‹ MandrinChapitre 73 sur 266 · Abbrégé, p · texte numérisé non relu

Abbrégé, p

2. Le chevalier de Merveilleux au ministre de la guerre, 30 janv. 1755. Archives municipales du Mans, liasse 7 bis.

Louis Mandrin et ses hommes passèrent les dernières semaines de juillet 1754 en Suisse, où le jeune « capitaine » était parvenu à se ménager chez un grand nombre d'aubergistes les concours les plus actifs. C'était plus particulièrement sur les bords du lac de Genève, à Coppet, l'aubergiste Bonnet, qui tenait un « logis » à l'enseigne de la Croix -Blanche ; à Plan-les-Ouattes, paroisse Saint-Julien, c'était Richard; à Carouge, alors en Savoie, mais à quelques kilomètres seulement de Genève, c'était Gauthier, l'hôtelier duLion-d' Argent. Les correspondants du contrebandier à Genève étaient deux commerçants français, Bérard et François-Henri Divernois J. Ce dernier ne laissait pas d'être un personnage considérable, ami de J.-J. Rousseau, qui lui fait bonne place dans sa correspondance. « Je vous aime tendrement, écrit Rousseau à Divernois, et j'attends avec la plus vive impatience la visite que vous me promettez*. » Mandrin avait chez eux des dépôts d'armes, de munitions, de marchandises et d'argent.

L'industrie suisse trouvait dans la contrebande en France un important débouché. « On les voyait souvent (les Man-

1. Journal de Marsin, janv.-avr. 1755, A. G., ms. 3406, n* 447.

2. Wootton, 28 juill. 1766. J.-J. Rousseau, Œuvres, éd. Didot, XIX (1801),

drins) passer près de Genève par détachements de quatrevingts à cent hommes, avec les marchandises qu'ils avaient achetées1. »

« Ces brigands ne commettent pas le moindre désordre sur les terres de Suisse, observe la Gazette de Hollande; Mandrin leur fait observer la plus sévère discipline à cetégard3. »

De là, le contrebandier étendait un réseau d'espionnage sur les provinces de France qu'il se proposait de parcourir. Pour ce service, il avait à sa dévotion des gens de toutes classes, parfois de la meilleure société. « Ils ont des correspondants qui les préviennent des mesures que Ton prend sur la frontière de France et des obstacles qui peuvent les arrêter. » C'est le résident de France à Genève, M. de Montperoux, qui en écrit à M, Rouillé, son ministre. 11 ajoute : « Ils sont d'ailleurs très secrets sur leurs projets dont les chefs seuls ont connaissance et affectent de répandre toutes sortes de bruits pour cacher leurs véritables desseins'. »

La Cour de France pressait son représentant à Genève de se procurer des indications sur les projets des contrebandiers, concernant le temps de leurs départs et les lieux où ils devaient se rendre. <c Je doute, répond M. de Montperoux, qu'il puisse m'ôtre possible, quelque soin que j'y apporte, de pouvoir en être informé. J'ai cherché inutilement à intéresser par des récompenses proportionnées aux services. Je ne puis trouver personne qui veuille se charger d'un espionnage aussi dangereux4. »

L'espionnage dont ils pouvaient être victimes et la trahison des leurs étaient ce que les contrebandiers redoutaient le plus.

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