‹ MandrinChapitre 57 sur 266 · Déposition de P. Jacquier, 14 sept · texte numérisé non relu

Déposition de P. Jacquier, 14 sept

vieille maison patrimoniale des Chenavaz. On le voyait alors rester assis, silencieux et immobile, sous le grand manteau de la cheminée, les coudes sur ses genoux et la tête dans ses mains. Il était très triste et, par moment, sans contrainte, il pleurait à chaudes larmes1.

Que l'affaire des mules ait été la cause déterminante des résolutions extrêmes où Mandrin ne tardera pas à être jeté, n'est pas ici une hypothèse. Le fait ressort, non seulement de la correspondance qui fut échangée à cette époque entre Fr. Buisson, lieutenant-châtelain de Saint-Etienne-de-Saint- Geoirs, et M. de Moidieu, procureur général au Parlement de Grenoble; mais encore des déclarations mêmes de Mandrin, qui furent recueillies dans la suite par les agents de M. de Montperoux, résident de France à Genève : <c Mandrin a ajouté qu'il aime sa patrie et ne croit pas avoir manqué au Roi en s'en prenant aux fermiers généraux, qui, prétend-il, lui ont fait perdre 40 000 livres, du temps qu'il avait une entreprise de mulets en Italie2... »

1. «Mon père racontait souvent cette tradition. Mon arrière ffrand-père, c ultivaleur, était un ami de Mandrin ». Notes de M. Octave Cnenavaz.

2. Montperoux & Rouillé, 2 déc. 1754, Genève. A. A. E., ms. Genève 66, n« 39.

Plusieurs des meilleurs biographes de Mandrin le montrent en 1748 et 1749 fabriquant de la fausse monnaie 1.

On vient de voir au contraire à quelles entreprises il était activement et honorablement occupé. Que s'il eut à cette époque des rapports avec la justice, ce fut pour suivre, au bailliage de Saint-Marcellin, le procès en appel que lui avait intenté son associé Brissaud ' ; ou bien ce furent les avertissements du juge local le sommant d'avoir à payer ses dettes, car on vient de dire le fâcheux état où l'entreprise des mules avait mis ses affaires.

Au reste Louis Mandrin était mal entouré. La mort de son père l'avait laissé sans soutien. On a vu le caractère de sa mère. Son frère Pierre était revenu de l'armée avec les idées de rapine que lui avaient données ses compagnons de camp. A cette époque, les armées étaient encore composées des plus fâcheux éléments. C'est Pierre Mandrin qui s'associe avec Claude Joly « maréchal-à-forge » établi à Saint-Étiennede-Saint-Geoirs, pour fabriquer de la fausse monnaie.

De toute la famille le meilleur est certainement Louis

Page 1