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Déposition de J.-B. Veyron-Lacroix, dit Carrière

devenue la proie du diable par le fait de la femme Vinoy '. Dame Marguerite, n'eut pas de peine à faire partager sa conviction, en premier lieu à son mari, puis au bon abbé Peyrache, vicaire de Saint-Etienne-de-Saint- Geoirs, puis à Gabriel Buisson, notaire, qui demeurait au premier de l'immeuble dont les Mandrin occupaient le rez-de-chaussée ; puis à Bonaventure Chantillon, mattre chirurgien, enfin à Pierre Chillard, laboureur, et à Guigue Treillard, tailleur1. La femme Mandrin était en proie à la plus vive exaltation, elle parlait avec impétuosité, avec conviction, elle n'admettait aucune réplique; sans cesse elle revenait sur les pratiques abominables de la sorcière qui tuait sa fille ; tant et si bien que les six compères en arrivèrent à concevoir « l'action la plus noire et la plus condamnable3 ». Il ne s'agissait de rien moins que de brûler vive la femme Vinoy. C'est du moins ce qu'exigeait Mme Mandrin. En réalité on ne voulait que lui faire peur, afin de la décider à retirer le sort qu'elle était soupçonnée d'avoir jeté sur l'enfant. Le 9 août 1740, les conjurés profitèrent de ce que Michel le Doublier — c'est-à-dire la femme Vinoy — était allée moissonner et de ce que son mari travaillait de sa profession de cordonnier à Brezins, pour faire les préparatifs nécessaires à l'exécution de leur dessein \ Us « bâtirent » un bûcher dans l'une des chambres que le notaire Buisson occupait dans la maison Mandrin. A neuf heures du soir, Pierre Chillard fut député par ses complices auprès de Mme Vinoy pour lui dire que Mme Mandrin la priait de venir lui parler. Jean-Baptiste Veyron-Lacroix, dit Carrière, était assis au pas de sa porte, sur un banc de bois, « avec les demoiselles,

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