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Delahante, II

S5ft LA FIN DES FERMIERS GÉNÉRAUX

dans la cellule n° 33. Il prend l'aventure du bon côté, avec la supériorité de son caractère. Il s'occupe à aménager du mieux possible le logement où il est installé : a On pose des planches, écrit-il, on cloue, on scie, on charpente. » Sept fermiers généraux, qui furent emprisonnés dans- la suite à l'hôtel des Fermes, ne figurent pas sur les registres d'écroii de Port-Libre.

A Port-Libre les fermiers généraux concertaient leurs moyens de défense. Ils rédigèrent une pétition commune à la Convention où ils demandaient la restitution de leurs papiers et registres. Sans ces documents confisqués, il leur était impossible d'établir la reddition de comptes pour laquelle on leur avait donné un mois. Ils demandaient aussi à être transférés tous dans une maison nationale, où il leur serait possible de travailler ensemble et tranquillement. La pétition fut discutée au sein de la Convention, le il décembre 1793. Elle fut défendue par Thuriot, combattue au contraire par Bourdon de l'Oise, Montaut et Cambon. Ce dernier, qui avait la réputation d'un financier profond et infaillible, affirmait que les premiers travaux des commissaires avaient déjà fait découvrir, à la charge des ci-devant fermiers généraux, pour plus de trois cent millions de déprédations, qu'il s'agissait de faire a restituer aux voleurs ». Cependant les fermiers généraux obtinrent satisfaction. Le Comité de Sûreté générale, d'accord avec la Convention, décida le transfert des prisonniers, de la maison de Port-Libre en leur ancien Hôtel des Fermes, rue de Grenelle Saint-Honoré, que les commissaires Jack et Dupin, conjointement avec Dufourny, président de l'administration du département de Paris, étaient chargés d'aménager en prison.

Le 24 décembre les fermiers généraux furent avertis que

leur transfert aurait lieu le lendemain, « Dans la matinée du 25, écrit Delahante, nous fîmes les dispositions nécessaires pour que notre petit mobilier nous y suivit. Nous Mines, vers midi, autorisés à le faire charger sur des charrettes qui avaient été réunies pour en opérer le transport ; mais ce ne fut que vers trois heures que nous fûmes appelés chez le concierge, où nous trouvâmes un officier municipal et un nombre de gendarmes considérable. » A l'Hôtel de la Ferme, la cour était éclairée par un grand nombre de pots i feu ; et toutes les portes étaient gardées par des gendarmes. On fit monter les prisonniers au premier étage. C'est à peine s'ils reconnaissaient les lieux où ils avaient siégé au temps de leur gloire dorée. Dupin y avait déployé des qualités d'architecte geôlier remarquable : guichets fermés de lourdes portes en chêne massif, grilles de fer aux fenêtres, cloisons de fortes madrières, des lits de camp, ou, plus simplement encore, pour le plus grand nombre, des matelas jetés par terre.

Vingt-sept fermiers généraux, titulaires ou adjoints, furent ainsi traduits, le 25 décembre 1793, dans leur ancien hôtel de la rue de Grenelle-Samt-Honoré. L'un d'entre eux, Mercier, ne tarda pas à être placé dans une autre prison ; Papillon de Sannois fut élargi. Ils n'étaient donc plus que vingt-cinq quand vinrent les y rejoindre Le Bas de Courmont, Rougeot, Par se val, Maubert de Neuilly, Fabus de Vernant, Saint-Cristau et Sanlot.

On imagine si la presse du jour, les pamphlets et les libelles, redoublaient leurs attaques contre les financiers maudits, surtout que, maintenant, on les devinait vaincus.

« Que j'aimerais à me trouver à l'Hôtel des Fermes, écrit Hébert dans son Père Duchesney à contempler autour du tapis vert ces grosses trognes de financiers... »

Le Père Duchesne espère qu'on ne tardera pas à leur faire restituer l'or acquis par leurs « brigandages1 ».

Marat, dans Y Ami du Peuple, s'acharnait plus particulièrement contre Lavoisier. « Je vous dénonce, écrivait-il, le coriphée des charlatans, sieur Lavoisier, fils d'un grippesol, apprenti-chimiste, élève de l'agioteur Genevois, fermier général, régisseur des poudres et salpêtres, administrateur de la Caisse d'Escompte, secrétaire du roi, membre de l'Académie des Sciences... Ce petit Monsieur, qui jouit de 150000 livres de rente, n'a d'autre titre à la reconnaissance publique, que d'avoir mis Paris dans une prison, de lui avoir intercepté la circulation de l'air par une muraille qui coûte 33 millions au pauvre peuple... Plût au ciel que ce suppôt de la maltôte eût été lanterné le 7 août » (jour d'émeute populaire où les régisseurs des Salpêtres, dont Lavoisier, faillirent être massacrés par la foule). Aussi était-ce en vain que la commission des poids et mesures, que le comité des assignats et monnaies demandaient la mise en liberté de l'illustre savant.

Au reste, la surveillance qui entourait les prisonniers à l'Hôtel des Fermes était très large. Ils recevaient la visite de leurs parents et amis; ils étaient même autorisés à sortir sous la surveillance d'un garde. On ne craignait guère qu'ils s'échappassent. Selon l'observation d'un contemporain : « La haine publique faisait sentinelle autour d'eux. »

Les fermiers généraux emprisonnés rue de Grenelle- Saint-Honoré travaillaient avec acharnement, « Nos efforts, qui furent unanimes, écrit Delahante, furent couronnés du plus grand succès. Toutes les opérations de notre comptabilité se trouvèrent terminées le trentième jour de notre

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