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LA REVOLUTION EN DAUPHINE

année plus tard» le 14 juillet 1789. « Le peuple, écrit un témoin oculaire, se mit à dépaver les rues, à monter sur les toits et à faire pleuvoir sur les soldats qui paraissaient, une grêle de tuiles et de cailloux. Les femmes s'emparèrent des cloches et sonnèrent le tocsin1. *> Sous cette averse de tuiles, qui leur tombaient sur la tête, les troupes royales se replièrent. Episode qui donna son nom à te la Journée des Tuiles».

Le 14 juin, le Conseil général de la ville de Grenoble, qui comptait des membres des trois Etats, reprenait avec une énergie nouvelle les doléances que les Cours souveraines ne cessaient de présenter depuis nombre d'années. Il proclamait que l'impôt ne peut être établi que par le consentement des peuples, il exigeait la convocation des États généraux, et l'assemblée décidait d'en donner comme un modèle dans la réunion des trois États de la province, appelés à prendre séance au château de Vizille, dès le 21 juillet suivant.

« L'échauffement des têtes est toujours le même, écrivait le duc de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général en Dauphiné. Il y a en ce moment une population immense dans la ville (Grenoble) et quantité de brigands s'y sont introduits ; on a aussi infiniment à craindre des gens de la campagne et tous les montagnards se sont également ameutés... »

De tous les points de la province arrivaient au Conseil de Grenoble des adhésions enthousiastes. Les convocations à l'assemblée de Vizille étaient portées par des huissiers aux officiers municipaux et aux curés. « J'ai la certitude, écrit le duc de ClermontrTonnerre, que bien des curés les ont proclamées à leurs messes de paroisses. »

L'assemblée, qui se réunit le 21 juillet 1788 dans le chà-

1. Relation des troubles de Grenoble par le Parlement. Bibl. nat Lb. 10/5».

teau de Vizille, groupant les trois Etats du Dauphiné, est demeurée célèbre : elle protesta contre le pouvoir absolu, contre les abus dans les Finances, contre les lettres de cachet ; elle réclama la convocation des États généraux.

L'assemblée dispersée, la propagande révolutionnaire se poursuivit dans tout le pays avec une ardeur croissante. Dans les villages, les curés distribuaient aux paysans les écrits séditieux.

On est au seuil de la Révolution. A Versailles, les Etats généraux se transforment en assemblée nationale. En Dauphiné, l'agitation grandit. Dans les auberges de campagne, sur les places des bourgs et des villes, se tiennent les propos les plus violents. Les routes sont sillonnées de bandes de paysans armés. Des châteaux sont attaqués, plusieurs sont pillés et livrés aux flammes. On imagine le contrecoup brutal, dans un pays ainsi troublé, des événements du 14 juillet.

La « grande peur » en Dauphiné a été étudiée par M. Pierre Conard. Des bandes de « brigands » semblent sortir de terre. Les châteaux sont pillés, saccagés, incendiés. Voici une troupe commandée par le valet d'un maquignon, que Ton décorait pour la circonstance du nom de « capitaine ». Il était monté à cru sur un cheval « couleur de froment ». Le 28 juillet 1789, on arrive à Moidière. « Le château, bâti à la moderne, très beau et très vaste, fut d'abord saccagé ; puis le « capitaine » mit le feu dans la chapelle, tandis que d'autres allumaient des incendies sur d'autres points. Quelques effets furent sauvés par les plus sages des habitants, mais le château fut entièrement détruit par les flammes. » Nous ne suivrons pas ces scènes qui se répètent avec une triste monotonie. Les paysans se font donner à

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