 2 mars 1759, au collège des Jésuites de Rouen, le Père Mamachi — déjà Pascal dans ses Provinciales faisait remarquer qu'un Jésuite ne pouvait pas s'appeler comme tout le monde — dicta aux élèves de Troisième un sujet de vers latins, ainsi conçu :

« Parfois ce sont les crimes heureux qui font les héros : le crime heureux n'est plus un crime. Tel que la France flétrit du nom ignominieux de bandit, sera proclamé un Alexandre si la fortune lui est propice. La fortune fait à son plaisir les criminels et les héros. Le succès couronne le crime ; les revers le font mépriser1. »

Les adversaires des Jésuites, jansénistes et parlementaires, crièrent au scandale. Les Nouvelles ecclésiastiques se remplirent de protestations indignées. Le 12 mars 1759, le Père Mamachi fut décrété par le Parlement de Rouen. « En vain al léguerai t-on pour excuser l'auteur, s'écriait le procureur du roi, qu'il n'a pas dicté cette sentence comme leçon de morale, mais seulement comme un sujet propre à exercer la science poétique des écoliers. Ceux qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse, etc.. Il est dangereux d'insinuer, etc.. Un objet qui intéresse si essentiellement le bon ordre, etc.. » Déjà un procureur du roi ne pouvait ouvrir la bouche — comme aujourd'hui un procureur de la

1 . « Catalogue de livres nouveaux, mars 4757. » Bibl. nat., ms. franc. 12721, f. 231 v» (Chansonnier Clairainbault).

2. Voici le texte latin oui fut dicté : « Heroas faciunt quandoque crimina fortunata ; felix crimen desinit esse crimen ; quem Gallia probroso nomine appellat pradonem, appellabit Alexandrum, modo fortuna sit felix. Ad arbitrium fortuna fontes facit et absolvit : prospéra dat pretium crimini, ad versa adimit. »

République — sans qu'il s'agît d'un sujet « intéressant essentiellement le bon ordre ».

Bref, par arrêt du 2 avril 1759, le parlement de Rouen déclara la matière dictée par le Père Mamachi « pernicieuse, séditieuse, détestable, capable d'induire aux plus grands attentats » ; il la condamna à être brûlée et il interdit au Jésuite d'exercer à l'avenir aucune fonction ayant rapport avec l'instruction de la jeunesse1. Sur le thème du Jésuite, un chansonnier, dès le mois de décembre 1756, s'était exprimé plus précisément encore :

Mandrin est un brigand, Frédéric un héros; Du héros, du brigand, la conduite est la même : Il faut à Frédéric faire casser les os, Ou bien juger Mandrin digne du diadème1.

A Paris, des placards séditieux étaient affichés la nuit sur les monuments publics, aux portes des églises. L'un d'eux, en 1758, déclarait que si l'on ne faisait rendre gorge aux fermiers généraux, 300 000 hommes étaient prêts à suivre un chef et à prendre les armes8.

Le peuple ne s'y trompa point. Les modes se tournent à la Mandrin, les filles se coiffent à la Mandrine 4, les rubans se nouent à la contrebandière. Le brigand fait tort à Mme de Pompadour. Les hommes s'arment à la Mandrin. Le pistolet réglementaire de cavalerie et de marine est appelé « pistolet à la Mandrin1 ».

1. Sur l'affaire du Père Mamachi, les Nouvelles ecclésiastiques, 17 avr. et 15 mai 1759, et la brochure intitulée Sincérité des Jésuites dans leurs désavœux sur Busenbaum, une feuille in-12, 1759, Bibliothèque de la Chambre des députés, u g 120, Pièces contre les Jésuites, n» 5.

2. Bibl. nat.f ms. franc. 12721, f. 179 (Chansonnier Clairambault).

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