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Relation d'Et.-Marie Delahante, loc. cit. II

2. J. Guillaume. Un mot légendaire : • la République ri a pas besoin de savants », dans la Révolution française, XXXVIII (Juin 1900), p. 383-U5. — Les arguments de l'auteur ne sont rien moins que probants.

accusés de gestion criminelle. » L'un des inculpés, Didelot, se trouvait en liberté quand ses collègues furent décrétés d'accusation. Sur les conseils de Dupin, qui l'assurait qu'il était certain d'être acquitté, il alla spontanément se constituer prisonnier. Quelques jours après, Dupin se vantait publiquement du bon tour qu'il lui avait joué.

L'accusateur Liendon commença par mettre hors de cause les fermiers adjoints, Delahante, Bellefay et Sanlot. Il était prouvé qu'ils n'avaient jamais eu un intérêt direct dans les Fermes. Le fermier général Verdun fut, lui aussi, tiré d'affaire, car Robespierre témoignait de son civisme. Mais il ne fut pas question du pauvre Didelot. Il demeura accusé avec vingt-sept de ses collègues.

Ce que fut le réquisitoire il est aisé de l'imaginer. Le Bulletin du tribunal révolutionnaire en parle en ces termes : « Après avoir rappelé les différents genres d'exactions et de concussions, les avoir démontrés d'une façon succincte et touchante, il conclut que la mesure du crime de ces vampires était au comble, qu'il réclamait vengeance, etc. ».

Les quatre défenseurs d'office, parmi lesquels Chauveau- Lagarde, firent de leur mieux.

La question était : « A-t-il existé un complot contre le peuple français, tendant à favoriser par tous les moyens possibles les ennemis de la France... » Au reste, peu importait la question. Le ci-devant marquis de Montflambert suivi du luthier, du coiffeur, du vinaigrier et de l'employé aux diligences, répondirent oui à l'unanimité. Ils auraient répondu « oui » à n'importe quoi. C'est ainsi que Lavoisier fut condamné à mort.

Dupin dira lui-même dans la suite : ce On devait leur présenter (aux fermiers généraux) les différents chefs d'accusation, les discuter, leur mettre les pièces sous les yeux,

leur faisant des interpellations; rien de tout cela n'a été fait ; ils devaient être entendus, ils ne l'ont pas été. Ils ont été envoyés à la mort sans avoir été jugés .» Dans la hâte 06 Ton était, on ne prit même pas la peine de mettre la déclaration du jury par écrit, de la faire signer aux jurés ; la feuille restée en blanc ne porte que la signature du président, F. Coffinhal. Or, comme on le dira dans la suite, quand il s'agira de reviser ce procès : « Là où il n'y a point de déclaration de jury, il n'y a point de jugement ».

Les biens des condamnés étaient naturellement déclarés confisqués à la République. Déjà les charrettes attendaient pour conduire les accusés à la place de la Révolution. Ils y furent entassés. Le triste cortège suivait l'itinéraire accoutumé : Pont-au-Change, quai de la Mégisserie, rue Saint- Honoré. La foule poussait des « cris divers ». Il y en avait qui imitaient la poule, et d'autres le cochon. Des poings tendus menaçaient les victimes. Papillon d'Auteroche dit à son voisin -. <c Ce qui me chagrine, c'est d'avoir d'aussi déplaisants héritiers. » Il fallut trente-cinq minutes pour faire tomber ces vingt-huit têtes. Cheverny écrit : « Us firent une fin superbe. » Seul Boullongue se sentit dans ce moment mal à son aise.

Le lendemain, en manière d'oraison funèbre, les journaux accablèrent les morts d'insultes grossières. On comparait ingénieusement le sang, dont ces vingt-huit troncs avaient couvert l'échafaud, « aux lits de pourpre sur lesquels les fermiers généraux étendaient leur mollesse ».

En parlant de Lavoisier, Lagrange disait à Delambre : « Il ne leur a fallu qu'un moment pour faire tomber cette

tôte, et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable. »

Après l'exécution du 19 floréal (8 mai), six fermiers généraux restaient encore dans les prisons : ils furent guillotinés tous les six.

L'exécution du 24 floréal (13 mai) fut particulièrement atroce. On mit i mort trois vieillards. Douet, âgé de soixante-treize ans, Prévôt d'Arlincourt, âgé de soixanteseize ans, et Mercier, âgé de soixante-dix-huit ans. Le célèbre auteur du Tableau de Paris, Sébastien Mercier, se trouva enfermé dans les geôles révolutionnaires auprès de son homonyme, le fermier général. « J'ai vu dans ma prison, écrit-il, un malheureux vieillard qni portait mon nom ; il était fils de la nourrice de Louis XV ; il n'avait jamais su faire une addition ; un autre exerçait pour lui. Il gémissait sur ma destinée et j'ai pleuré sur la sienne, car l'innocence était empreinte sur son front, comme dans sa vie passée et dans son cœur ! . » En même temps que Douet, on coupa aussi la tête à sa femme. Fouquier-Tinville avait dit dans son réquisitoire : « Vous voyez devant vous, citoyens, des fermiers généraux, ennemis de l'égalité par état et par principe : les pièces des procès vous les montreront gorgés des dépouilles du peuple et couverts de rapines. » Il assura que c'étaient des hommes « habitués aux horreurs inconnues aux monstres les plus féroces ». Aussi les trois pauvres vieux furent-ils guillotinés.

Un autre fermier général, de Veymerange, apprenant qu'on allait l'arrêter, se jeta du haut d'un cinquième dans la rue. H expira quatre heures après, à THôtel-Dieu.

Le Gendre de Luçay, qu'on était allé saisir à Valençay,

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