XL
Il n'est pas douteux que les campagnes de Mandrin, son supplice et les complications entraînées par l'équipée de Rochefort n'aient produit une vive impression, non seulement sur l'opinion publique, mais sur ceux qui avaient en main le gouvernement de l'État. De cette époque, les remontrances des Cours souveraines contre la manière dont les impôts étaient perçus, allèrent se multipliant. Les édits bursaux, dit le Parlement de Paris (mai 1763), « tendent à la subversion des lois fondamentales du royaume », ils menacent la « sûreté même de la Couronne ».
Le Parlement de Bordeaux ose parler de la chute des Empires «c causée par le mécontentement des peuples » ; celui de Rouen demande qu'on lui envoie l'état financier du royaume, avec un tableau des revenus et des dettes, « afin qu'il avise aux remèdes à y apporter». Les Cours des Aides, les Cours des Comptes mêlent leurs voix i celles des Parlements *. Ceux-ci nomment des commissions afin d'étudier
1. Marquis de Mirabeau, Théorie de l'impôt, Paris. 1760. in-12. — Adr. Delahante, Une famille de finance au XVÎlfr siècle, 2* éd. Paris, 1881, 2 vol. in-8*. — Ch. Gomei, les Causes financières de la Révolution française, Paris, 1892, în-8°. — Louis Reybaud, les Derniers Fermiers généraux, dans U Revue des Deux Mondes, 15 sept. 1874, p. 282-308. — René Stourm, Bibliographie historique des Finances de la France au XVIII9 siècle; Paris. 1895, in-8«.
2. Une liste de ces remontrances a été donnée par M. René Stourm, Bibliographie historique des Finances de la France, p. 88.
les griefs des contribuables. Les Parlements de Besançon, de Rouen, de Bordeaux, de Metz, d'Aix, de Grenoble, refusent d'enregistrer les édits nouveaux. Ils peignent en couleurs violentes les exactions dont le peuple est victime. En vain emprisonne-t-on les magistrats ou les exile-t-on par lettres de cachet; le peuple en fait des martyrs.
Le Parlement de Rouen prétend que les lois fiscales ne sont obligatoires qu'à la condition d'être enregistrées par l'ensemble des Parlements du royaume, formant par leur réunion le ce Parlement de France ». Les abus menaçaient de dresser, en face de la monarchie, un pouvoir qui déjà avait la prétention de la contrôler, pour la dominer ensuite. La Cour des Aides de Paris, en ses remontrances du 23 juillet 1763, faisait entendre cette menace prophétique : « Si l'on osait insinuer au Seigneur-Roi que ces peintures sont outrées, et si on lui rendait suspectes d'exagération les assertions des magistrats à cet égard, les Cours alors ne pourraient s'empêcher de la supplier de vouloir bien écouter ses peuples eux-mêmes par la voix de leurs députés dans une convocation des Etats généraux du royaume. »
En ces remontrances, qui se répètent dans les diverses provinces, presque de mois en mois, c'est naturellement l'administration des Fermes générales qui est le plus violemment prise à parti. « La Ferme des Aides, dit le Parlement de Rouen f, attaque toutes les conditions et le commerce en général, elle pèse sur le pauvre en particulier, de la manière la plus inhumaine;... la Ferme des gabelles ne présente pas un spectacle moins révoltant. »
Au premier moment, Louis XV essaya de résister. Mais le mouvement était trop fort. Dès le 2i novembre 1763, le