Abbrégé, p
». Ibid, p. 20.
Z.Ibid.
4. Lettre de M. de Rochebaron, datée de Lyon, 1" septembre 1755.
5. Lettre du comte d'Argenson, 28 septembre 1754. A. G. ma. 3385. n* 229.
paraît n'être qu'une forêt immense, soulevée de-ci, de-là, par des mouvements de terrain aux pentes insensibles, dont les dernières lignes se confondent avec la plaine, dans la brume de l'horizon. De ces hauteurs, vus à distance, les champs se perdent parmi les bois. Ils sont coupés de halliers épineux, de larges buissons d'églantiers et d'aubépine ; des rideaux de peupliers. Les villages eux-mêmes se perdent dans des masses de feuillage, dont on ne voit émerger que les clochers pointus. La bande des contrebandiers s'y enfonce, assurée d'y échapper aux regards qui pourraient la guetter. Les. Mandrins arrivent à Pont-de-Veyle, le 2 septembre. Ils en traversent l'unique rue, passant sous la vieille porte ogivale que surmonte un beffroi. Leur chef est pressé. Cependant, à l'autre bout de la ville, il s'arrête sur le vieux pont en dos d'âne ; car il y a rencontré deux gâpians de la brigade de Corm or anche, qui rejoignaient leur brigade, munis de ses appointements. En faveur de cette circonstance, car il ne fallait pas que ces gâpians prissent la peine de porter cet argent plus loin, il leur fit grâce de la vie. Une centaine de bonnes gens, qui assistèrent à la scène, y applaudirent de tout leur cœur.
Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui Qui souvent s'engeigne lui-même.
Combien de fois les gâpians ne leur avaient-ils pas soutiré leurs écus : et voici qu'on leur soutirait leurs beaux écus blancs, de même.
Au tournant de la route, Pont-de-Veyle a déjà disparu aux yeux des margandiers, car la petite ville est si basse qu'elle semble s'enfoncer dans les eaux ; dans les eaux de la Veyle, dans les eaux vertes des douves et des fossés qui l'enserrent de toute part.
Au moment de sortir de France, sur la frontière suisse, le 5 septembre, au Fort de Joux, Mandrin voit encore de loin, sous les murs du château, une troupe de gâpians. C'est F adieu des contrebandiers avant de repasser la frontière : une salve bruyante dont l'un des <* employés » est tué ; plusieurs autres sont blessés grièvement1.
Mandrin est hors d'atteinte.
Revenant sur la manière dont les contrebandiers avaient fait cette quatrième campagne, l'intendant d'Auvergne se plaignait au Contrôleur général de ce que la maréchaussée n'avait même pas été capable de garnir les avenues de la province1. Il ne faudrait cependant pas se montrer trop injuste à l'égard des gendarmes. La résistance de la police, comme celle des troupes régulières, était brisée par l'habile tactique et par l'étonnante agilité du contrebandier. Tantôt celui-ci répartissait ses hommes en petits détachements, tantôt il les groupait rapidement en une cohorte nombreuse, pour foncer à l'improviste sur les localités qu'il se proposait de mettre à contribution. On voyait les Mandrins partout à la fois, et l'on ne savait où les saisir. Les soldats du roi, détachés à leur poursuite, disaient que c'étaient des diables et les gendarmes arrivaient régulièrement trop tard; — régulièrement aussi les Mandrins apparaissaient au bon moment, là où on ne les attendait pas, pour mettre à mal, avec gaieté, mais sans pitié, les employés des fermiers généraux.
1. Jugement contre Mandrin du 24 mai 1755; Abbrégé, p. 20-21.