‹ MandrinChapitre 253 sur 266 · Réimprimé par A. Delahanie · texte numérisé non relu

Réimprimé par A. Delahanie

Le 13 septembre, Turgot en écrivit directement aux fermiers généraux : « Dorénavant, leur disait-il, il ne sera plus accordé de places de fermier général qu'à des personnes capables, et qui auront prouvé leur valeur dans les places qu'elles auront occupées ; les fils de fermiers généraux euxmêmes devront avoir donné des preuves de leur capacité; enfin les fermiers généraux et leurs croupiers, qui n'auraient pas fait la totalité de leurs fonds, seront privés de la portion d'intérêt correspondante au déficit1. »

Les financiers voulurent résister ; mais Louis XVI prit le parti de son ministre. Il y avait quelque chose de changé en France.

Necker, dans son fameux compte rendu \ insista avec plus de force encore. Le bail qu'il passa en 1780, le bail Nicolas Salzard, n'admit plus les fermiers généraux au partage des bénéfices, qu'après les trois premiers millions entièrement acquis au roi. Sur les bénéfices du bail précédent, il ne laissa à chaque fermier que 130000 francs au lieu de 600 000. C'étaient 30 millions qui demeuraient au Trésor. La plus grande partie des croupes et des pensions furent supprimées1. Necker retira aux fermiers la perception des droits domaniaux, pour ne leur laisser que les gabelles, les tabacs et les traites. Joly de Fleury, qui avait fait la connaissance de Mandrin à Bourg-en-Bresse, succéda à Necker et suivit sa politique. Enfin, d'Ormesson, en 1783, par un arrêt du 24 octobre, eut le courage de supprimer les fermiers généraux eux-mêmes en convertissant la Ferme en régie. Cette révolution financière, car c'en était une, était prématurée, et

1. Turgot aux fermiers généraux, 13 sept. 1774, Paris; éd. A Delahante, I, 243-45.

2. Compte rendu au roi par M. Necker, directeur général des Finances. Paris, 1781, in-4« de 116 pages, avec cartes et tableaux hors texte.

3. Encyclopédie méthodique, section Finances, au mot Croupes.

d'Ormesson prenait ces mesures radicales dans le moment où le Trésor était vide. Le 8 novembre 1783, les fermiers généraux se transportèrent en corps à Fontainebleau, où ils menacèrent le roi du plus grand désordre dans les Finances si cette réforme était appliquée. Ormesson fut sacrifié.

Au reste, la toute-puissante compagnie faisait de son côté des efforts pour remédier aux abus qu'elle avait laissé s'accumuler. Elle essaya d'uniformiser le régime auquel les différentes provinces étaient soumises; les droits que les marchandises payaient pour passer de Roussi lion en Languedoc cessèrent d'être levés ;|en matière de gabelle, les fermiers généraux proposèrent spontanément la suppression du régime vexatoire appelé « pot et salière », ainsi qu'un adoucissement aux peines prononcées contre les faux-sauniers, enfin la suppression de toutes les juridictions de grande gabelle dont le fonctionnemeut était si onéreux. Delahante raconte que Necker l'ayant mandé à Versailles lui et son collègue Couturier, alors que les États généraux étaient déjà réunis, ils furent mis en présence des députés du Maine et de l'Anjou. « Nous leur fîmes connaître, dit-il, que les choses dont ils se plaignaient n'avaient plus lieu1. »

Les « partisans » étaient venus d'eux-mêmes à résipiscence — trop tard.

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