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Le Père Duchesne, n

entrée à l'Hôtel des Fermes, et nos comptes purent être remis aux commissaires de la comptabilité dans la matinée du trente et unième, c'est-à-dire le 27 janvier 1794. »

Lavoisier et ses compagnons assuraient qu'ils n'avaient pas laissé une seule objection sans réponse, une seule justification sans preuve. De ce moment ils reprirent espoir. Quelques-uns même se flattaient d'une prompte mise en liberté.

De son côté, la commission de revision, établie par la Convention, terminait son rapport, qui fut imprimé en germinal an II (mars-avril 1794). Les conclusions n'en étaient pas précisément les mêmes que celles du Mémoire justificatif des fermiers généraux. Ceux-ci y étaient accusés d'avoir constamment perçu des indemnités et gratifications abusives et des intérêts excessifs sur les sommes avancées à l'État. Le principal grief relevé contre eux était cette fameuse concussion sur le tabac râpé. Bref, les fermiers généraux des trois derniers baux, les baux David, Salzard et Mager, étaient déclarés redevables en fin de compte à l'État, sous forme de restitution, d'une somme de 107819033 livres. Ces griefs furent repris avec une âpre violence par Dupin, au sein même de la Convention, dans la séance du 16 floréal an II (5 mai 1794). On ne reproduira pas ici le détail de son discours. Il est facile à imaginer.

Dupin insistait surtout sur la « mouillade du tabac râpé ». Les colères soulevées au sein du peuple par le coup de force dont les fermiers s'étaient rendus coupables, en s'adjugeant le monopole de la fabrication du tabac en poudre, n'étaient pas encore calmées. Le réquisitoire deve-

i. Discours de Dupin à la Convention, 16 floréal an II, Moniteur n« 277

nait facile. Il insistait sur la oc mouillade du tabac dans les boucauts », grâce à laquelle les fermiers se seraient assuré des bénéfices frauduleux.

Le Courrier républicain, en rendant compte de la séance, disait le lendemain : ce La lecture du rapport a souvent été interrompue par des murmures et par des cris d'indignation et la Convention a renvoyé tous ces vampires devant le Tribunal révolutionnaire pour y être jugés sans délai l. »

Ainsi que le constatera plus tard l'avocat Antoine Roy : a La mouillade est le cri funèbre qui conduisit i la mort les fermiers généraux. »

Le décret, qui renvoyait ceux-ci devant le Tribunal révolutionnaire, fut adopté séance tenante, sans débat, i l'unanimité : les accusés n'avaient pas trouvé un seul défenseur. Il était quatre heures du soir (16 floréal an II, 5 mai 1794).

Un ami, qui assistait i la séance, se rendit immédiatement à l'hôtel des Fermes. Le premier des détenus qu'il rencontra fut Lavoisier. L'illustre chimiste eut ainsi la mission d'informer ses collègues de la terrible nouvelle.

« Le soir même, à sept heures, écrit Delahante, je vis entrer dans les cours une troupe assez considérable de cavaliers; une demi-heure après, la grande porte s'ouvrit de nouveau et quatre chariots couverts entrèrent et se rangèrent au pied du mur du bâtiment que nous habitions ». Les fermiers généraux furent empilés dans les chariots qui se mirent en marche, à la nuit close. Les quatre chariots allaient l'un derrière l'autre, escortés d'une double rangée de gendarmes à cheval. Des hommes à pied, porteurs de torches, éclairaient la marche.

1. Courrier républicain, 17 floréal an II, 6 mai 1794, p. 44.

ce Nous étions empilés dans les chariots, écrit Delahante, et très mal à notre aise, ce qui nous fit trouver la route longue. Il était onze heures lorsque nous arrivâmes à la porte de la Conciergerie. Un officier de gendarmerie me donna la main pour descendre du chariot. Nous ne tardâmes pas à entrer. Il nous fallut rester longtemps chez le concierge pour que nos noms fussent inscrits. » Les fermiers généraux passèrent à la Conciergerie une nuit affreuse. On les mit dans des chambres dépourvues de lits et de chaises. Il fallut s'asseoir par terre. Quelques-uns d'entre eux furent placés dans la chambre même qu'avait occupa, Marie- Antoinette. « Elle avait été autrefois tendue en papier par un détenu pour dettes, mais le papier avait été arraché le jour de l'arrivée de la reine1 ». Et c'est là que, le lendemain, 6 mai 1794, les trente-deux prisonniers se réunirent, autour de deux grandes tables que l'on y avait dressées.

Si grande était la hâte que Ton avait de faire tomber ces têtes exécrées, que Fouquier-Tinville, toujours dispos à telle besogne, signa l'acte d'accusation le jour même où la Convention vota le renvoi des inculpés devant le tribunal. Cette précipitation était d'ailleurs d'autant plus surprenante que, rendu le 16 floréal, le décret de la Conventien ne fut enregistré au greffe de la justice et n'eut par conséquent force légale que le 18.

Au fait, du moment où il s'agissait de la destruction des « sangsues du peuple », il n'y avait pas à se préoccuper des délais légaux.

Dans la matinée du 7 mai (18 floréal an II), des gendarmes vinrent prendre les inculpés à la Conciergerie pour les

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