Registre de catholicité de La Frette
de La Frette de curieux renseignements et qui- vont jusqu'en 1816. Il servit comme volontaire dans les armées de l'Empire. Puis il fut postillon. Il tomba dans une extrême misère. Le maire de La Frette, adresse à son sujet un rapport, en date du 3 janvier 1816, au préfet de l'Isère, le comte de Montalivaut1. ce Le nommé Pierre Mandrin, lui écrit-il, ancien militaire et ancien postillon, homme dénué de ressources, réduit à la plus affreuse indigence et couvert d'ulcères, se permet depuis quelques jours des propos qui entretiennent le peuple dans l'erreur. » C'était très grave. Le gouvernement allait mettre la main sur un nouveau complot.
« Je viens d'être informé, poursuit le maire de La Frette, que, le premier de ce mois, passant la «oirée en buvant dans une auberge, il (le pauvre mendiant couvert d'ulcères) ne cessait de parler du retour de l'usurpateur (Napoléon Ier) et il témoignait par ses cris et ses vivats (en bon pochard) la grande satisfaction qu'il éprouverait si ce malheureux (Napoléon Ier) pouvait encore se représenter — ce qui est absurde de présumer », ajoute M. le maire de La Frette en s' adressant à M. de Montalivaut, préfet de l'Isère. Il importait d'aviser, d'autant que ce Pierre Mandrin, comme l'écrit M. le maire, « avait toujours été un grand partisan de Napoléon ». « Il a une très mauvaise langue. Il fait l'homme entendu, qui a toujours tout vu, tout entendu, et qui sait tout, — quand il a bien bu. » M. le maire de la Frette était un sot, mais il n'était pas dépourvu de talent ; le portrait qu'il fait de son ivrogne est très vivant. « Les imbéciles Técoutent, poursuit M. le maire, et, par là, il devient dangereux ». M. le maire de La Frette conclut qu'il serait
1. Archives de V Isère, rapports de police politique, 1816, pièce n° 42.
urgent d'arrêter Pierre Mandrin par mesure de haute police. L'effet but le peuple en serait excellent.
Le comte de Montai i vaut s'empressa d'en écrire au capitaine de la gendarmerie. « Pierre Mandrin, ancien militaire, répand la nouvelle du retour de l'usurpateur et tient d'autres propos séditieux1. » L'affaire prenait une légitime importance. M. Roland de Ravel, sous-préfet de Saint-Marcellm, « rapproche les propos de cet homme des bruits qui circulent dans les campagnes de cet arrondissement ». De ce rapprochement, il « conjecture » que des « malintentionnés » <c pourraient bien avoir formé le projet d'exciter quelque mouvement dans le pays ». « Je n'ai pas besoin de vous dire, conclut M. le sous-préfet, dans son rapport au comte de Montaiivaut, que je me suis entendu avec le procureur du *oi, pour faire arrêter le nommé Mandrin de La Frette2. » Enfin le bon ivrogne fut traduit dans les prisons de Grenoble par « mesure de haute police ». On appelait cela sous l'ancien régime des « lettres de cachet ». Mais il se trouva que cette arrestation, loin de produire l'effet escompté, indigna la fidèle population de La Frette. Le maire, M. Romain, reprend sa plume. Il demande l'élargissement du prisonnier contre lequel il n'est pas possible de réunir des preuves positives. D'ailleurs c'est un être inoffensif, si timide qu'il ne sait même pas demander l'aumône. Naturellement muet, il ne parle que quand « Racchus lui a délié la langue ». M. le maire a des lettres8. Silence du préfet. Il fallut une nouvelle requête du maire, où celui-ci exposa que cet infortuné lui avait fait témoigner a son retour aux idées d'ordre