PRÉFACE
Nous nous sommes servi presque exclusivement de documents de première main. Archives de Paris et des départements, bibliothèques publiques et privées, collections particulières ont été mises à contribution. Les références ont été données aussi exactement que possible. Parfois on a été obligé de n'indiquer que le dépôt d'où le document utilisé avait été extrait. Antoine Vernière et Ad. Rochas, avaient réuni de nombreux textes relatifs à Mandrin. Ils nous ont été communiqués : nous sommes certain de la conscience et de l'exactitude avec lesquelles ces pièces ont été transcrites ; mais voici que nos deux savants confrères sont morts et nous avons dû nous contenter des références qu'ils nous ont laissées. Au moins, comme le dépôt est toujours indiqué, le lecteur pourra, s'il le désire, par la nature et par la date des pièces, les retrouver facilement.
La vie de Louis Mandrin a donc été écrite ici d'après des documents originaux. Mais il lui fallait un cadre. Celui-ci est formé par l'histoire de la Ferme et des fermiers généraux. Nous n'avions pas, comme bien on pense, la prétention de refaire ici, d'après des pièces d'archives, l'histoire des Fermes générales. A chaque jour suffit sa peine et à chaque livre son sujet. Cette histoire des Fermes, qui forme comme la bordure de
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notre récit, a donc été retracée d'après les ouvrages de nos prédécesseurs, lesquels sont soigneusement cités en tête de chacun des chapitres dont se compose cette partie de notre travail. Il est bien entendu que c'est de là que viennent les éléments dont ces chapitres sont faits — notamment les quatre premiers de l'ouvrage, où nous nous sommes plus particulièrement efforcé de représenter l'administration des fermiers généraux telle qu'elle apparaissait, sous l'ancien régime, à l'esprit et à l'imagination du peuple.
On ne saurait trop regretter que la principale source de documents pour écrire l'histoire de Louis Mandrin, à savoir les pièces de son procès, instruit par la Commission extraordinaire de Valence, ait disparu.
Un arrêt du Conseil du roi, en supprimant, le 23 septembre 1789, la Commission de Valence — par laquelle Mandrin avait été jugé — décida que les « minutes, registres et autres documents des procès instruits par ce tribunal, seraient envoyés au dépôt des minutes du greffe du Conseil d'État du roi ». Ces archives furent ensuite déposées dans le palais de la Cour des comptes et du Conseil d'État, quai d'Orsay, où ils ont péri dans l'incendie de 1871.
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La meilleure des vies de Louis Mandrin — la seule qui soit digne d'attention — parmi celles qui ont été publiées au xviii* siècle, est l'ouvrage anonyme intitulé : Abbrégé de la vie de Louis Mandrin, chef des contrebandiers en France, s. 1., 1755, in-12 de 100 p. (Une autre édition la même année de 128 p.). Cet opuscule, écrit d'un style vif et alerte, avec beaucoup d'humour, avait été attribué à l'abbé Régley. Barbier, en son dictionnaire des ouvrages anonymes (3e éd., 1872), puis Georges Richard, conservateur à la Bibliothèque nationale, qui s'est occupé de Mandrin durant de longues années, lui ont ensuite donné pour auteur Joseph Terrier de Cléron, président à la Chambre des Comptes de Dole. C'est au contraire Y Histoire de Louis Mandrin (Chambéry, 1755, in-12), précédemment considérée comme l'œuvre de Terrier de Cléron, qui aurait été écrite par l'abbé Régley.
Cette opinion a été suivie par M. Octave Chenavaz et par M. Edmond Maignien, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble, auteur d'une utile Bibliographie des écrits relatifs à Mandrin, qui nous a été du plus grand secours *. Contrairement à Y Abbrégé, Y Histoire est un vulgaire pamphlet, rempli de
1. Bibliographie des écrite relatifs à Mandrin, par Edmond Maignien, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble. Grenoble, 1890, in-8 de 31 pages.