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Déposition de Cl. Brissaud

Mandrin s'adressa à l'administration des Fermes qui avait soumissionné l'approvisionnement de l'armée : il fut éconduit1. Aussi bien, les nombreuses contestations qui résultèrent de la fourniture des vivres à l'armée d'Italie de 1741 à 1748 n'étaient pas encore réglées trente ans après, comme en témoigne un arrêt du Conseil de 1779 2.

Au lieu que son initiative et son travail eussent rétabli, comme il l'avait espéré, les affaires de sa famille, c'était la débâcle pour lui et pour les siens. Dans ce moment sa tète chaude et portée aux résolutions violentes s'exalte outre mesure; la colère et la haine lèvent en lui; il ne connaît plus que le désir de tirer vengeance de cette administration qui lui a refusé tout recours et l'a ruiné avec tous les siens.

Un procès que Mandrin eut à soutenir contre l'un de ses associés, Claude Brissaud, acheva sa ruine. Celui-ci prétendit que les comptes fournis par le jeune homme n'étaient pas en règle8. Pierre Jacquier, au contraire, le second des trois associés, consentit à prendre sa part du déficit considérable que l'entreprise laissait derrière elle. « Les formes que Brissaud exige de Mandrin, disait-il, ne sont justifiées, étant donné qu'il ne s'agit pas de l'administration d'un pupille* ». Brissaud fut condamné au profit de Mandrin, le 16 juin 1750; mais il fit appel. On sait les lenteurs de la justice ; ce qu'elles sont encore aujourd'hui, ce qu'elles étaient sous l'ancien régime.

En cette année et en celle qui suivit, Louis Mandrin vint souvent passer quelques jours, au hameau de Cours, dans la

1. 0. Ghenavaz, Mandrin et la Légende, dans la Justice du 16 juin 1893.

2. Arrêt du Conseil en date du 29 décembre 1779, qui subroge les sieurs de Saint-Priest, pere et fils, intendants en Languedoc, au sieur Le Nain, pour connaître des contestations relatives aux fournitures faites en 1744 à l'armée d'Italie.

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